La marche du PQ vers «la terre promise»

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Le Parti québécois se prépare à élire son septième chef depuis 1985, l'année du départ de René Lévesque, un homme brisé après 17 ans d'efforts, un échec référendaire crève-coeur, et un «beau risque» controversé avec Brian Mulroney. C'est beaucoup, comparé aux libéraux qui ont élu quatre chefs depuis 1983, soit Robert Bourassa, Daniel Johnson, Jean Charest et Philippe Couillard.

Mais ce qui différencie davantage le PQ des libéraux à ce chapitre, c'est le difficile équilibre entre la quête du pouvoir et la souveraineté. Une quête qui a souvent divisé les militants entre la recherche d'un messie de l'indépendance, et le choix d'un sauveur politique.

Lorsque Pierre-Marc Johnson a remplacé René Lévesque, en 1985, il n'était pas question de relancer le Québec dans un deuxième référendum sur la souveraineté. La défaite de 1980 était encore trop récente. Le parti vivait alors une grande morosité qui commandait un nouveau chef et de nouveaux défis. Johnson a fait à peine deux ans.

L'arrivée de Jacques Parizeau en 1988 a relancé le parti vers l'objectif souverainiste. L'ancien ministre des Finances avait les compétences et la détermination nécessaires pour restaurer la confiance chez les militants. L'échec de Meech, la maladie de Robert Bourassa et son remplacement par un Daniel Johnson peu charismatique, ouvraient une fenêtre favorable à une nouvelle tentative référendaire. Il est venu à un cheveu de l'emporter. Parizeau a quitté dans les circonstances que l'on connaît, après 8 ans d'efforts, le règne le plus long au PQ après les 17 ans de René Lévesque.

Le retour sur terre

La suite des choses a ramené le PQ vers d'autres objectifs, tout comme après le départ de René Lévesque. Les militants ont couronné Lucien Bouchard, tout en sachant qu'il était impensable de relancer rapidement le Québec dans une autre aventure référendaire. L'important était de conserver le pouvoir et d'assainir les finances de l'État. Ce nécessaire retour à la réalité politique n'a pas plu aux orthodoxes qui ont constamment mis en doute la ferveur souverainiste de Bouchard. Il a abandonné au bout de cinq ans, frustré par les magouilles et les tensions internes.

Le parti s'est tourné vers Bernard Landry qui avait la compétence requise pour tenir les rênes de l'État, mais qui n'inspirait pas la même adulation. Défait par Jean Charest aux élections, Landry n'a pas su résister aux critiques. Il a quitté après quatre ans de brasse-camarade sur la stratégie à adopter pour rebâtir le PQ et entretenir la foi souverainiste.

L'«erreur» BOISCLAIR

Tout comme après le départ de René Lévesque, les péquistes ont voulu miser sur le renouveau. Ils se sont tournés vers André Boisclair qui leur a promis d'aller chercher les jeunes. Le membership a explosé, mais Boisclair n'a pas été à la hauteur. C'est vers Mario Dumont que les électeurs en soif de renouveau se sont tournés, en confiant l'opposition officielle à l'Action démocratique du Québec.

Par la suite, tout comme en 2001 avec Bernard Landry, les péquistes se sont réfugiés vers une valeur sûre: ils ont couronné Pauline Marois, dont les états de service étaient sans faille. Il était trop tôt pour rêver à une autre aventure référendaire, mais Mme Marois offrait la sécurité et le confort d'une militante de la première heure. Elle les a menés au pouvoir, mais un pouvoir fragile qui n'a pas résisté aux difficultés d'un gouvernement minoritaire confronté à une situation budgétaire impossible.

Et PKP en 2015...

Nous sommes aujourd'hui de retour à la case départ. Déçus de leur échec au gouvernement, les péquistes reviennent à la souveraineté. Ils rêvent à nouveau à la terre promise. Comme dans le cas de Jacques Parizeau, ils applaudissent Pierre Karl Péladeau qui leur promet un pays. Sauf qu'à l'inverse de Parizeau, dont les intentions et les états de services étaient clairement établis, ils font cette fois un plongeon dans l'inconnu avec un personnage qu'ils connaissent peu. Un personnage dont les gestes passés vont dans le sens inverse de la social-démocratie et des liens avec les syndicats qui caractérisaient le parti de René Lévesque.

Le pari est énorme. Il se fonde sur la notoriété et la fortune personnelle d'un homme qui n'a pas la connaissance intime du Québec et des rouages du gouvernement. À trois ans des prochaines élections, Pierre Karl Péladeau aura le temps d'apprendre. Mais il aura aussi la lourde tâche de diriger l'opposition officielle, une fonction ingrate où les sondages d'opinions défavorables minent votre autorité et nourrissent le grenouillage.

Dans le cas de Péladeau, c'est un défi d'autant plus énorme qu'il aura non seulement à combattre les libéraux, mais également la Coalition avenir Québec qui le considère comme la principale menace à sa survie. Combattre également Québec-Solidaire qui refuse de s'asseoir aux côtés du «roi des lock-out».

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