PKP: l'inconnu

L'image d'un homme de famille chaleureux que Pierre... (Photo tirée de Facebook)

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L'image d'un homme de famille chaleureux que Pierre Karl Péladeau projette sur Facebook est bien différente de celle de l'homme impulsif et colérique rapportée par les médias.

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Les membres en règle du Parti québécois choisiront leur nouveau chef à la mi-mai. À tous les mardis, Gilbert Lavoie nous a présenté les candidats, par ordre alphabétique. Aujourd'hui, Pierre Karl Péladeau.

Pierre Karl Péladeau a refusé de se prêter à une entrevue pour les fins de ce reportage. À défaut de son témoignage, ce portrait traitera du politicien Péladeau. Un homme tout aussi admiré que craint, un homme d'une grande notoriété, mais qui demeure mal connu. Un personnage qui séduit beaucoup de souverainistes en quête d'espoir, mais qui représente également un plongeon dans l'inconnu.

J'ai rencontré Pierre Karl Péladeau pour la première fois à l'occasion de la cérémonie funèbre organisée pour le journaliste Michel Vastel, en août 2008. Après quelques politesses d'usage, il m'a servi une critique vitriolique de Gesca, propriétaire de La Presse, et de son patron Guy Crevier. Surpris de son commentaire dans un contexte qui prêtait au recueillement et à la solidarité, je lui ai fait valoir que je n'étais plutôt qu'un salarié du journal Le Soleil. Je lui ai conseillé de régler son litige avec Crevier au lieu de s'en prendre aux employés.

Un journaliste qui a fait le Grand défi de Pierre Lavoie à ses côtés, en juin 2012, a subi le même traitement. Malgré ses efforts pour établir un rapport avec Péladeau dans un contexte de solidarité, il dit s'être heurté à un homme «cassant» qui le traitait comme «un soldat de Gesca».

Obsession

Trois ans plus tard, Pierre-Karl Péladeau est encore obsédé par la famille Desmarais, Power Corporation et Gesca. C'est à un point tel qu'il lui est difficile de faire la part des choses entre son nouveau métier de politicien, et celui de l'homme d'affaires qu'il était. Lorsque les journaux hors Montréal de Gesca ont été vendus à Martin Cauchon, il a écrit sur son fil Twitter que «la famille Desmarais s'est trouvé un faux-nez pour la fermeture des quotidiens Gesca.»

Son obsession pour Power Corporation l'emporte même sur ses relations personnelles. Nommé à la présidence du conseil d'administration d'Hydro-Québec en 2013, il y a manifesté un grand respect pour Michel Plessis-Bélair, un comptable qui siégeait également sur le conseil de Power Corporation. Le 12 novembre dernier, au lendemain de la démission de Plessis-Bélair du conseil d'Hydro-Québec, Péladeau a écrit sur sa page Facebook, «que sa principale occupation est d'être un très haut dirigeant de Power Corporation... Il y a là un véritable et problématique conflit d'intérêts.»

L'image Facebook

L'image projetée sur sa page Facebook est tout autre. On y retrouve un politicien souriant, photographié avec sa conjointe Julie Snyder, ses enfants, et des militants heureux.

Cette personnalité chaleureuse ne serait-elle qu'une image fabriquée? Un «mirage» comme dirait Bernard Drainville? Difficile à dire, parce qu'il ne se laisse pas connaître. Même ses collègues députés admettent qu'ils ne le connaissent pas beaucoup. On dit qu'il est très discret aux réunions du caucus, qu'il n'intervient pas souvent, et qu'il n'est pas du genre à faire du «small talk», à prendre des nouvelles de la famille ou de la santé de ses interlocuteurs.

Pascal Bérubé, le député de Matane qui a été le premier à lui accorder son appui, explique ainsi son attitude. «Je te dirais que c'est quelque chose qui le gênait au début, parce que les autres candidats tenaient des soupers pour créer des alliances. De un, il était moins rompu à ça parce qu'il était comme le nouveau de la classe, et de deux, il y a eu son accident de vélo.»

Bérubé raconte qu'Alexandre Cloutier est venu à la pêche au saumon dans son comté, l'été dernier, et qu'il a fait la même chose avec Gaétan Lelièvre à Gaspé, qui lui a donné son appui.

«Tous ces gestes là relèvent davantage du calcul, et Pierre Karl n'est pas rompu à ça.»

Péladeau n'est pas un séducteur comme l'étaient Brian Mulroney et Lucien Bouchard. Pascal Bérubé le dit cependant très à l'aise avec le public dans les rencontres sans filet comme dans les centres commerciaux. «Il le fait avec un naturel qui m'étonne beaucoup parce que ce n'était pas sa vie auparavant. Peut-être que son contact avec Julie l'a habitué à ça.»

Mais ses collègues députés, admettent qu'il «fascine», qu'il attire les gens qui ne l'ont jamais rencontré, et que tout le monde se lève pour aller le voir lorsqu'il entre dans une salle.

Le colérique

Tous les portraits de Péladeau publiés dans le passé font état de son caractère colérique et imprévisible. «Monomaniaque, narcissique, revanchard, rancunier, antagoniste, caractériel, arrogant, allergique à la critique», les épithètes utilisées pour le décrire sont à ce point nombreux qu'on pourrait croire que les péquistes se préparent à couronner un monstre.

Les journalistes qui l'ont rencontré pour des reportages ont vu «un homme pressé mais courtois», qui «vous reçoit avec bonne humeur et humour», qui se reconnaît «impatient», et qui rejette la perception qu'il soit trop impulsif pour la politique. «Sanguin? Colérique? Ça doit faire 250 fois que j'entends ça» a-t-il raconté au collègue Vincent Marissal, pour ajouter que «c'est normal de subir la critique quand vous faites des choses.» Mais ce Péladeau «colérique» est bien réel. Après le débat des péquistes à Saguenay, il était tellement furieux d'avoir été hué pour sa position sur la loi anti-scab, qu'il a quitté l'édifice avant les points de presse qui suivent ces débats. Son entourage l'a rattrapé dans le stationnement et a dû le convaincre de revenir à l'intérieur.

Ses sautes d'humeur sont tellement réputées qu'il est difficile de distinguer entre la réalité et les légendes urbaines. On m'a raconté qu'il avait «engueulé» le président de l'organisation péquiste locale après le débat de Jonquière, mais l'information a été démentie. On m'a également raconté qu'il avait menacé Pierre Céré de sortir des informations compromettantes après qu'il eut accusé «citizen PKP» de vouloir s'acheter un parti politique. Céré a reconnu avoir subi la colère de PKP, mais il a nié tout élément de menace.

Impulsivité

Il y a donc une bonne dose d'impulsivité chez cet homme. La même impulsivité qui l'a amené à crier «En français» en plein milieu d'un spectacle pendant sa tournée en Abitibi, au début de février. Une déclaration qui a créé un malaise dans la salle.

Pascal Bérubé est prudent sur cet aspect de la personnalité PKP. Il jure ne jamais avoir été témoin de ses colères. Il déclare tout au plus que Péladeau est exigeant: «Il faut que tu livres la marchandise, il faut que tu respectes ta parole, et ce qu'il demande aux autres, il se l'impose à lui. Il est discipliné sur sa vie, il est végétarien, il est studieux, il pose beaucoup de questions, il valide ses affaires.»

Mais les témoignages sur les colères de l'homme sont trop nombreux pour ne pas leur donner un certain crédit. La dernière édition du magazine Maclean's fait état d'un incident révélateur. À l'occasion d'un événement de collecte de fonds il y a deux ans à Montréal, un ancien employé de Québecor passé chez Astral, Pierre Rodrigue, est allé lui serrer la main. Péladeau l'aurait attrapé par le collet et lui aurait dit qu'il avait du front de venir le voir à sa table. Ses reproches, parsemés de jurons, seraient devenus tellement agressifs que Julie Snyder a dû intervenir.

Pascal Bérubé estime que la personnalité de PKP est un mix entre le côté combatif de Jean Charest, et le sens de l'État de Lucien Bouchard. «Il réalise ce qu'est la fonction. Une chose qu'il répète très souvent, c'est: «J'ai plus d'ambition pour le Québec que pour moi-même.»

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