L'esprit mathématique de Martine Ouellet

Martine Ouellet estime que les politiciens ont un... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

Agrandir

Martine Ouellet estime que les politiciens ont un devoir de plus grande cohérence à l'endroit des gens qui les élisent.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les membres en règle du Parti québécois choisiront leur nouveau chef à la mi-mai. Si aucun des candidats n'obtient 50% des voix au premier tour de scrutin, les militants voteront à nouveau une semaine plus tard. À tous les mardis, Gilbert Lavoie nous présente les candidats. Aujourd'hui, Martine Ouellet.

Elle a touché au piano, fait de la flûte traversière, du ballet classique et du ballet jazz, elle n'est pas portée sur le sport de compétition mais elle fait de la natation, de la randonnée pédestre, elle s'adonne au «ultimate frisbee», elle adore le plein air et les voyages.

On ne connaît pas grand-chose de la vie de Martine Ouellet. Pourtant, elle a occupé des postes importants à Hydro-Québec, elle milite au Parti québécois depuis l'âge de 17 ans, et elle a été ministre des Ressources naturelles sous Pauline Marois.

Aujourd'hui elle postule la direction du Parti québécois, mais elle n'est pas là pour y jouer le rôle de candidate féminine. Elle est en politique pour défendre ses idées.

Martine Ouellet représente la gauche - le centre-gauche selon elle - parmi les candidats à la direction du PQ. Ce qui ne l'empêche pas d'être issue du collège Brébeuf, l'institution prestigieuse qui a formé une bonne partie de l'élite québécoise.

Pourquoi Brébeuf? Parce qu'elle y avait une amie, et qu'après avoir fait son primaire et son secondaire dans le système public, elle ne voulait pas aller au Cégep Édouard-Montpetit où enseignait sa mère.

Elle est née à Montréal en 1969, mais elle a vécu toute son enfance à Longueuil. Ses parents se sont connus sur un banc de piano lorsqu'ils étudiaient à l'Université de Montréal. Sa mère a été professeure de mathématique et son père a fait carrière aux HEC. Dès son jeune âge, leur fille s'est montrée douée pour les sciences et les mathématiques. «J'ai fait tous les cours possibles et imaginables de mathématiques au cégep», raconte-t-elle. Pourquoi une telle passion? «Parce qu'il y a une cohérence, une logique là-dedans, de l'abstraction, et également une ouverture à toutes les possibilités.»

Droit ou génie

À la sortie de Brébeuf, elle songe au droit, mais elle opte pour le génie.

«Ça permet de comprendre le monde dans lequel on vit, explique-t-elle. Et pour réussir en génie, ça prend un entraînement mathématique que j'avais.»

Si elle avait opté pour le droit pour revenir ensuite au génie, il lui aurait fallu reprendre son entraînement mathématique. «C'est comme quelqu'un qui s'entraîne à la course, ça se perd, l'entraînement. Alors qu'en droit, tu n'as pas besoin de l'entraînement mathématique. Je savais que je pouvais y retourner n'importe quand.»

Elle est d'abord tentée par l'aérospatiale. Mais après un stage de recherche «sur un vortex qui traverse deux milieux de densités différentes, l'eau et l'huile, pour simuler des fusées au décollage», elle constate que le travail est tellement spécialisé qu'elle ne trouve personne à qui en parler. «Moi, je préfère le travail d'équipe».

Elle s'inscrit donc en génie mécanique à McGill, en 1988. «Le génie mécanique, c'est les profils d'automobiles, d'avions, les moteurs, explique-t-elle. Comme disait un de mes professeurs, «c'est la plus belle discipline parce qu'on prend tous les objets immobiles qu'on fait bouger, souvent avec le génie électrique, ce qui impose de connaître la dynamique du mouvement.»

Chez Hydro-Québec

Elle entre chez Hydro-Québec dès sa sortie de l'université, en 1992, parce qu'on y avait besoin d'ingénieurs capables de toucher à la fois au génie civil et au génie électrique. Or le génie mécanique touche aux deux disciplines. Ses premiers mandats l'amènent à faire de l'ingénierie de réseaux de distributions, c'est-à-dire l'enfouissement de fils électriques à Montréal. «La rue Charland, c'est moi qui l'ai faite» dit-elle en riant. De façon concrète, ça veut dire l'analyse des charges électriques des commerces et des résidants, et l'analyse du nombre de transformateurs nécessaires, ainsi que leur localisation.»

Sa passion pour les mathématiques et le génie ne l'éloignent pas de la politique. Dès 1986-1987, elle est sur l'exécutif de l'association péquiste du comté de Taillon, l'ancienne circonscription de René-Lévesque. Elle s'implique dans toutes les instances du PQ jusqu'à l'an 2000. Il faut dire qu'elle est issue d'une famille politisée. Sa mère a même tenté de se faire élire à l'hôtel de ville de Longueuil avec l'équipe de Marcel Robidas.

Sur le plan professionnel, Martine Ouellet grimpe rapidement les échelons à Hydro-Québec. Elle touche à la planification, à la recherche et au développement, pour passer ensuite 10 ans dans le secteur de l'industrie lourde, qui regroupe les 300 plus grands consommateurs d'électricité. On parle ici des alumineries, des aciéries, des pâtes et papiers, des mines, de l'industrie manufacturière. «J'étais partout au Québec, dans toutes les régions».

En parallèle à son travail, la politique et une première grossesse, elle trouve le temps et l'énergie nécessaires pour faire une maîtrise en administration des affaires (MBA) aux HEC.

L'appel de Pauline

Pourquoi avoir quitté un avenir professionnel aussi prometteur pour se lancer en politique en 2010? C'est à la demande de Pauline Marois, répond Martine Ouellet. Elle connaissait la chef du PQ depuis longtemps, parce qu'elle était du groupe de militants qui l'avaient invitée à se présenter dans Taillon en 1989. Mais quand Marois l'appelle à son tour, en 2010, pour lui offrir Vachon, Martine Ouellet a deux enfants et d'autres préoccupations.

«Je lui ai dit que j'étais un petit peu passée à autre chose dans ma vie, que Vachon était un bon comté, que je pouvais donner un coup de main, mais que je me plaisais beaucoup chez Hydro-Québec.»

Elle était alors chef des projets spéciaux à la société d'État. Elle venait de produire le premier plan-directeur d'une vision quinquennale de la division Production, un mandat qui l'a amenée à travailler avec tous les vice-présidents de la division. Elle était également responsable de la coordination de la revue diligente pour l'achat d'Énergie-Nouveau-Brunswick, un exercice qui a démontré que les infrastructures de la province voisine ne valaient pas le prix estimé à l'origine.

Il lui a fallu plusieurs semaines avant de se laisser convaincre par Pauline Marois. Ses enfants avaient alors 10 ans et 13 ans, et elle avait déjà donné beaucoup au PQ.

«J'ai fait trois politiques à l'intérieur des instances des gouvernements du Parti québécois. En 1994, la politique de gestion des déchets - il n'y avait pas de recyclage à ce moment-là - en 1996, la politique énergétique avec Bernard Landry et Guy Chevrette, et en 2002, la politique nationale de l'eau.»

Un engagement

Mais elle finit par céder à l'offre de Marois. «On a tous nos engagements à faire et je trouve que c'est important. Si on veut améliorer le monde dans lequel on vit, il faut chacun lui donner du nôtre». Même si elle aime cet engagement, elle n'entend pas y faire sa vie.

«La politique c'est un passage plus ou moins long pour moi, ce n'est pas une carrière et ça ne devrait pas être une carrière.»

Elle estime qu'il y aurait plus de femmes dans ce milieu, si on y trouvait davantage de respect. «Les attaques gratuites, les femmes, on n'aime pas ça, ni les voir, ni les recevoir. Et je pense qu'il y a bien des hommes qui n'aiment pas ça non plus. Mais c'est un forum qui permet ça assez facilement. J'étais auparavant dans un métier non traditionnel, dans les usines, sur le terrain, en génie mécanique, et il y avait plus de respect. J'ai constaté au Salon bleu des choses que je n'avais jamais vues avant.»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer