Alexandre Cloutier : le bollé et le bosseur

Pour se détendre, Alexandre Cloutier aime taquiner la... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Pour se détendre, Alexandre Cloutier aime taquiner la truite et le saumon. Il apprécie aussi la cueillette de champignons.

Étienne Ranger, LeDroit

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Les membres en règle du Parti québécois choisiront leur nouveau chef à la mi-mai. Si aucun des candidats n'obtient 50 % des voix au premier tour de scrutin, les militants voteront à nouveau une semaine plus tard. Tous les mardis, Gilbert Lavoie nous présente les candidats. Aujourd'hui, Alexandre Cloutier.

Il s'en est passé, des choses, depuis que l'équipe pee-wee de Lac-Saint-Jean-Est (Alma) a battu les Américains et gagné le tournoi dans la catégorie International B en 1991, au Colisée de Québec. Le petit joueur de centre, Alexandre Cloutier, a compté un point pendant ce match qui a donné la victoire à son équipe par le compte de 5 à 3. Il se souvient encore de la fierté du moment : «On a encore la cassette vidéo à la maison. C'est impressionnant, tu es p'tit cul et tu fais la une des journaux. Quand tu as 12 ans, tu as l'impression que la terre au complet te regarde.»

Mais cette victoire n'aura été qu'un début dans la vie du député de Lac-Saint-Jean, dont la feuille de route scolaire est la mieux garnie des candidats à la succession de Pauline Marois. Baccalauréat international au Petit Séminaire de Québec, diplômé en droit de l'Université d'Ottawa, récipiendaire d'une bourse de 25 000 $ pour étudier à l'Université de Nantes en 1999-2000 - «la plus belle année de ma vie» -, clerc à la Cour suprême du Canada en 2002, maîtrise en droit constitutionnel de l'Université de Montréal, récipiendaire de la bourse British Chevening (plus de 80 000 $) remise en personne par le prince Charles en 2004 pour étudier à Cambridge, et études doctorales (non terminées) à l'Université Laval sur le pouvoir fédéral de dépenser de 2004 à 2007. La liste est impressionnante.

Bouchées doubles

Un «bollé», Alexandre Cloutier? «Non, c'est surtout le bosseur», répond-il avec conviction.

«Je suis incroyablement travaillant. Lorsqu'on me sous-estime et qu'on dit que je suis là pour me faire connaître pour la prochaine fois, c'est vraiment mal me connaître. Je suis un bagarreur, je suis un travailleur, je suis un gars qui n'a jamais eu peur des nuits blanches et qui n'a jamais hésité à mettre les bouchées doubles pour réussir.»

Il insiste pour dire que c'est le travail qui a fait son succès. «Je rêvais d'aller étudier à Cambridge, je rêvais d'être boursier. Pour moi, ce n'est pas un hasard de la vie, ce sont des objectifs identifiés, clairement réfléchis, et ça m'a permis de m'y rendre.»

Il a trouvé sa première année au Petit Séminaire extrêmement difficile. «J'ai tellement trouvé ça dur, je me suis tellement forcé, que quand je suis arrivé à l'université, j'ai trouvé ça facile. Le plus important pour moi, c'était ce qui allait m'apporter le plus de formation. J'ai toujours choisi les programmes les plus exigeants.»

Alexandre Cloutier est né à Alma en 1977, de parents professeurs. Il a fréquenté l'école publique au primaire et au secondaire, avant de passer au Petit Séminaire. Il a un frère, il est marié depuis l'âge de 30 ans, et le couple a deux enfants.

Pourquoi la politique?

Pourquoi se lancer en politique avec un bagage académique aussi impressionnant? Très jeune, il avait déjà de la graine de politicien. Il a été président de son école au secondaire ainsi qu'au cégep, et on l'a désigné personnalité culturelle de l'année à de nombreuses reprises pour son implication scolaire.

Dès son arrivée au cégep, il était clair dans son esprit qu'il serait un jour page à la Chambre des communes. Il y est parvenu pendant ses études à l'Université d'Ottawa. Il avait auparavant profité d'un échange au secondaire pour aller apprendre l'anglais en travaillant sur une ferme laitière pendant un été à Port Hope en Ontario.

À l'occasion de son stage de deux ans comme page aux Communes d'Ottawa, il se lie d'amitié avec Stéphane Tremblay, du Bloc québécois. Il était là quand Tremblay a sorti sa chaise des Communes pour protester contre l'incapacité du pouvoir de réduire les écarts de richesse dans un contexte de mondialisation. En 2002, Tremblay quitte le fédéral pour faire le saut au provincial. Au printemps 2006, quand il annonce qu'il ne sera pas candidat aux élections suivantes, il offre à son ami Cloutier de prendre la relève.

«Là, c'est le petit gars du Lac qui revient à la maison après 10 ans d'absence, raconte Cloutier. Puis tout le monde dit : "Il est trop jeune, il n'est pas assez connu, et il ne gagnera pas.»

André Boisclair ne lui facilite pas la chose. Il lui annonce qu'il ne tiendra son assemblée d'investiture que le jour où il aura recueilli 1000 cartes de membre. «Finalement, je l'ai appelé quand j'en ai eu vendu 2000. Et quand j'ai eu fini de vendre des cartes de membre, il y avait 4000 membres en règle dans Lac-Saint-Jean.»

Tout le monde le destinait à la défaite devant le candidat de Jean Charest, le docteur Yves Bolduc. Cloutier déjoue tous les paris et bat Bolduc avec 46 % des voix, dans une «campagne très difficile» qui a mené à la défaite d'André Boisclair et du PQ.

Il en est encore fier. Il rappelle régulièrement qu'à la suite de cette défaite, Bolduc a dû quitter Alma pour se faire élire l'année suivante dans Jean-Talon à Québec, dans la circonscription laissée vacante par Philippe Couillard.

La pêche et... les morilles!

Sans grande surprise, Alexandre Cloutier se décrit comme un «maniaque de pêche, un pêcheur au plus profond de mon âme» qui adore taquiner le saumon et la truite de rivière.

Mais c'est son goût pour la cueillette des champignons qui est inusité. «C'est comme une chasse au trésor. Et puis au Québec, on est choyé, on a les meilleurs champignons au monde. Je ne les connais pas tous, mais je ne manquerai jamais une saison de morilles. Je ne vivrai pas assez de printemps pour ça. Je vais dans la réserve faunique des Laurentides, mais il faudrait me torturer pour que je vous dise précisément à quel endroit... et même encore!»

Il fait de la course à pied, mais il n'a jamais tenté sa chance au marathon ni même au demi-marathon.

Il touche un peu le piano, mais pas assez pour dire qu'il sait jouer. Il adore la musique au point de dire qu'il «ne ferait pas la course à la chefferie s'il n'y avait pas la musique. Ça m'accompagne tout le temps. J'écoute beaucoup Louis-Jean Cormier... c'est vrai en plus», dit-il avec un éclat de rire.

Est-il en politique pour y rester, même s'il n'est pas élu chef du PQ? «Oui, absolument!»

Pour le mandat suivant? «J'imagine que oui, mais je ne tiens jamais pour acquis que je serai réélu. Et chaque élection, c'est un mandat et ça nécessite une réflexion.»

En conclusion, il réaffirme qu'il est là pour gagner, «même si c'est difficile pour les journalistes de le croire». Mais il ajoute du même souffle : «Je prendrais encore un autre trois mois, parce que je suis en train de construire, morceau par morceau. Et on construit sur du solide.»

À 37 ans, il sait que la vie lui offrira d'autres opportunités, mais il semble avoir fermé la porte au droit. «Aujourd'hui, j'irais ailleurs. Je ne vois plus la vie de la même manière. J'aimerais ça peut-être étudier en administration, peut-être d'autres trucs, mais pas le droit, ça c'est sûr. J'ai fait ma part : j'ai quand même deux maîtrises, trois ans de doctorat, un bac puis un Barreau...»

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