Deltell revient à la maison? Pas sûr!

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Hier, Gérard Deltell s'est décrit comme étant «un bleu, un vrai bleu, un vieux bleu».

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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C'est vrai que Gérard Deltell est «un bleu, un vrai bleu, un vieux bleu». J'en ai été personnellement témoin il y a une décennie, à l'occasion d'une visite de Peter Blaikie à Québec.

Ex-président du parti, Blaikie était le conservateur anglophone bilingue et francophile le plus connu au Québec. Quand il s'est présenté ici, à l'invitation du bureau de Marcel Aubut, Deltell s'est précipité pour lui serrer la main et lui rappeler sa jeunesse conservatrice.

Deltell est donc un bleu, un vrai bleu et un vieux bleu. Mais il est optimiste, pour ne pas dire naïf, s'il croit vraiment revenir «à la maison», comme il l'a dit mardi en conférence de presse. Parce que le Parti conservateur, sous Stephen Harper, c'est à des lieux du Parti progressiste conservateur dont le jeune Deltell a signé la carte en 1981, lorsqu'il étudiait au Cégep de Sainte-Foy. C'est un parti dominé par un conservatisme de droite, religieux et monarchiste, qui n'a rien à voir avec la formation politique de Robert Stanfield, Joe Clark, Brian Mulroney, Kim Campbell et Jean Charest.

Évolution

J'ai pris un café avec Deltell, hier. Il fait valoir que tous les partis politiques évoluent, et que le PC de Brian Mulroney était différent de celui de Diefenbaker. C'est vrai, mais le Parti conservateur n'a pas fait qu'évoluer, il s'est refermé. C'est un parti soumis à l'autoritarisme d'un premier ministre cachottier, qui refuse de rendre des comptes à l'opposition officielle et aux médias, et c'est un gouvernement qui interdit à ses hauts fonctionnaires de parler aux journalistes. Même les ministres du gouvernement sont soumis à la règle du silence du bureau du premier ministre. Quand ils parlent, c'est pour transmettre la ligne de presse du PMO (Prime Minister's Office).

Voilà pour le côté sombre de l'aventure dans laquelle se lance l'ex-député de Chauveau.

J'aime bien Deltell. Issu des médias, il ne nous a pas fait honte depuis qu'il est député, tant sur le plan de l'éthique que sur celui des travaux parlementaires. Sa décision de laisser tomber sa prime de départ et de ne pas toucher à sa pension du provincial avant l'âge de 65, l'honore. Je lui souhaite donc bonne chance.

Aux petits soins

Nul doute que Stephen Harper sera aux petits soins avec lui. Les conservateurs ont désespérément besoin de candidats connus au Québec, et Deltell en est un. Il sera certainement ministre s'il est élu et si Harper garde le pouvoir. Comme il a déjà une bonne expérience de la politique québécoise, c'est lui qui sera le communicateur attitré du gouvernement en campagne électorale et pendant le prochain mandat. Bref, c'est une prise de taille.

Mais il constatera rapidement que la politique fédérale, ce n'est pas la camaraderie parlementaire que l'on retrouve à l'Assemblée nationale, même entre adversaires politiques.

Le parlement fédéral, c'est 308 députés - 338 après l'élargissement de la Chambre des communes cet automne - qui se connaissent à peine, qui sont éloignés par la langue, la culture, et même la religion. Cette méconnaissance des uns et des autres fait que la politique partisane y est beaucoup plus dure, et parfois impitoyable. Un poste au sein du cabinet fédéral, c'est le travail dans une langue où les francophones sont moins à l'aise. C'est le dur arbitrage entre les régions d'un pays immense et difficile à connaître. Et pour un ministre québécois à Ottawa, c'est la représentation et la défense des intérêts d'un peuple dont la cote d'amour n'est plus du tout ce qu'elle a jadis été au pays.

Mais peu importe le parti, il faut accroître la présence québécoise à Ottawa. Autant que ce soit Deltell. De toute manière, François Legault ne tenait plus à lui à Québec au sein de la Coalition avenir Québec.

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