La loi et le gros bon sens

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Le député libéral Marc Tanguay

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Voilà que c'est au tour du député de LaFontaine, Marc Tanguay, de se retrouver dans l'embarras sur une question touchant l'intégrisme et les valeurs québécoises. Son chef Philippe Couillard lui a demandé hier, de l'autre côté de l'Atlantique, de retirer la publicité qu'il a placée sur le site web d'un centre communautaire islamique. Le site offrait une bibliothèque virtuelle comportant des ouvrages qui encouragent la soumission des femmes et le recours à la violence contre «l'épouse désobéissante».

La bibliothèque a été retirée du site après la publication de la nouvelle par La Presse Canadienne, et le député a retiré sa publicité mercredi. Mais la veille, il défendait encore sa commandite en faisant valoir que le centre n'avait commis aucun geste illégal.

L'affaire illustre à quel point notre questionnement collectif sur les religions et l'intégrisme ne peut être réglé par une charte ou une loi qui dicteraient précisément ce qui est acceptable ou pas. La loi et le droit définissent assez bien le cadre social dans lequel nous vivons, mais ils sont incomplets si nous sommes incapables de faire usage du gros bon sens.

Le député Tanguay est avocat et il a siégé sur la commission parlementaire qui a étudié la charte de la laïcité de Bernard Drainville. Il ne peut donc prétendre à l'ignorance. Le gros bon sens aurait dû l'amener à réfléchir deux fois plutôt qu'une lorsque le journaliste Martin Ouellet, de La Presse Canadienne, l'a appelé pour discuter de la pertinence de sa publicité sur le site web en question. Comme l'a dit mercredi Philippe Couillard, la liberté de parole permet de «dire des conneries», mais il n'est pas «approprié qu'on engage des fonds publics pour soutenir» ce genre de propos. M. Couillard a présumé que le député ignorait le contenu de la bibliothèque virtuelle du centre islamique. C'est vraisemblable, mais Tanguay aurait dû réagir lorsqu'il en a été informé par le journaliste.

La controverse concernant la juge Eliana Marengo illustre également l'importance du gros bon sens sur ces questions. La juge a refusé d'entendre la cause d'une femme musulmane parce que cette dernière portait un foulard. Mercredi, l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu a rappelé qu'on lui avait déjà demandé d'enlever son béret pour se présenter au tribunal. Si on donne raison à la femme musulmane en question, est-ce que tout le monde pourra dorénavant porter un couvre-chef devant le juge, demande l'écrivain? «Un motard portant bandeau, un policier portant képi, un Québécois d'origine haïtienne portant une tuque...?»

C'est vrai qu'il est tentant de faire une règle générale à partir de ce cas. Mais c'est faire abstraction du fait que les règles de la Cour ne sont pas très précises: il appartient au juge de déterminer si les gens qui s'y présentent sont vêtus convenablement. Il ne s'agit donc pas ici de déterminer si le foulard de la dame est l'équivalent du béret de l'écrivain ou du bandeau du motard. La juge Marengo aurait-elle agi de même manière devant une religieuse portant une petite coiffe? On ne le saura jamais. Mais des femmes musulmanes se sont déjà présentées devant les tribunaux avec leur voile sans qu'on en fasse un plat. Dans ce cas précis, le gros bon sens aurait permis d'éviter que cette question ne s'ajoute aux trop nombreuses controverses qui polluent le débat sur l'intégration des immigrants. Par contre, le même gros bon sens aurait dû dicter à la cour fédérale de refuser le port du niqab pendant la prestation du serment de citoyenneté canadienne. C'est mon opinion, et je la partage! Pensez-vous qu'on vous laisserait monter à bord d'un avion sans voir votre visage?

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