Genèse d'une collision frontale

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Il est hors de question, pour le premier ministre, de ramasser les morceaux: ce serait l'équivalent d'un désaveu. C'est le ministre Pierre Moreau qui devra reprendre le bâton du pèlerin pour entamer la réconciliation.

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La belle harmonie qui régnait entre le gouvernement Couillard et les unions municipales lors de la signature du pacte fiscal, le 5 novembre, s'est brisée en mille miettes sur les comptes de taxes municipales. C'était prévisible.

On avait bien senti, lors de l'annonce du pacte par Philippe Couillard en présence de ses ministres, de Régis Labeaume, Denis Coderre et des présidents des unions municipales, qu'il y avait du mécontentement dans les municipalités. De nombreux maires étaient opposés à cette entente qui privera les villes de 300 millions $ en 2015.

Il y a eu du brasse-camarade à l'Union des municipalités après cette annonce, incluant des menaces de désaffiliation de la part de certains maires. Avec comme résultat que le 21 novembre, le conseil d'administration de l'organisme a demandé qu'on envoie des «outils de communication» aux villes pour faire porter au gouvernement l'odieux des hausses de taxes.

Trop conciliants?

Du côté gouvernemental, on croyait qu'en signant le pacte fiscal, les représentants des maires avaient accepté d'assumer leur participation à l'effort collectif pour atteindre l'objectif budgétaire. Pas question, avait-on dit, de passer la facture aux contribuables. C'était peut-être l'intention de l'Union des municipalités du Québec, le 5 novembre. Mais la suite des choses fait penser à la signature d'une entente de principe entre une entreprise et des représentants syndicaux trop conciliants, incapables de «vendre» l'entente à leurs membres.

Devant la grogne dans ses rangs, la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy, a donné son aval à l'opération blâmant le gouvernement. Les «outils de communication» envoyés aux villes dénonçaient le «pelletage du déficit du gouvernement dans la cour des municipalités». Un brouillon de communiqué suggérait même aux maires de recommander à leurs citoyens de se plaindre auprès des députés.

Le ministre Pierre Moreau avait déjà dénoncé cette manoeuvre. Il a sauté sa coche, mercredi, en voyant les Cilles de Longueuil et Laval invoquer la taxe à Moreau pour annoncer des hausses de taxes injustifiées à son avis. Le ministre, généralement courtois, qui avait conservé son humour quand son chauffeur avait lancé sa limousine sur le gazon et franchi un trottoir pour fuir des manifestants à Laval, le 6 octobre, n'avait plus le goût de rire. Il a menacé Laval et Longueuil de leur couper les vivres en 2015. On peut comprendre sa frustration, mais il est allé trop loin.

Philippe Couillard n'avait pas besoin d'un conflit ouvert avec les maires tout juste avant la période des Fêtes. Il ne voulait pas, dans le langage de ses porte-paroles, d'une «fédération des mécontents». Mais la colère est mauvaise conseillère et le mal est fait. Le tir regroupé des maires, jeudi, était impressionnant.

***

Il est hors de question, pour Philippe Couillard, de ramasser les morceaux: ce serait l'équivalent d'un désaveu de l'un de ses meilleurs ministres. C'est Pierre Moreau qui devra reprendre le bâton du pèlerin pour entamer la réconciliation.

Mais quoi qu'il advienne, les propriétaires fonciers de plusieurs villes paieront la note, directement ou indirectement. Ces mêmes propriétaires ont écopé de hausses importantes des taxes scolaires à la suite des coupes budgétaires imposées aux commissions scolaires sous le Parti québécois.

Pauline Marois avait fait une sainte colère à l'époque, mais sans résultat. Plus ça change, plus c'est pareil...

Le plus révélateur, dans cette histoire, est de voir la diplomatie inhabituelle du maire de Québec, Régis Labeaume, qui calme le jeu et vante à la fois le «bon ministre» des Affaires municipales, et la «bonne présidente» de l'UMQ. M. Labeaume a été tout aussi modéré et diplomate, cette semaine, quand le gouvernement est revenu sur sa promesse de mettre 30 millions $ dans le projet Le Diamant de Robert Lepage. Le maire de Québec n'est pas un ingrat: après avoir reçu 200 millions $ des libéraux pour son amphithéâtre, et une loi 3 qui lui donne raison sur les régimes de retraite, il prend bien soin de ne pas mordre la main qui le nourrit.

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