La méthode Bouchard, servie à la Couillard

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Il n'y a pas deux façons, en politique, de faire des changements controversés. Il faut être à l'écoute des objections, deviner les pièges, mais une fois la décision prise, il n'y a plus de place à l'hésitation. Parce que l'hésitation, ça ouvre la porte toute grande à la critique, aux blocages, et finalement, aux reculs.

Lucien Bouchard avait compris tout ça quand il a cassé d'une phrase la grève illégale des infirmières, en 1999: «Ce gouvernement que je dirige ne cédera pas.»

Une telle déclaration, venant de la bouche du premier ministre, ne laissait aucune place au compromis. Les infirmières, qui jouissaient pourtant de la sympathie du public, ont réintégré leurs postes de travail avec des amendes salées qu'elles ont dû rembourser à même leurs salaires pendant les années suivantes.

Le comportement actuel de Philippe Couillard et de ses ministres Martin Coiteux, Pierre Moreau et Gaétan Barrette, rappelle étrangement celui de Lucien Bouchard: pas question de reculer!

Il est difficile pour des syndicats, ou des lobbies comme celui des garderies, de lutter contre un gouvernement qui affiche une telle détermination.

Les étudiants sont probablement les seuls, dans l'histoire récente, à avoir infléchi une décision gouvernementale qui semblait ferme. Mais ils l'ont fait au prix d'un printemps érable qui a dégénéré en crise sociale. Déterminé au départ à ne pas reculer, le gouvernement Charest a finalement hésité et tenté de trouver des compromis, mais il était trop tard. La hausse des tarifs était pourtant connue depuis deux ans, mais la détermination politique qui l'appuyait était fragile.

Jean Charest était en fin de mandat quand la crise étudiante a éclaté. Il lui fallait une sortie de secours à l'approche de l'échéance électorale. Philippe Couillard est en début de mandat. Il prend le pari d'imposer sa médecine de cheval tout de suite, dans l'espoir d'obtenir des résultats assez tôt pour se faire pardonner - ou oublier - avant les prochaines élections.

Les dangers de l'austérité

Il est clair que la ronde de compressions budgétaires dans laquelle le gouvernement vient de s'engager fera des victimes et comportera sa part d'erreurs. Après avoir quitté la politique, Lucien Bouchard a reconnu que la mise à la retraite de milliers de médecins et d'infirmières avait créé des problèmes.

Le risque que court le gouvernement actuel est de provoquer un ralentissement de l'économie, ce qui réduirait les revenus de l'État et compromettrait le retour à l'équilibre budgétaire. Les chiffres des derniers mois sur la baisse du niveau d'emploi au Québec ne sont pas rassurants à ce chapitre.

Les libéraux ont poussé un soupir de soulagement, vendredi dernier, en prenant connaissance du dernier rapport mensuel des opérations financières du ministère des Finances: après cinq mois dans l'exercice budgétaire en cours, les revenus du gouvernement sont en hausse et les dépenses augmentent moins rapidement que prévu. Si la tendance se maintient, comme on dit aux élections, le retour promis au déficit zéro en 2015-2016 deviendrait réalité. Ce n'est qu'à partir de cette étape que le gouvernement sera en mesure de rebâtir la confiance et de redonner espoir. Par contre, un échec minerait toute la crédibilité de l'exercice de compressions budgétaire en cours.

Voilà pourquoi il n'y a pas de place à une valse-hésitation dans le discours actuel de Philippe Couillard. Ça passe ou ça casse!

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