Harcèlement : Mulcair savait depuis un an!

Thomas Mulcair... (Photo Blair Gable, Reuters)

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Thomas Mulcair

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Thomas Mulcair savait depuis un an qu'une de ses députées avait été harcelée par un autre élu du Parlement. Mais il a fallu attendre qu'une autre présumée victime se plaigne directement à Justin Trudeau pour que les harceleurs présumés soient priés de rendre des comptes. Cette révélation est ahurissante.

Pourquoi un tel silence? Selon les confidences recueillies, le chef du NPD s'était assuré que le harceleur présumé n'était pas un de ses députés, mais il ignorait qu'il s'agissait d'un libéral. La victime ne voulait pas dénoncer son agresseur, mais elle a été suffisamment traumatisée pour devoir suivre une thérapie.

«Elle était très fragile» m'a-t-on raconté, pour expliquer la discrétion des néo-démocrates.

L'explication est plausible, mais elle ne justifie pas la suite des choses. Pourquoi M. Mulcair n'a-t-il pas fouillé cette triste histoire? Pourquoi ne pas en avoir parlé privément avec Justin Trudeau et Stephen Harper? N'était-ce pas son devoir d'intervenir pour s'assurer que le harceleur présumé ne fasse pas d'autres victimes?

Ce qui est clair, c'est que les deux femmes concernées ont exprimé le souhait de ne pas voir leur identité révélée. Mais il y a une marge entre respecter la vie privée des gens, et «mettre le couvercle» sur des gestes répréhensibles et peut-être même criminels.

La chronologie des événements est importante pour bien comprendre le comportement des élus dans ce dossier:

- Mulcair est informé des allégations depuis longtemps, mais il se satisfait de savoir que le harceleur n'est pas un député de son parti.

- Une des victimes informe Trudeau, le 28 octobre, à l'occasion des funérailles du caporal Nathan Cirillo à Hamilton.

- Trudeau demande à la whip de son parti, Judy Foote, de faire un suivi avec sa collègue néo-démocrate Nycole Turmel. Les deux whips rencontrent les plaignantes deux jours plus tard. Selon Mme Turmel, les victimes ne veulent pas dévoiler l'affaire publiquement ni même porter une plainte formelle. Mais elles confirment avoir été harcelées et elles disent à Mme Foote «de faire ce qui lui apparaît nécessaire».

- Informé par Mme Foote, Justin Trudeau décide de suspendre ses députés. Il en informe les membres de son caucus et rencontre ensuite la presse parlementaire pour annoncer la nouvelle. Il précise que la plainte vient de deux députés d'un autre parti, sans mentionner lequel. Il demande au président de la Chambre des communes de faire enquête.

- Thomas Mulcair confirme finalement que la plainte vient de son parti, mais l'information circulait déjà parmi les médias. Le NPD soupçonne les libéraux d'avoir coulé l'information sur les médias sociaux. Mulcair reproche à Trudeau de ne pas avoir respecté le souhait de confidentialité des plaignantes. Avant-hier, la néo-démocrate Françoise Boivin formulait encore les mêmes reproches. Selon elle, le chef libéral aurait dû se contenter de demander à ses députés de corriger leur comportement.

C'est là que je décroche! Ce que dit la députée de Gatineau, c'est que Justin Trudeau aurait dû passer un savon à ses députés! C'est incroyable. On aurait réglé ça entre gars, derrière des portes closes, comme dans le bon vieux temps quoi!

Que faire d'eux?

Justin Trudeau a un problème politique sur les bras: que doit-il faire de ses deux députés? Les ramener dans le caucus parce que les plaignantes refusent de porter plainte? Ou les laisser sur le banc des punitions, ce qui équivaudrait à les condamner sans procès. Pas évident.

Trudeau n'avait guère le choix à partir du moment où il a été informé de la situation par l'une des députées plaignantes. S'il n'avait pas bougé, le NPD aurait pu dévoiler tout ça en pleine campagne électorale et lui reprocher d'avoir fermé les yeux.

Aurait-il pu agir autrement et planifier une autre conclusion à cette pénible histoire en collaboration avec Thomas Mulcair?

Peut-être, mais encore aurait-il fallu que la confiance existe entre les deux chefs. Or quiconque connaît le passé rat pack de Thomas Mulcair à l'Assemblée nationale, vous dira que le risque de le voir utiliser cette histoire en campagne électorale l'a emporté sur le niveau de confiance qu'il devrait inspirer chez ses interlocuteurs dans ce genre de circonstances.

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