La place des femmes sur le marché du travail

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Montréal, Québec, Laval et Gatineau sont parmi les villes où les garderies sont les moins chères au Canada, a révélé cette semaine une étude du Centre canadien de politiques alternatives. Ce n'est pas une grande surprise: la mise en place des garderies à 5$ par Pauline Marois, en 1997, a placé le Québec en position de tête à ce chapitre.

Ce qui est surprenant, c'est de coupler ces résultats aux statistiques canadiennes sur l'emploi, pour vérifier s'il est vrai que c'est notre régime de garderie qui a provoqué une entrée massive des femmes sur le marché du travail. Vérification faite, c'est faux. Les femmes ont quitté le foyer dans les mêmes proportions partout ailleurs au pays, indépendamment des services de garderies en place.

Et malgré la générosité du régime québécois, le Québec traîne toujours de la patte derrière l'Ontario au chapitre du travail des femmes. Or l'Ontario est la province où les garderies sont les plus chères au Canada! Et exception faite de Terre-Neuve, le Québec ne fait même pas meilleure figure que l'Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.

L'analyse prend tout son intérêt dans le débat provoqué par l'intention du gouvernement Couillard, de moduler les tarifs des garderies selon le revenu des familles. Le débat partisan entourant ce dossier commande donc une véritable analyse des faits.

Les frais

L'étude du Centre canadien de politiques alternatives a porté sur les frais moyens des garderies non subventionnées dans les 22 villes les plus populeuses. Les frais étaient comparés au revenu moyen des femmes âgées de 25 à 34 ans dans chacune de ces villes. Les villes ontariennes de Brampton, London, Toronto, Windsor, Mississauga Hamilton et Kitchener sont sorties parmi les 10 villes où les garderies sont les plus chères. Les femmes doivent y consacrer plus de 30% de leurs revenus pour faire garder leurs enfants. Le contraste avec les villes québécoises est énorme: la part du revenu des femmes consacré aux frais de garde s'y situe entre 4 et 6%.

Personne ne doute que la mise en place des garderies ait facilité et facilite toujours la présence des femmes sur le marché du travail. Tout comme la politique des congés parentaux d'ailleurs. Mais ce qui ressort des données de Statistique Canada, c'est que l'arrivée des Québécoises sur le marché du travail a commencé plus tôt, dans la décennie de 1976 à 1986, bien avant la mise en place des garderies à 5$ en 1997. Statistique Canada montre que seulement 37% des femmes du Québec occupaient un emploi en 1976. Ce taux a grimpé à 45% en 1986, à 48% en 1996, et à 55% en 2006.

Si on compare le Québec à l'Ontario sur toute la période couverte par Statistique Canada, soit de 1976 à 2009, le taux d'emploi des femmes a grimpé de 19 points au Québec et de 13 points en Ontario. L'écart peut sembler avoir un lien avec nos politiques familiales, mais il s'explique plutôt par le fait que les Québécoises partaient de beaucoup plus bas, tout comme dans les autres provinces de l'est.

Diplôme et travail

C'est entre 1976 et 1986, soit bien avant les garderies à 5$, que le plus gros du rattrapage a été effectué au Québec, passant de 37 à 45%.

La scolarisation des femmes après la réforme de l'éducation, dans les années 1960 et 1970, en est la principale raison. Les femmes scolarisées sont plus présentes sur le marché du travail, et sont donc moins vulnérables. Chez les 26-44 ans, seulement 59% de celles qui ont 8 ans et moins d'années d'études occupent un emploi, selon Statistique Canada. Le pourcentage grimpe à plus de 80% chez les femmes qui ont un diplôme postsecondaire ou universitaire. Les mères de familles biparentales sont également un peu plus nombreuses à occuper un emploi que les mères seules, mais l'écart n'est que 5%.

Une étude de l'économiste Ruth Rose l'an dernier constate sans surprise que c'est chez les mères monoparentales et les femmes ayant de jeunes enfants que le taux d'activité est le moins élevé. L'étude porte sur les «taux d'activité» ce qui inclut les gens en recherche d'emploi, alors que celle du fédéral porte sur celles qui en occupent un. Mais les tendances observées sont les mêmes: «Le taux d'activité des femmes est lié de près à leur niveau de scolarité.»

Or, si on se fie aux prémisses de cette étude, la hausse de la participation des femmes au marché du travail n'est pas terminée, parce qu'elles continuent à occuper une place de plus en plus grande dans nos universités. Elles dépassaient les hommes au niveau du baccalauréat, en 2011, et elles les avaient presque rattrapés au niveau supérieur.

C'est donc dans cette direction que les efforts du gouvernement doivent porter.

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