Le courant passe avec l'Ontario

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La visite du président François Hollande a éclipsé un autre événement moins prestigieux mais tout aussi important, cette semaine. C'est la venue à Québec du ministre ontarien des Ressources naturelles, Bob Chiarelli. Parce que dans le contexte incertain des changements climatiques et des questions énergétiques, le Québec a tout intérêt à travailler de concert avec l'Ontario, d'autant plus que les politiques du gouvernement Harper ne sont pas toujours compatibles...

À prime abord, l'Ontario n'a pas besoin de notre électricité sur une base quotidienne. L'interconnexion d'Hydro-Québec avec le réseau ontarien permet d'y transférer 2000MW. Elle facilite les échanges en période de canicule ou de froid extrême, mais elle sert principalement à exporter notre électricité vers le Midwest américain.

Là où la donne pourrait changer, c'est notamment à cause des décisions que le gouvernement ontarien devra prendre d'ici un an ou deux sur la fermeture ou la réfection de ses centrales nucléaires de Bruce et de Darlington.

Pas simple...

Ce n'est pas simple, comme décision. La réfection de Gentilly 2, au Québec, aurait coûté quelque 3 milliards$. Le gouvernement Marois a préféré la fermer. La mise à jour de Point Lepreau au Nouveau-Brunswick a été marquée par de grands retards et a coûté plus de 3,3 milliards$. Le fédéral a payé... mais ne pourra pas faire preuve d'une telle générosité envers l'Ontario.

La décision ontarienne sera politique. Queen's Park a déjà annoncé la fermeture de la centrale nucléaire de Pickering en 2020. Si on opte pour la mise à jour des centrales de Bruce et Darlington, ce sera pour préserver les milliers d'emplois liés à l'industrie nucléaire, concentrés principalement en Ontario. Si tel devait être le cas, la province devra tout de même fermer ses centrales pendant trois ou quatre ans et accroître ses achats chez Hydro-Québec. Le résultat sera le même si l'Ontario opte pour la fermeture des centrales.

Dans un cas comme dans l'autre, la demande pour l'électricité produite au Québec pourrait augmenter. Or de façon générale, quand la demande augmente, les prix suivent.

Tout est lié

Il est difficile, sinon impossible de prédire de quoi aura l'air le marché de l'exportation pour l'hydro-électricité. Tout est lié dans le monde de l'énergie. Que l'on parle de pétrole, de gaz ou d'électricité, les conditions peuvent changer en l'espace de quelques semaines ou de quelques jours. On l'a vu jeudi, aux États-Unis, avec le retour en force des républicains qui veulent donner le feu vert au projet de construction de l'oléoduc Keystone XL, ce qui aura nécessairement des conséquences au Canada. Même chose pour la chute spectaculaire et imprévue des prix du brut à cause de la baisse de la demande et de la concurrence accrue des producteurs locaux.

Quelle sera la demande pour l'hydro-électricité au cours des prochaines années? Impossible à prédire. Mais c'est une raison de plus pour renforcer la collaboration Québec-Ontario qui vient de fermer sa dernière centrale au charbon, et qui devra faire de grands choix dans ses ressources énergétiques dans un avenir rapproché.

Selon les experts, le Québec dispose actuellement d'un surplus de production de 3 ou 4%. Un surplus causé principalement par sa décision d'appuyer l'industrie éolienne. D'autres fenêtres pour l'exportation viennent de s'ouvrir, notamment celle de la ville de New-York, grâce au permis présidentiel accordé au projet de la nouvelle interconnexion Champlain Hudson Power Express. Un lien qui nous donnera un accès à New-York, où les prix de l'électricité sont très élevés. C'est prometteur, mais là comme ailleurs, ce serait une erreur pour le Québec de mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Les conseils des ministres du Québec et de l'Ontario auront une séance conjointe de travail dans deux semaines à Toronto. Ces rencontres ne donnent pas toujours des résultats immédiats mais elles permettent d'inscrire une volonté politique sur les domaines à explorer. Or la volonté politique, c'est ce qui fait la différence dans la vie des gouvernements.

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