Le pétrole, le «dilbit» et le Saint-Laurent

En 2010, un conduit de la compagnie Enbridge... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

En 2010, un conduit de la compagnie Enbridge a cédé, laissant s'écouler 843 000 gallons de dilbit dans la rivière Kalamazoo, au Michigan.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Est-il vraiment moins dangereux de transporter le pétrole de l'Ouest par pipeline que par train? Pas nécessairement, selon les écolos qui ont réagi à ma chronique de mardi. Une belle controverse nous attend lorsque le Bureau des audiences publiques sur l'environnement étudiera le projet de TransCanada d'amener le brut par pipeline de l'Alberta à Cacouna, en passant au sud d'Ottawa jusqu'à Cornwall.

Ce dont on ne parle pas souvent dans ce débat, c'est que le pétrole issu des sables bitumineux est trop visqueux pour l'envoyer par pipeline.

«C'est comme de la mélasse comparée à du sirop d'érable», m'a-t-on confié. Il faut donc utiliser un diluant. Dans le jargon du milieu, le résultat de ce mélange donne ce qu'on appelle du «dilbit», «dil» pour diluant et «bit» pour bitume.

Ce qui nous ramène à la question de départ sur la sécurité du transport par pipeline. Les diluants utilisés pour traiter le pétrole lourd doivent venir de quelque part. La quantité de diluant nécessaire peut représenter entre 25 et 30% du dilbit. Or ce diluant coûte cher. Mais il peut être retiré du brut à son arrivée à la raffinerie et réutilisé de nouveau. Il faut donc le retourner à son point d'origine. C'est la raison pour laquelle, nous a-t-on expliqué, le projet de Northern Gateway qui aurait acheminé le brut albertain vers la côte ouest, en Colombie britannique, comportait deux pipelines. Un pour envoyer le pétrole sur la côte du Pacifique, et le deuxième pour retourner le diluant en direction de l'Alberta.

Renvoyé par train

Il n'y a qu'un seul pipeline dans le projet de TransCanada. Ce qui veut dire que s'il faut retourner le diluant vers l'Alberta, il faudra le faire par train... Or le train, ce n'est pas très sécuritaire, et les diluants peuvent être très toxiques pour les populations avoisinantes, en cas de déraillement.

L'autre grand point d'interrogation soulevé par les environnementalistes, porte sur le fait que le dilbit coule plus facilement vers les fonds marins en cas de déversement accidentel. Au contact de l'eau, les diluants qui le composent ont tendance à s'évaporer, avec comme résultat que le bitume va se déposer au fond, et devient extrêmement difficile à récupérer. C'est ce qui est arrivé en 2010, quand un conduit de la compagnie Enridge a cédé, laissant s'écouler 843000 gallons de dilbit dans la rivière Kalamazoo, au Michigan.

Eaux turbulentes

En janvier dernier, une étude du gouvernement fédéral a conclu que le dilbit coule dans de l'eau salée, s'il est déversé sur une mer agitée et qu'il entre en contact avec des sédiments marins. Sur son site internet, la compagnie TransCanada tente de minimiser les risques associés au transport de ce pétrole lourd. Mais elle reconnaît que «dans des eaux turbulentes, le dilbit est entraîné vers le fond de la rivière, où il a tendance à se coller aux roches, ce qui rend le nettoyage plus difficile».

Des eaux turbulentes, dites-vous? C'est ce que nous offre le fleuve la plupart du temps, en plus de devenir salé dans le Bas-Saint-Laurent. Lors du déversement dans la rivière Kalamazoo, le pétrole a été charrié par le courant, ce qui a compliqué davantage la situation. Or le courant et les marées, dans le fleuve Saint-Laurent, ce n'est pas rien! Bref, ce ne sera pas simple le débat qui nous attend sur le projet de TransCanada. Un porte-parole de la compagnie a fait valoir, hier, que le pipeline projeté n'acheminerait pas uniquement du pétrole des sables bitumineux. Dans quelle proportion? «C'est un secret industriel» a-t-il répondu.

Admettons que dans le débat public, ce genre de réponse n'est pas très utile. On ne construit pas un pipeline pour deux ou trois ans. Rien ne dit que dans cinq ou dix ans, c'est essentiellement du dilbit qui transitera en sol québécois en direction des marchés étrangers.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer