La révolte des gestionnaires

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Le printemps dernier, tout le monde prévoyait un branle-bas de combat syndical à l'automne contre les compressions budgétaires du gouvernement. Assez curieusement, ce sont les gestionnaires et les institutions qui montent au front et causent le plus de problèmes à l'équipe ministérielle de Philippe Couillard.

Depuis trois semaines, le gouvernement n'en finit plus de dire non aux coupes de services dans l'aide aux devoirs, l'aide alimentaire ou la lutte à l'intimidation, décrétées par les institutions. La semaine dernière, le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, a annoncé son intention de mettre au pas les gestionnaires. Ils n'auront pas le choix, a déclaré le ministre. Ils devront exécuter les commandes provenant de Québec, qui vise le retour à l'équilibre budgétaire en 2015-2016, et ils devront le faire sans toucher aux services directs à la population.

Les intentions du gouvernement sont bien connues, mais ça semble plus difficile à faire qu'à dire. Le rejet, par la ministre de la Culture, Hélène David, du rapport du conseil d'administration du Conservatoire du Québec recommandant la fermeture des établissements en région, a mené à la démission de ses gestionnaires. Pourtant, c'est le gouvernement Couillard qui avait nommé à ce poste le président du c.a. Jean-Pierre Bastien.

On assiste à la même rébellion dans le milieu scolaire. La semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion du PQ, demandant au ministre de l'Éducation d'émettre une directive interdisant aux commissions scolaires de couper dans les services directs aux élèves. Vendredi, Le Soleil a révélé que les commissions scolaires n'ont pas l'intention de refaire leur budget. Ce qui implique qu'à moins d'argent nouveau de la part du gouvernement, les coupes dans les services aux élèves seront maintenues.

Que faire devant une telle situation? Dans le cas des commissions scolaires, Yves Bolduc a évoqué la possibilité d'envoyer des vérificateurs sur le terrain. Mais des vérificateurs, ça ne trouve pas nécessairement de solutions rapides et faciles d'application.

Le gouvernement soupçonne certains gestionnaires d'opter pour la facilité en coupant dans les services au lieu de dégraisser leurs services administratifs. C'est une opinion qui passe bien dans une clientèle comme celle de la Coalition avenir Québec et qui correspondant peut être à la réalité dans certains organismes, mais pas partout. Comment distinguer entre le vrai et le faux? Ce n'est pas évident. Et qui plus est, on ne peut tout de même pas remplacer tous les gestionnaires qui se disent incapables d'assumer les baisses de budget qu'on leur impose.

Ce qui se passe actuellement est peut-être la meilleure illustration du fossé énorme qui existe entre le discours politique et la réalité.

D'autres gouvernements ont vécu des situations similaires. René Lévesque a coupé le salaire des fonctionnaires de 20% au début des années 1980 en raison de la crise économique. Lucien Bouchard a mis des milliers de médecins et d'infirmières à la retraite en 1997, pour revenir à l'équilibre budgétaire.

Dans les deux cas, les conséquences politiques ont été énormes.

La démarche actuelle du gouvernement Couillard est différente dans le sens que l'on veut dégraisser l'État partout à la fois. La première étape se fait un peu à l'aveugle, parce qu'il faut réduire immédiatement les dépenses afin de respecter les objectifs du budget en cours.

La prochaine étape, qui fait l'objet des travaux de la Commission de révision permanente des programmes, dirigée par Lucienne Robillard, doit permettre d'atteindre l'équilibre budgétaire dans le prochain budget. Dans un cas comme dans l'autre, ce sera très difficile.

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