Pas besoin de la mafia pour se faire flouer

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i vous êtes scandalisés par les révélations à la commission Charbonneau, il serait injuste d'en faire porter le blâme aux seuls entrepreneurs de la communauté italo-canadienne. Les condamnations des dernières années obtenues par le Bureau fédéral de la concurrence montrent qu'on n'a pas besoin de la mafia pour se faire flouer. Nous sommes capables de le faire nous-mêmes, et nous le faisons.

Dans la grande majorité des cas de collusions découverts par le Bureau de la concurrence, les coupables n'ont pas de noms à consonance italienne et ne travaillent pas qu'à Montréal. Même l'agrandissement et la réfection de l'urgence de l'Hôpital de Chicoutimi, en 2003, a donné lieu à un cas de truquage des offres. Trois bonnes compagnies familiales de la région, Construction GTRL, Acoustique JC, et les Entreprises de Construction OPC ont été condamnées à des amendes totalisant 100000$ en février 2012. Les firmes s'étaient entendues pour fixer les soumissions avant même de répondre à l'appel d'offres.

Mafia en moins

En juin dernier, une opération policière menée en collaboration avec le Bureau de la concurrence a mené au dépôt de 77 chefs d'accusations contre 11 personnes, dont deux fonctionnaires municipaux et neuf entreprises de construction dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu. Les chefs d'accusations font état de corruption dans les affaires municipales, d'abus de confiance, d'influences sur un fonctionnaire municipal, de fraude envers le gouvernement, d'utilisation de documents contrefaits, d'extorsion et de complot. Bref, un système similaire à celui décrit par Zambito, mafia en moins.

Si vous croyez que la collusion ne touche que la construction, détrompez-vous. Le 4 mai dernier, l'entreprise Maxzone Auto Parts a écopé d'une amende de 1,5 million$ pour avoir participé à un cartel international de phares automobiles de remplacement.

En novembre 2010, la compagnie Panasonic a été condamnée à une amende similaire après avoir plaidé coupable à une accusation criminelle de fixation de prix des compresseurs de réfrigération hermétique vendus à un manufacturier au Canada. Même le gouvernement fédéral a été victime de collusion, dans le cas d'un appel d'offres du ministère des Travaux publics, pour des services de consultation immobilière.

En Ontario

Je vous épargne ici la très longue liste des vendeurs d'essence, comme Canadian Tire, Sunoco, Mr.Gas ou Pioneer Energy, qui ont plaidé coupable à des accusations de fixation des prix à en Ontario. Les automobilistes québécois ont subi le même sort de la part des vendeurs d'essence dans la région de Victoriaville.

Bref, la collusion et le truquage des offres de services semblent un réflexe spontané du milieu des affaires. La seule chose qui différencie Montréal des autres cas relevés plus haut, c'est la participation de la mafia. Si la gangrène dénoncée dans la métropole et constatée à Saint-Jean-sur-Richelieu ou à Saguenay s'est répandue ailleurs, on en a pour longtemps.

À Québec, le maire Régis Labeaume s'est réjoui, lundi, des bonnes moeurs de son administration municipales. M.Labeaume n'a pas la naïveté de son collègue Gérald Tremblay, mais il devrait garder l'oeil ouvert. Nous avons encore en souvenir le scandale qui a secoué la Ville de Québec, à la fin des années 1990, quand Le Soleil a dévoilé l'existence de cartels dans le béton et le déneigement. Les entreprises trouvées coupables ont du verser un grand total de 6,4 millions$ à la Ville en guise de compensation. Malgré cela, la plupart de ces entreprises traitent toujours avec la Ville, après avoir changé de raisons sociales...

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