La colère de Pauline Marois

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Et moi qui croyais que Pauline Marois et Jean Charest se détestaient... On vient de constater que c'est entre Mme Marois et François Legault que l'animosité est la plus intense.

L'incroyable sortie de la chef du Parti québécois contre son ancien collègue, rapportée dans La Presse de mercredi, montre une rancoeur qu'on n'avait pas encore vue chez Pauline Marois. Je vous cite les phrases les plus lapidaires:

«Il a renoncé à ses convictions. Cela faisait 25 ans qu'il écoeurait Bernard Landry, et nous tous, parce qu'il trouvait qu'on n'allait pas assez vite pour faire la souveraineté.»

«Il a lâché ses partenaires d'affaires sans les prévenir [à Air Transat], il m'a lâchée pour la course au leadership [en 2001], il a lâché ses militants qui voulaient qu'il aille comme chef de parti en 2005.»

«Là, il a lâché la souveraineté et revient se présenter. Il nous dit que cela prend du courage, alors qu'il s'est lavé les mains du gouvernement Bouchard et du déficit zéro. Moi, j'en ai payé le prix lourd, j'avais le pire dossier, la santé, et cela m'a nui pour devenir chef.»

«J'ai fait confiance à ce gars-là, je lui ai donné des mandats importants sur les questions économiques. Il m'a lâchée quand est venu le temps de poser des questions à l'Assemblée nationale. Il n'est pas fiable».

Pas nouveau

Ces accusations contre M. Legault ne sont pas nouvelles. Nous avons tous écrit que Mme Marois s'était sentie trahie lorsque François Legault lui a retiré son appui à la direction du parti pour soutenir Bernard Landry en 2001. Et nous avons tous écrit qu'il était l'un des souverainistes les plus pressés lorsqu'il était au PQ. Les circonstances de son départ de chez Air Transat ont également été évoquées à plusieurs reprises, tout comme la déception de ses partisans lorsqu'il a abandonné subitement son intention de postuler le leadership du PQ. Mais dans tous les cas, ces critiques étaient véhiculées par des subalternes, sous le sceau de l'anonymat.

Cette fois, c'est Pauline Marois à visage découvert qui les lance.

Cette attaque frontale est dure parce qu'il y a un fond de vérité dans tout ça. Mais ce qu'il y a de pire, c'est qu'elle annonce une guerre sans merci entre ces deux politiciens qui dirigeront peut-être le gouvernement et l'opposition officielle. On voit mal, après une telle affaire, comment ils pourraient collaborer.

Qui sait? Peut-être que Mme Marois finira par s'ennuyer de Jean Charest. Et de dire que lui, à tout le moins, était fiable!

Pressés d'en finir!

C'est tout simplement renversant: 919 000 personnes ont voté par anticipation dimanche et lundi. Et on craignait que les Québécois ne soient pas intéressés par une campagne électorale en août... Au diable les indécis, de nombreux électeurs en savaient suffisamment au lendemain des débats pour rendre leur verdict.

Cet empressement croissant de l'électorat pour aller voter forcera les partis à modifier leurs stratégies. Dans le passé, un leader politique qui connaissait un mauvais débat avait encore deux semaines pour corriger le tir. Dorénavant, il n'aura plus que deux ou trois jours.

Je dis dorénavant, parce que la participation au vote par anticipation est en croissance constante depuis 2003, année à laquelle on a ouvert cette possibilité à tout le monde. En 2003, seulement 5,56% des gens ont voté à l'avance. En 2007, le pourcentage a doublé pour atteindre 10,23% et passer à 11,78% en 2008. Cette année, c'est plus de 15%.

Qu'en sera-t-il la prochaine fois? Difficile à dire, mais il est évident que les partis politiques devront tenir pour acquis que la campagne électorale sera dorénavant écourtée d'une semaine pour des centaines de milliers de personnes.

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