Jean Charest, encore l'homme de la situation?

Gilbert Lavoie
Le Droit

Peu importe les sondages et l'issue du conflit avec les étudiants, les militants libéraux réunis en fin de semaine ne pourront pas ignorer la question de l'avenir de leur chef. Jean Charest est-il encore l'homme de la situation? On a beau dire qu'il a neuf vies et qu'il a déjoué toutes les prédictions dans le passé, il reste que l'image du premier ministre a été sérieusement amochée depuis sa réélection en 2008. Il reste aussi que M. Charest aurait peut-être le goût de faire autre chose après 14 ans à la tête du Parti libéral du Québec. Il reste finalement que les milieux fédéralistes qui l'ont amené à Québec en 1998 se demandent certainement s'il est toujours le meilleur homme pour empêcher l'élection d'un gouvernement souverainiste.

Tant et aussi longtemps que François Legault semblait se diriger vers la victoire, les fédéralistes n'étaient pas trop inquiets. Le chef de la Coalition Avenir Québec est tellement bien entouré par les libéraux fédéraux et les adéquistes qu'il lui serait impossible, une fois au pouvoir, de ramener la souveraineté à l'avant-plan. Mais la situation n'est plus la même depuis que Legault est tombé troisième dans les sondages. Même si les sondages d'avril et de mai confirment une baisse de popularité du Parti québécois, une victoire péquiste demeure possible.

Démissionner?

En 1998, le prestigieux magazine britannique The Economist avait sonné la fin du règne de Daniel Johnson à la tête du PLQ en affirmant qu'il était «le politicien le plus ridiculisé du Canada». Les fédéralistes avaient alors recruté Jean Charest.

Mais il y a deux semaines, le National Post a publié un texte le priant de démissionner pour sauver le Canada. La lettre était signée par Michael Carin, le rédacteur en chef de la revue Montreal Business Magazine, de 1994 à 2005. Le message était respectueux, mais très clair: Jean Charest doit quitter rapidement pour céder la place à une nouvelle figure qui aura plus facilement raison de la mauvaise humeur des Québécois à l'endroit des libéraux.

Carin et le National Post n'ont pas le poids du magazine The Economist, et Jean Charest est plus coriace que Daniel Johnson. Mais les scandales dans la construction ont entaché sa crédibilité. Selon Carin, qui dit refléter l'opinion de nombreux fédéralistes montréalais, tout autre candidat que M. Charest aurait de meilleurs résultats à la tête du PLQ. «Je suis profondément convaincu que le Parti libéral se dirige vers la défaite si M. Charest reste là» a-t-il déclaré.

On s'interroge

Ce n'est pas la première fois que les milieux fédéralistes s'interrogent sur la capacité de Jean Charest conserver le pouvoir. Il a passé un moment difficile lorsqu'il a été mis en minorité en 2007, mais il a rebondi en décembre 2008.

Jusqu'à tout récemment, la plupart des libéraux admettaient que si la fenêtre électorale du printemps se refermait, il ne restait lui plus que celle de septembre, après quoi il devrait passer la main à quelqu'un d'autre. Cette semaine, c'est le bureau de Jean Charest lui-même qui a fermé la fenêtre du printemps avec les journalistes.

Question: si la fenêtre automnale devait se refermer à son tour, que fera Jean Charest? C'est un beau sujet de spéculation pour la fin de semaine à Victoriaville.

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