C'est dire l'ampleur du défi qui attend François Legault en fin de semaine prochaine, à l'occasion du congrès de fondation de la Coalition avenir Québec. Y verra-t-on simplement une ADQ modifiée, ou au contraire un véritable parti politique, porteur d'idées nouvelles et des changements réclamés par un électorat désabusé?
Les sondages des derniers mois ont été durs pour la CAQ. Le dernier en lice, mené par Forum Research, n'accorde plus que 18 % d'appuis aux caquistes. Si ces résultats se confirment dans les sondages à venir, le parti de M. Legault ne récolterait que l'équivalent des scores habituels de l'ADQ.
Cette baisse dans les intentions de vote a des bons côtés. Elle a éloigné les opportunistes assoiffés de pouvoir qui se pressaient à ses portes l'automne dernier. De plus, le parti aura le temps de s'en remettre si Jean Charest est incapable de déclencher des élections pour le mois de juin. Finalement, la pression des médias sera beaucoup moins forte sur M. Legault s'il n'est pas perçu comme une solution de rechange sérieuse au gouvernement en place. Comme dans un marathon, la position de tête est toujours très inconfortable en début de campagne électorale. Il vaut mieux partir de l'arrière et remonter vers la première place.
Mais la dégringolade de François Legault dans les intentions de vote a nui à son financement et risque de le priver de candidatures intéressantes. Le congrès de la fin de semaine prochaine à Victoriaville doit donc montrer des militants convaincus et une organisation efficace. Le parti n'a pas le droit d'échouer à ce test. Le choix de Victoriaville pour ce congrès de fondation est un peu surprenant, compte tenu de l'importance de l'événement. Il y a des raisons budgétaires derrière ce choix : la CAQ n'a pas les moyens du PQ ou du PLQ. Mais pour un parti qui voyait tellement grand il y a six mois à peine, la tenue de son congrès de fondation dans une région a l'air d'un recul.
L'autre surprise de ce congrès porte sur sa durée : une petite journée pour étudier une cinquantaine de résolutions à huis clos en matinée et les adopter en plénière de 13h à 16h, c'est bien peu. On comprend que plusieurs positions de la CAQ sont déjà connues. Mais le parti n'a pas encore de politiques sur des sujets importants comme le développement durable, les régions ou la famille. En principe, M. Legault doit prononcer le discours de clôture à 16h. Il devra reporter son intervention si les délégués débattent vraiment des résolutions soumises au lieu de donner un chèque en blanc à leur chef.
Normandeau, Céline et Madonna
L'excellent reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada sur le financement illégal des partis politiques confirme une fois de plus ce que tout le monde savait déjà : de nombreuses entreprises ont utilisé des prête-noms pour financer illégalement les partis politiques, dans le but d'obtenir des contrats. Ce qui est étonnant dans tout ça, c'est que le Directeur général des élections, qui a le nez dans le financement à cause de la nature même de ses fonctions, n'ait jamais dénoncé cette pratique avant que le scandale n'éclate. Même la petite équipe de recherche de Québec solidaire en a fait la preuve, l'an dernier. Qu'a fait le DGE pendant toutes ces années? Aurait-il fermé les yeux parce que tous les politiciens s'adonnaient à cette pratique et n'avaient pas le goût de la corriger? La commission Charbonneau devrait vérifier ça.
L'autre révélation de ce reportage est le fait que l'ex-ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau ait accepté des billets de l'entrepreneur Lino Zambito pour assister à des spectacles de Madonna et de Céline Dion. Il me semble que ça saute aux yeux : de telles invitations doivent être refusées. Faudra-t-il leur faire un dessin?