C'est encore dans le 450 que se jouera le sort des prochaines élections et que François Legault espère faire les gains les plus importants aux dépens du PQ. Au départ, la Coalition espérait séduire les fédéralistes et déloger les libéraux de certains châteaux forts de Montréal. Mais selon l'entourage de M. Legault, le passage controversé et maladroit de François Rebello à la CAQ a causé un dommage considérable dans les milieux fédéralistes qui n'ont pas apprécié sa profession de foi souverainiste.
Si les libéraux se lancent en campagne avec leur acquis habituel de 47 circonscriptions, il leur en faudra 16 de plus pour former un gouvernement majoritaire. Mais il leur en faudra beaucoup moins pour obtenir un gouvernement minoritaire si le PQ tient tête à la CAQ et divise le vote en trois. Tout cela pour dire qu'il y a encore de l'espoir dans les rangs libéraux, malgré l'énorme taux d'insatisfaction à leur endroit et le besoin de changement au sein de l'électorat.
Jean Charest a suivi avec grand intérêt la prouesse de son ami Dalton McGuinty de l'Ontario, qui a réussi a obtenir un gouvernement minoritaire, même si les conservateurs ontariens jouissaient d'une forte avance dans les sondages avant les élections.
À deux ou à trois ?
Dans une lutte à deux, les libéraux sont toujours plus vulnérables en raison de la concentration de leur électorat dans la région de Montréal. La situation est beaucoup plus complexe et imprévisible dans une lutte à trois. Dans ce genre de situation, tous les partis feront des mains et des pieds pour convaincre leurs députés les plus populaires de rester en place. « Dans un cas comme celui-ci, tu promets une délégation du Québec à des gens comme Yvon Vallières, qui songe à la retraite, pour le convaincre de se représenter afin de sauver son comté », explique un stratège libéral.
On observe une préoccupation similaire à la CAQ : François Legault a tenté une démarche auprès du populaire député adéquiste de Beauce-Nord, Janvier Grondin, pour le convaincre de ne pas prendre sa retraite. Mais Grondin a décliné, au grand plaisir des libéraux qui croient possible de reprendre cette circonscription en raison de leur force traditionnelle en Beauce.
La semaine dernière, les organisateurs de la Coalition se disaient heureux d'avoir perdu du poids dans les derniers sondages, parce qu'il est toujours dangereux de partir en position de tête en campagne électorale. Mais les caquistes se méfient de leur position dans les sondages : à l'instar des libéraux à Montréal, les appuis naturels de la Coalition sont concentrés dans la grande région de Québec, ce qui fausse un peu les intentions de vote sur la scène nationale.
Où se situera le PQ dans ce jeu ? C'est la grande question qui domine chez tous les stratèges. Tout comme Jean Charest qui a mis les allégations de scandales derrière lui, Pauline Marois a finalement relégué à l'arrière-plan les divisions internes qui ont secoué son leadership au cours de la dernière année. En se lançant si tôt, la semaine dernière, avec sa promesse d'abolir la taxe-santé de 200 $, elle a démontré qu'elle jouera le tout pour le tout. Mme Marois n'a pas le charisme certains de ses prédécesseurs. Mais contrairement à François Legault dont ce sera la première campagne comme chef de parti, elle a l'expérience des élections de 2008, et elle dispose d'une équipe de députés solides et expérimentés.