Visa le noir, tua le blanc?

Gilbert Lavoie
Le Droit

Pauline Marois a soulevé un bon point, mercredi, en s'attaquant à la taxe santé instaurée par le ministre Raymond Bachand en 2010. Cette taxe régressive passera à 200 $ cette année et s'appliquera à votre rapport d'impôt de 2012. Elle touche tout le monde, à partir d'un revenu individuel de 14 895 $ et de 30 345 $ pour un couple ayant plus d'un enfant. C'est un fardeau supplémentaire inéquitable parce qu'il ne tient pas compte de la capacité de payer.

La proposition du Parti québécois aurait cependant mérité un peu plus de travail. Mme Marois propose de remplacer cette taxe en puisant 950 millions $ dans les poches des contribuables les mieux nantis.

La contribution supplémentaire demandée à ces contribuables serait de 400 $ annuellement pour chaque tranche de 10 000 $ de revenu, excédant 130 000 $. Ce qui veut dire, par exemple, qu'un médecin de famille qui gagne 200 000 $, devrait payer 2 800 $ de plus en impôts.

Pour les revenus imposables de plus de 250 000 $ par année, chaque tranche supplémentaire de 10 000 $ coûterait 700 $. Un médecin spécialiste qui fait 300 000 $ par année débourserait donc 8300 $ de plus par année en impôts.

Les plus riches

Ça va « brailler » dans les salons d'Outremont ou de Sillery où Mme Marois a ses entrées, mais la chef du PQ a dû calculer que ce n'est pas là que se trouve la clientèle du PQ...

Le critique financier de Mme Marois, le député Nicolas Marceau, justifie ainsi la position de son parti : depuis que les libéraux sont au pouvoir, c'est à la classe moyenne que le gouvernement a demandé un effort supplémentaire pour équilibrer ses finances. Il est temps de se tourner vers les plus riches.

Il n'a pas tort sur le principe, mais la bouchée serait énorme à avaler pour les soi-disant mieux nantis du Québec, qui ne sont pas, sauf exception, des Warren Buffet ou des joueurs de la LNH. Incidemment, le hockeyeur dont le revenu imposable au Canada atteint 1 million $ devrait payer 57 300 $ de plus en impôt selon la formule du PQ. Ça n'aiderait pas au recrutement de l'équipe du maire Régis Labeaume...

Simpliste

Plus sérieusement, le débat qu'a lancé Mme Marois avec sa proposition soulève la question de l'équité du système fiscal du Québec. Il est dommage qu'on en fasse une promesse électorale un peu simpliste. Puisqu'on parle ici d'équité, signalons qu'un couple dont les conjoints font chacun 130 000 $ par année, n'aurait pas un sou de plus à débourser. Alors qu'un autre couple dont l'un des conjoints fait 200 000 $ et l'autre 60 000 $ paierait 2800 $ de plus. Est-ce vraiment équitable ? Bien sûr que non.

La Coalition avenir Québec a rapidement compris les dangers de la proposition péquiste. La formation dirigée par François Legault a fait un virage à 180 degrés jeudi, et annoncé que sous un gouvernement caquiste, cette taxe santé de 200 $, dont elle proposait auparavant le maintien, serait transformée en une taxe modulée sur le revenu.

L'intérêt de cet épisode est que la taxe santé sera un enjeu au cours de la prochaine campagne électorale. Tout le monde, incluant le PQ, aura donc le temps de peaufiner sa position.

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