Le King du Vieux-Hull

Charley Rock a donné son dernier spectacle en... (Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit)

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Charley Rock a donné son dernier spectacle en 2002 à Val-des-Bois.

Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Charles Beauchamp était batteur dans un band de garage de Gatineau. Le 16 août 1977, il tentait d'apprendre une chanson d'Elvis Presley à la batterie, écouteurs sur les oreilles.

« Le téléviseur du salon était allumé mais je ne l'entendais pas, raconte-t-il. J'étais en train d'écrire la chanson d'Elvis qui jouait dans mes écouteurs. Puis tout à coup, on a montré le visage d'Elvis à l'écran. J'ai enlevé mes écouteurs et on annonçait qu'il venait de mourir. C'était un drôle de feeling. J'écoutais du Elvis et il mourait presque au même moment. Et bien que je n'étais pas un grand fan d'Elvis, la nouvelle de sa mort m'a frappé. J'étais ému. »

Ce que Charles Beauchamp ne se doutait pas à cet instant, c'est qu'il allait devenir, deux ans plus tard... Elvis. Et le p'tit gars du Vieux-Hull et imprimeur au quotidien Le Droit qu'il était à l'époque allait faire carrière sur les planches sous le nom de Charley Rock, l'un des meilleurs imitateurs d'Elvis au monde.

« Mon band jouait rarement du Elvis, reprend-il. On faisait plutôt des chansons des Beatles, de Creedence Clearwater Revival, de Steppenwolf. Mais chaque fois que je chantais, les gens me disaient que ma voix ressemblait étrangement à celle d'Elvis Presley. 

«Un jour - c'était en 1978 - j'ai appris qu'il y avait un concours à l'aréna Paul-Sauvé de Montréal du meilleur imitateur d'Elvis du Canada. J'ai décidé d'essayer ça. Et j'ai gagné ce concours et c'est comme ça que ma carrière a commencé.»

Quelques années plus tard, Charley Rock était choisi parmi 5000 imitateurs d'Elvis en Amérique du Nord pour incarner le King à Las Vegas dans un spectacle intitulé The Legend in Concert. Il devait faire ce spectacle pendant deux ans. Il est rentré chez lui à Hull au bout de deux semaines.

«Je n'ai pas aimé l'environnement là-bas, explique-t-il. Tout le monde était sur la coke, il y avait la drogue, la boisson et tout ça. Je ne voulais pas m'embarquer là-dedans. J'étais très bien payé, on me donnait 2000 $ en devises américaines par semaine. Mais j'étais esclave. Je devais faire beaucoup de promotion dans des centres d'achats de Las Vegas sept jours par semaine. J'étais censé signer un contrat de deux ans et jouer six mois à Las Vegas, six mois à Atlantic City, six mois sur Broadway (à New York) et six autres mois à Londres. Mais j'ai refusé et je n'ai pas signé le contrat. Je suis rentré chez moi, j'ai fait mes propres affaires et ç'a tout le temps bien marché. J'ai fait des tournées au Mexique, partout aux États-Unis, en France et, bien sûr, au Québec. Ça n'a jamais lâché pendant 20 ans.» 

Charles Beauchamp, alias Charley Rock, alias Elvis Presley, a donné son dernier spectacle en 2002 à Val-des-Bois devant 6 000 personnes. «Un gros show avec 27 musiciens sur scène», se souvient-il. Mais il savait ce soir-là que c'était fini pour lui et qu'il allait enfin rentrer à la maison.

«J'avais de gros remords de conscience, dit-il. J'ai toujours laissé mon fils, Charles-André, un peu de côté. J'étais toujours sur la route et en tournée. C'était difficile pour lui. Charles-André ne me voyait presque jamais et il a un peu perdu sa jeunesse avec son père. Il a perdu ces moments pour moi, pour que ma carrière puisse avancer. Donc ce soir-là à Val-des-Bois, j'ai dit que ce serait mon dernier show et que j'allais dorénavant consacrer tout mon temps à mon garçon.

«J'ai parti une compagnie de réparation d'asphalte à Gatineau. J'ai donné tout mon temps à mon fils pendant huit ans et il travaillait avec moi. Et au bout de huit ans, je lui ai vendu ma propriété et ma compagnie pour la somme symbolique d'un dollar. Et Charles-André est toujours en affaires et sa compagnie roule bien.»

Charley Rock a tenté un retour sur les planches en 2012, après 10 ans d'absence. Mais la salle de 600 places qu'il avait louée dans une polyvalente de Gatineau a accueilli à peine 300 personnes ce soir-là. «La société avait changé, dit-il. Ce n'était plus la même chose. Les fans d'Elvis de l'époque, les baby boomers de 55 ou 60 ans, avaient vieilli de dix ans eux aussi. Et on en avait perdu pas mal, lance-t-il en riant. Donc ça ne fonctionnait plus. C'était fini. C'était assez.»

Charles Beauchamp, 64 ans, a combattu un cancer il y a quelques années. Mais il se porte bien aujourd'hui et il se croise les doigts.

Il habite le village de Portage-du-Fort depuis trois ans avec son épouse, Josée. Les deux ont une compagnie de nettoyage dans ce coin reculé du Pontiac et les affaires roulent bien. «C'est tranquille et paisible ici, conclut-il. C'est ce que j'avais besoin.»

Bref, Elvis has left the building.




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