Amies pour la vie

Anick Charette n'a pas hésité quand elle a... (Patrick Woodbury, Le Droit)

Agrandir

Anick Charette n'a pas hésité quand elle a su que son amie Valérie Clairoux avait besoin d'un rein.

Patrick Woodbury, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Elles sont deux filles de radio. Deux journalistes qui se sont rencontrées à la station 104,7 FM, à Gatineau. Valérie Clairoux y oeuvre toujours à titre de journaliste culturelle. Anick Charette, 38 ans, est pour sa part passée à la fonction publique fédérale il y a neuf mois, après une carrière de 16 ans en journalisme en Outaouais.

Mais leur amitié dure toujours. Et elle est plus solide que jamais. Elles sont comme deux soeurs qui se disent tout, qui se complètent, qui se comprennent. Deux vieilles âmes qui se sont retrouvées.

Et en septembre prochain, Anick donnera le cadeau suprême à Valérie. Le cadeau de la vie. Elle lui donnera un rein.

Valérie Clairoux, 37 ans, est atteinte de la maladie de Berger, une maladie auto-immune atteignant les reins. « Je l'ai appris en 2009, dit-elle. Mais à l'époque, les médecins m'ont dit de ne pas trop m'en faire, que j'allais être bonne jusqu'à l'âge de 50 ans. J'avais changé mon alimentation, je faisais attention et la maladie était très bien contrôlée. »

Les médecins se sont cependant trompés. Parce que six ans plus tard, le 2 décembre 2015, Valérie a été hospitalisée d'urgence. « "Tes reins ont complètement arrêté de fonctionner", m'a dit le médecin, se souvient-elle. J'ai reçu mon congé de l'hôpital le 23 décembre, et j'ai commencé mes traitements de dialyse en février (2016). Et depuis, j'ai de la dialyse toutes les nuits, huit heures par nuit », d'ajouter Valérie.

Son amie Anick était à son chevet à l'hôpital. Et dès qu'elle a entendu le médecin dire à Valérie qu'une greffe de rein allait être nécessaire, Anick a levé la main. « Je veux être donneuse, a-t-elle lancé. J'aimerais avoir les détails ».

« J'ai eu une longue conversation avec les médecins pour tout savoir, raconte Anick. Nous ne savions pas, Valérie et moi, si nous étions compatibles. Et les chances étaient minces qu'on le soit puisque nous ne sommes pas parentes. Mais si nous étions compatibles, j'allais lui donner un rein. C'était clair dans ma tête. Et à partir de ce moment-là, les médecins m'ont prise en charge et on a commencé le processus. »

Une batterie de tests médicaux a suivi pour Anick et Valérie. Plusieurs, plusieurs tests. Puis l'appel est finalement venu en mars 2016. « Anick m'a appelée à la maison, se souvient Valérie. Elle était à la station (104,7 FM) et elle pleurait au bout du fil. Je croyais que quelqu'un était mort, lance-t-elle en riant. Anick tentait de me dire quelque chose, mais il n'y arrivait pas. Puis finalement, elle a réussi à me dire : "On est com-pa-tibles !" Inutile de dire que j'ai pleuré à mon tour. »

Mais trois mois plus tard - « le 24 juin 2016, à la Saint-Jean », se rappelle Valérie - Anick apprend qu'elle ne pourra plus donner un rein à son amie. Des tests indiquaient qu'elle avait un taux de protéines anormalement élevé dans son système et qu'elle n'aurait pas la santé nécessaire pour donner un rein.

« Je ne comprenais pas, de dire Anick. Mon médecin de famille non plus. J'allais bien, j'étais en parfaite santé. Je n'avais aucun symptôme. Mais un haut taux de protéines peut se traduire par un problème rénal, ou de diabète, ou même un cancer. Mais je n'avais aucun signe à cet effet. Et j'étais inquiète ! Je me demandais ce qui se passait avec moi. »

Il n'y avait rien qui se passait avec elle, finalement. En mars 2017, on a découvert que le laboratoire où les prélèvements d'urine étaient analysés émettait des résultats erronés. « Leurs méthodes étaient complètement défectueuses, de dire Anick. J'ai donc repassé d'autres tests et tout était parfait et normal. Mais l'erreur de ce laboratoire nous a fait perdre une année au complet puisque Valérie et moi avons dû recommencer la batterie de tests nécessaires avant de pouvoir procéder à la greffe. »

Et c'est en septembre prochain, à l'Hôpital Royal Victoria de Montréal, qu'Anick donnera un rein à Valérie.

« Sans Anick, je serais sur la liste d'attente pour un rein, de dire Valérie. Personne de mes proches n'était compatible. Et c'est un trop gros cadeau que Anick me fait. Je n'arrête pas de lui demander : "Es-tu certaine que tu veux faire ça ? Tu peux changer d'idée si tu veux, tu sais ?" C'est comme trop gros. La seule chose qui me rassure, c'est que je sais que je ferais la même chose pour elle si c'était l'inverse. Si Anick ou l'une de ses deux filles (âgées de sept et 11 ans) avait besoin d'un rein, je ne me poserais même pas la question.

«Mais en même temps, je n'ai pas assez de mots pour lui dire comment elle est extraordinaire. Et comment vais-je lui dire merci plus tard pour ce cadeau-là ? Merci est un mot tellement banal dans ce cas-ci. Elle me donne la vie ! Grâce à elle, je n'aurai plus de dialyse. Je vais retrouver la santé. Je vais pouvoir faire des plans de vie. Je vais enfin me sentir bien. Le mot merci ne sera jamais assez. Et j'espère juste avoir un enfant un jour pour qu'Anick en soit la marraine. Ce serait un début de remerciement. Mais qu'un début. Qu'un tout petit début.»




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer