Le «doua» à sa vie privée

Marc McDermott vit un véritable enfer depuis que... (Patrick Woodbury, Le Droit)

Agrandir

Marc McDermott vit un véritable enfer depuis que son nom et surtout sa désormais célèbre citation, « j'ai l'doua », circule sur les réseaux sociaux. L'homme de Cantley ne souhaite qu'une chose : que tout ça s'arrête.

Patrick Woodbury, Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

LA GRANDE ENTREVUE / « Je veux que ça arrête. C'est pas une vie, ça ».

Marc McDermott a lancé un cri du coeur vendredi. Ce père monoparental d'une fille de 12 ans n'en peut plus d'être la risée du Québec sur les réseaux sociaux. Lui qui menait une vie bien tranquille à Cantley, au nord de Gatineau, est devenu du jour au lendemain l'idiot du village. De l'immense « village » qu'est la toile.

Le tout a commencé en 2011, il y a six ans, lorsque M. McDermott a fait l'objet d'un reportage sur les ondes de V Télé au sujet d'un remblai illégal sur son terrain. Plutôt anodin comme nouvelle. Mais ce qui a retenu l'attention du public - des internautes surtout - c'est la façon dont M. McDermott s'est exprimé à la caméra. D'un langage plutôt coloré et parsemé de jurons, l'homme un peu balourd s'est défendu devant le journaliste en répétant qu'il avait le droit d'aménager le remblai en question. « J'ai l'doua ! », a-t-il lancé à quelques reprises dans son vocabulaire limité.

Il n'en fallait pas plus pour que Marc McDermott devienne une « vedette » instantanée sur les réseaux sociaux, et que ses mots, « j'ai l'doua », deviennent viraux. Depuis, cet homme de Cantley est la cible d'innombrables railleries et de montages vidéo moqueurs mis en ligne par des internautes. Et la semaine dernière, un résident de Rivière-du-Loup du nom de Michel Boucher a lancé sur le marché un jeu de société nommé « J'ai l'doua », inspiré par « le redneck de Gatineau », comme M. McDermott est qualifié par certaines personnes sur les réseaux sociaux.

Après six années de moqueries, voire même d'intimidation, Marc McDermott n'en peut plus.

« Je suis tanné, vraiment tanné, a-t-il avoué. En premier, c'était des jokes. Mais là, c'est pu des jokes. C'est rendu qu'ils font toutes sortes de sites et des affaires que je déteste. On me téléphone la «nuitte» et à longueur de journée, et ça m'achale. C'est rendu que ça vient virer dans ma cour pour me voir. Ça descend de partout pour venir se faire poser avec moi. Je rentre dans un restaurant, ça veut se faire poser avec moi. Je n'ai pu de vie privée. Je veux que ça arrête.

«Y ont fait des t-shirts, des tasses à café et des casquettes avec ma face dessus, déplore-t-il. Y m'ont même pas demandé ma permission. Y ont fait ce qu'ils voulaient. Y a même du monde qui se sont fait tatouer ma face sur eux autres ! J'aimerais que ça coupe tout au complet. Tout ce qu'y a sur moi sur l'Internet, qu'on coupe tout au complet. Je veux que ça arrête. Et je veux aussi que ça arrête pour ma fille (de 12 ans). Elle est tannée et écoeurée. Elle se fait poser toutes sortes de questions à l'école, elle se fait agacer. Je veux que ça finisse. On n'en peut plus, ma fille pis moi. C'est pas une vie, ça.»

Jocelyn Dumais, un bon ami de Marc McDermott et un homme bien connu en Outaouais pour sa lutte en faveur de la mobilisation de la main-d'oeuvre en construction, s'est porté à sa défense cette semaine sur Facebook. Et M. Dumais a indiqué au Droit, vendredi, que les services d'un avocat ont été retenus afin que justice soit rendue envers M. McDermott. «Ce n'est pas une question d'argent, a dit M. Dumais. C'est une question de retirer des réseaux sociaux tout ce qui a été diffusé sur Marc. Et aussi de retirer du marché le jeu de société «J'ai l'doua».»

Ou comme a lancé M. McDermott : «Je veux pas nécessairement de l'argent, je veux la paix.»

* * * * *

Marc McDermott, 49 ans, est né à Cantley où il a été élevé par ses grands-parents. «Ma mère est partie quand je suis né, dit-il. Et mon père travaillait icitte et là», ajoute-t-il sans vouloir en dire plus sur ses parents absents.

Il n'a jamais vraiment fréquenté l'école. «Les rares fois que j'y allais, je me sauvais tout le temps», lance-t-il en riant. Et il s'est retrouvé à la rue à l'âge de 10 ans. «Je couchais dans une chambre au-dessus d'un garage où on m'avait donné une p'tite job», se souvient-il.

Malgré ses limites et les nombreux obstacles, Marc McDermott s'est débrouillé dans la vie et il est parvenu à s'acheter un terrain et une maison dans son village natal de Cantley. Il est recycleur de feraille et de métaux, et déneigeur l'hiver venu. «Mais là, je travaille un peu moins à cause de ma santé», dit-il, lui qui souffre d'asthme et de diabète.

M. McDermott est devenu père il y a 12 ans. «J'ai eu la garde légale quand ma fille était bébé, dit-il. C'est moi qui l'a élevée. C'était important que je sois là pour elle. Elle commence l'école secondaire en septembre et elle veut peut-être devenir une enseignante. Elle y pense. L'autre jour, je lui ai dit en riant qu'elle devrait devenir une juge ou une avocate à la place. On aurait moins de problèmes comme ça !»

La sonnerie d'un téléphone se fait entendre. Il retire un vieux téléphone cellulaire à clapet de sa poche. Il parle quelques secondes puis il raccroche en s'excusant.

Il n'a pas de téléphone intelligent. Pas d'ordi non plus. Les vidéos «j'ai l'doua» qu'il a vues, ce sont ses amis qui lui ont montrées.

«Et j'en veux pas non plus, dit-il au sujet des téléphones intelligents. Je vois le monde passer leur temps là-dessus et je me dis que ça doit devenir long, Le monde est en train de virer fou avec ces affaires-là.»




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer