L'appel du bayou

J'ai rencontré Zachary Richard mercredi matin, à l'école... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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J'ai rencontré Zachary Richard mercredi matin, à l'école élémentaire publique Francojeunesse, à Ottawa, là où l'artiste louisianais donnait un atelier sur le chant aux jeunes élèves de l'endroit.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE - LES GRANDES ENTREVUES / C'est quoi, la solidarité entre francophones ? L'anecdote qui suit en est un bon exemple.

Je rencontrais l'auteur-compositeur-interprète, Zachary Richard, mercredi matin à l'école élémentaire publique Francojeunesse, à Ottawa, là où l'artiste louisianais donnait un atelier sur le chant aux jeunes élèves de l'endroit. Juste avant de débuter l'entrevue, je lui demande:

«Serez-vous au 20e anniversaire du Grand Ralliement SOS Montfort de ce soir, à la Place TD ?

- Tu m'apprends quelque chose, réplique Zachary Richard. Je n'étais pas au courant de la tenue de cet événement. Je participe cet après-midi au VERSefest à l'Université d'Ottawa, et je dois quitter pour Montréal ce soir.

- C'est dommage. Gisèle Lalonde y sera ce soir.

- Gisèle sera là ? Alors as-tu un contact ? Parce que je ne veux pas arriver là en surprise comme ça.

- Voici le nom et le numéro de la personne à contacter.»

Et ce soir-là, la foule présente au 20e anniversaire du Grand Ralliement SOS Montfort a ovationné l'invité surprise, Zachary Richard. Et celui-ci a dédié sa chanson à sa «grande amie, Gisèle Lalonde». Puis, il a conclu sa prestation (gratuite) d'un retentissant: «Vive l'Ontario francophone !».

C'est un peu ça, la solidarité entre francophones...

Et parlant de solidarité...

Le grand Zachary Richard lancera un 21e album en octobre prochain. Mais la façon dont il s'y prend pour produire ce nouvel opus est plutôt inusitée. Ou serait-elle révolutionnaire ?

C'est que l'artiste de la Louisiane tient présentement une campagne de sociofinancement pour, justement, financer la production de son nouvel album. Il s'est inscrit sur le site www.kickstarter.com où le public est invité à offrir un don en argent en échange, entre autres, d'une copie dédicacée de son prochain album. Et sur cette page en ligne, Zachary Richard offre une variété de forfaits qui vont d'un CD dédicacé en échange d'un don de 25$ jusqu'à un spectacle privé chez vous ou dans votre entreprise en échange d'un don de 10 000 $, en passant par un week-end au Mardi Gras en Louisiane ou une fin de semaine aux Îles-de-la-Madeleine, tout dépendant de la valeur du don. Bref, plus le don est «généreux», plus le forfait obtenu en échange est précieux et unique. L'objectif de sa campagne de financement participatif: 45 000 $.

«Ce n'est pas de la charité que je demande, dit d'emblée Zachary Richard. Je ne suis pas en train de quémander. Ce n'est pas: "Donnez-moi de l'argent et vous vous sentirez mieux parce que vous aurez aidé un clochard." Ce que j'offre, c'est du partage. Tous les forfaits que je propose sur le site sont exclusifs. Ça ne s'achète pas sur Amazon. Je donne la possibilité aux gens d'entrer dans mon univers et d'avoir accès à des choses qu'ils ne pourraient trouver nul part ailleurs.

«Ce n'est pas de la charité, c'est un échange», insiste l'auteur de Cap Enragé, Marjolaine, Travaillé c'est trop dur, L'arbre est dans ses feuilles et tant d'autres succès.

Mais pourquoi cette nouvelle façon de faire les choses ? Pourquoi se tourner tout à coup vers le public pour produire un 21e disque ? Pourquoi cet appel du bayou ?

«Je me suis rendu à l'évidence que le système de financement classique de l'industrie de la musique n'existe plus, surtout pour des artistes indépendants comme moi, répond Zachary Richard. Un passage sur Spotify paye 0,004 dollar. Il faut donc 2500 écoutes pour faire un dollar. De plus, les disques compacts se vendent de moins en moins, et le piratage a donné un très grand coup. Tout ça pour dire que ça va mal.

«La bonne nouvelle, poursuit-il, c'est qu'en regardant cette réalité, on découvre de nouvelles possibilités de diffusion et de partage. On est obligé, dans la situation actuelle, de recréer la relation entre l'artiste et le public. On a créé la toile, j'y ai donc créé ma tribu et tout le monde peut en faire partie.»

J'ai demandé à Zachary Richard, en terminant notre entretien, s'il appuyait la lutte des Franco-Ontariens d'Ottawa qui souhaitent que leur ville soit désignée officiellement bilingue. «Bien sûr, a-t-il répondu. Je trouve ça symboliquement important que la capitale du Canada, qui se proclame un pays bilingue, soit à la hateur de cette ambition.

- Et les Franco-Ontariens peuvent-ils compter sur votre appui dans la création d'une université franco-ontarienne ?

- Absolument. L'Hôpital Montfort a prouvé quelque chose. La lutte pour sauver cet hôpital a prouvé que l'activisme peut très bien porter fruit.»

Pour participer à la campagne de sociofinancement de Zachary Richard: www.kickstarter.com




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