L'ambassadrice de la vie 

Caroline Bisson visitera les écoles du Conseil des... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Caroline Bisson visitera les écoles du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) à titre d'ambassadrice.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE - GRANDE ENTREVUE / Quand elle était étudiante à l'école secondaire publique De La Salle, à la fin des années 1980, Caroline Bisson rêvait de devenir journaliste. C'était son but. Même son destin, croyait-elle. La vie avait cependant d'autres plans pour elle...

Elle est bel et bien devenue journaliste. Elle l'a été pendant un an en Écosse, là où elle a obtenu une maîtrise en journalisme. Puis elle est revenue au Canada, en Alberta plus précisément, où elle a coanimé l'émission du matin à la radio de Radio-Canada. La Franco-Ontarienne originaire de la Basse-Ville d'Ottawa est ensuite rentrée au bercail, en 2007, pour combler le poste de journaliste au bureau d'Ottawa de TFO. 

Caroline Bisson vivait son rêve. Jusqu'à ce que ce rêve se transforme en cauchemar.

En octobre 2008, elle a été diagnostiquée avec un cancer des os. Sept mois plus tard, en avril 2009, on lui amputait l'épaule, la clavicule et le bras gauche.

« J'ai eu un choc au réveil de mon amputation, se souvient-elle. C'est là que j'ai fait la découverte de Oscar, mon bras fantôme. Et curieusement, j'avais des douleurs aiguës à ce bras fantôme. Des douleurs qui étaient tellement réelles. Des douleurs fantômes, quoi. Et je suis entrée dans une période très noire, très isolée. Une période qui a duré six mois. Mais je m'en suis sortie. 

«Après ça, poursuit-elle, j'ai dû apprendre à apprivoiser mon corps. J'ai dû apprendre à m'accepter comme j'étais. Et ça m'a poussée à me poser toutes sortes de questions par rapport à ce que ça veut dire d'être belle. J'ai beaucoup questionné ma féminité et comment les gens me percevaient. Et j'ai perdu confiance en moi. J'étais une professionnelle accomplie et je devais soudainement me trouver du travail. J'allais à des entrevues et c'était très difficile. Je me sentais jugée. Je m'imaginais que tout le monde pensait que je ne serais plus capable de faire le travail. Mais ce qui m'habitait, c'était tous les mythes et les préjugés qu'on a envers les personnes handicapées. Et je m'imaginais qu'on me les donnait.

«Mais dans le fond, c'était moi le problème, laisse-t-elle tomber. Ces préjugés qui m'habitaient étaient mon obstacle. Alors je me suis dit : 'J'en ai pas de problèmes, je n'ai pas de limitations. Mes capacités intellectuelles demeurent. Et mes capacités physiques, je vais les regagner et réapprendre à faire les choses.' Puis j'ai commencé à marcher la tête haute. Et à partir du moment où j'ai levé la tête, j'ai réalisé que le regard de l'autre me renvoyait ma propre image de moi. Les gens me regardaient avec pitié auparavant parce que moi, je n'étais pas à l'aise avec mon corps. Et à partir du moment où je renvoie une image positive, dynamique et enthousiaste, c'est cette image que les gens voient.»

L'athlète

Et Caroline Bisson a effectivement regagné ses capacités physiques depuis. Elle a été initiée au ski de fond en 2009, à l'âge de 34 ans, et ce sport est vite devenu sa passion. Et la journaliste qu'elle était s'est métamorphosée en athlète.

En 2014, Carline Bisson a participé à quatre épreuves en ski de fond et en biathlon aux Jeux paralympiques de Sotchi, en Russie. Son meilleur résultat a été une 11e position au 10 km de biathlon. 

Et dans deux semaines, elle quittera pour la Corée du Sud pour participer à l'épreuve-test des Jeux paralympiques de 2018 qui se tiendront à Pyeongchang, en Corée du Sud. Il s'agit de la première étape vers sa qualification aux Jeux.

«Ce sera plus difficile de me qualifier qu'en 2014, affirme-t-elle. J'ai 42 ans et les jeunes performent bien. Mais je m'en vais là-bas dans le but de me créer ma propre place aux Jeux. Et je vais me donner au maximum à chaque course, donner le tout pour le tout, et la vie décidera. Et j'ai confiance en la vie.»

L'ambassadrice

D'ici là, Caroline Bisson visitera les écoles du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) à titre d'ambassadrice de ce conseil scolaire franco-ontarien. Comme un retour aux sources, quoi, elle qui est diplômée de l'école secondaire De La Salle.

«Je suis chanceuse de me voir confier ce rôle par le CEPEO, dit-elle. C'est un beau privilège. Je vais partager mon expérience avec les jeunes, partager les leçons que j'ai apprises. Je vais tenter de les inspirer et de les sortir un peu de leur quotidien.

«Ce que je veux, ajoute-t-elle, c'est que les jeunes voient une personne différente, puisque mon handicap est très visible. Mais qu'ils voient aussi que je suis une personne très heureuse, et que ma différence est une valeur ajoutée. Une valeur ajoutée qui m'a ouvert les portes aux Jeux paralympiques. Et je vais leur poser la question : 'Quelle est votre différence ?' Trouvez votre différence, que ce soit un talent ou un trait de personnalité, et voyez comment elle peut être à votre avantage parce que c'est ce qui vous définit. C'est ce qui fera votre valeur ajoutée dans la société. Si nous étions tous pareils, le monde serait ennuyant. On est tous différents et on a tous quelque chose à contribuer.»




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