Le parcours singulier de Carol Jolin

Lui qui vient de prendre les rênes de... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Lui qui vient de prendre les rênes de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin ne cache pas qu'il aura beaucoup de pain sur la planche dans les prochains mois.

Etienne Ranger, LeDroit

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LA GRANDE ENTREVUE / Carol Jolin, le nouveau président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), voulait être journaliste sportif. Originaire de Saint-Léon-de-Standon - « un petit village situé à 80 km au sud de Québec et de 1300 habitants, si on compte les chiens et les chats », lance-t-il à la blague - il rêvait de succéder aux journalistes de Québec qui assuraient la couverture des défunts Nordiques de la Ligue nationale de hockey.

Ce qui est un peu normal puisque Carol Jolin a grandi dans un hôtel, là où le sport - le hockey surtout - était plus souvent qu'autrement le sujet de conversation préféré des clients, des « boys ». Son père était propriétaire de l'hôtel de Saint-Léon-de-Standon. Un endroit où se trouvaient sous le même toit le bar du village, la salle de banquets et de mariages, et la salle de danse et de spectacles où les orchestres se produisaient tous les week-ends.

« J'étais en troisième année à l'élémentaire et j'avais un emploi rémunéré dans l'hôtel de mon père, se souvient-il. Les réfrigérateurs se vidaient les fins de semaine et ma responsabilité était de les remplir. Et quand il y avait un banquet ou un mariage, je devais placer les assiettes, les ustensiles et les petits cartons d'allumettes sur les tables. Disons que j'ai appris très jeune à faire ma part dans un milieu de travail. »

Carol Jolin a quitté l'hôtel de son père à l'âge de 17 ans pour devenir barman dans celui de son oncle, à Lac-Etchemin. « Je n'étais même pas en loi, lance-t-il en parlant de ses 17 ans. Mais disons que les descentes policières à l'hôtel de Lac-Etchemin étaient plutôt rares. Je n'en ai pas vues durant les six années que j'ai été là. Et j'ai payé une bonne partie de mes études (universitaires) en travaillant derrière ce bar. »

Carol Jolin a obtenu un baccalauréat en éducation physique de l'Université de Sherbrooke. Puis il est déménagé à Québec pour compléter une année de journalisme à l'Université Laval. Mais il manquait une pièce à son casse-tête pour devenir journaliste sportif : l'anglais. « Si je voulais entrer dans le vestiaire pour interviewer les joueurs et communiquer avec eux, je devais apprendre l'anglais, dit-il. Je n'avais pas le choix. »

Il s'est donc inscrit au « Programme fédéral de moniteur de langue ». « Il s'agissait d'un programme financé par le fédéral pour offrir un appui aux départements des langues dans les écoles et pour faire la promotion du français », explique-t-il. Et par un concours de circonstances, il a décroché un emploi comme moniteur de langue à l'école secondaire Confédération à Welland, dans la région de Niagara Falls en Ontario. « Et je n'avais aucune idée où se trouvait Welland quand on m'a offert cet emploi », admet-il en riant.

Carol Jolin était âgé de 23 ans à l'époque. Il a aujourd'hui 56 ans, il est père de trois fils, lui et son épouse Louise se sont établis à Ottawa et il n'est jamais retourné vivre dans la Belle Province. Il a eu la piqûre pour l'enseignement à Welland, le journaliste sportif en herbe qu'il était s'est métamorphosé en enseignant, et ce Franco-Ontarien d'adoption a fait carrière dans les écoles de langue française, de Welland à Ottawa, en passant par Barrie et Toronto.

Ancien président de l'Association des enseignants franco-ontariens (AEFO), Carol Jolin a été élu sans opposition à la présidence de l'AFO il y a deux semaines. Il succède ainsi au président sortant, Denis Vaillancourt.

Les dossiers sur lesquels M. Jolin devra se pencher au cours de son mandat de deux ans sont nombreux. Mais on lui a demandé de se prononcer sur les deux sujets de l'heure, c'est-à-dire le bilinguisme officiel pour la Ville d'Ottawa et la création d'une université franco-ontarienne. Voici ce qu'il a répondu :

Ottawa - capitale bilingue

« Je suis entièrement d'accord (pour le bilinguisme officiel à Ottawa). Mais je trouve qu'on n'insiste pas assez sur l'aspect économique qu'un tel geste représenterait. D'où je viens, en Beauce et dans le comté de Bellechasse, il y a encore un paquet de monde qui s'imagine qu'il n'y a plus un mot de français qui se dit dès qu'on traverse la frontière entre le Québec et l'Ontario. Ces gens-là ont des sous, ils veulent faire du tourisme, ils veulent visiter. Mais ils ont peur de se retrouver dans un milieu anglophone. Donc je pense qu'on devrait mettre plus d'emphase sur les aspects touristique et économique que le bilinguisme officiel pourrait représenter pour la Ville d'Ottawa.

Université pour et par les francos

«Définitivement en faveur. Les écoles (de langue française) poussent comme des champignons dans le grand Toronto, dans le sud et le sud-ouest de la province. Et d'ici quelques années, le bastion de la francophonie en Ontario ne sera plus à Ottawa, mais bien à Toronto et dans le sud. Quarante-deux pour cent des francophones de l'Ontario vivent dans la région d'Ottawa. À Toronto, on est rendu à 37 %, et ça ne cesse d'augmenter. Beaucoup d'immigrants francophones choisissent de s'établir dans la région de Toronto. Donc il y a de plus en plus d'écoles élémentaires et secondaires là-bas. Et il faut avoir quelque chose à offrir à ces jeunes qui gradueront du secondaire. On a franchi l'étape du «quoi», c'est-à-dire à savoir si ça prend une université franco-ontarienne ou non. Il s'agit maintenant de voir comment.»

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