Les racines de Marie-Maude Denis

LA GRANDE ENTREVUE / La journaliste et coanimatrice de l'émission d'affaires... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Etienne Ranger, LeDroit

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LA GRANDE ENTREVUE / La journaliste et coanimatrice de l'émission d'affaires publiques Enquête à la télévision de Radio-Canada, Marie-Maude Denis, s'est rapidement démarquée en journalisme avec ses reportages sur la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction au Québec, des reportages qui ont mené, avec d'autres, vers la mise sur pied de la Commission Charbonneau, et qui ont valu à Enquête de nombreux prix en journalisme.

Du beau travail pour une Franco-Ontarienne qui, à l'adolescence, rêvait de faire carrière au... théâtre.

Native de Sudbury, Marie-Maude Denis, 35 ans, a grandi à Ottawa. Diplômée de l'école secondaire publique De La Salle, elle s'est inscrite en sciences politiques, communications et théâtre à l'Université d'Ottawa. « Je pense je voulais faire un «bac» schizophrène ! », lance-t-elle en riant. Mais après un an d'études universitaires en théâtre, elle s'est vite rendu compte qu'elle n'avait pas vraiment choisi la bonne voie à suivre. 

« Je voulais être journaliste, laisse-t-elle tomber. Je voulais travailler en information. Mon père (Michel Denis) a fait carrière comme réalisateur à la radio de Radio-Canada à Ottawa. Et quand j'avais une journée pédagogique au primaire et au secondaire, je l'accompagnais au bureau. J'aimais ce milieu. Les adultes qui travaillaient là étaient «cool», créatifs, passionnés par ce qu'ils faisaient. J'aimais l'ambiance de l'endroit. J'aimais l'odeur du pot de café qui avait cuit sur son rond. Et dans ma tête, c'était clair : je voulais travailler à Radio-Canada. »

Et son rêve s'est réalisé en 2002. Après ses études en journalisme à l'Université Laval de Québec, Marie-Maude Denis s'est jointe à l'équipe d'information de Radio-Canada à Québec à titre de journaliste aux affaires judiciaires. Puis cinq ans plus tard, Radio-Canada Montréal l'a recrutée pour remplacer le journaliste Alexandre Dumas aux faits divers, ou comme on dit un peu péjorativement dans le métier : aux chiens écrasés.

« Les gens regardent souvent les faits divers de haut, dit-elle. Mais je pense que c'est important d'avoir des journalistes spécialisés dans ce domaine. Ce n'est pas un genre mineur de journalisme, selon moi. Et je ne serais jamais à Enquête si je n'avais pas couvert les faits divers. Ça, c'est sûr. C'est là que je me suis faite des contacts qui m'ont amenée à avoir mon premier gros tuyau. »

Le «Smoking Gun»

Et ce « gros tuyau », on le devine, c'est la fameuse « enveloppe brune » qui a mené vers les reportages d'Enquête qui ont fait la lumière sur la collusion et la corruption dans le monde de la construction.

« Un jour, se rappelle Marie-Maude Denis, un contact (dans le milieu judiciaire) m'a remis une enveloppe en me disant : «on n'a pas été capable de faire quoi que ce soit avec ceci. On n'a jamais porté d'accusations dans ce dossier-là. Je te remets ça, bonne chance». Donc je suis partie avec ça et j'ai commencé à grignoter ça dans mon bureau. Il y avait des noms qui gravitaient autour de la Ville de Laval. Je demandais à mon collègue, Christian Latreille : « connais-tu ça, Tony Accurso » ? Puis il y avait le nom (du maire de Laval) Gilles Vaillancourt. Alors Christian m'a suggéré d'aller voir la recherchiste à Enquête, Monique Dumont. « Elle est fine, m'a-t-il dit, mais elle est un peu folle. Elle est obsédée par Laval. Elle travaille là-dessus à temps perdu depuis des années. Elle fait des cartes et tout ça. »

« Je suis donc allée voir les gens d'Enquête. Ils ne me connaissaient pas et je ne les connaissais pas. Puis j'ai remis l'enveloppe à Monique Dumont en lui disant que ça pourrait peut-être l'aider. Elle a jeté un coup d'oeil à son contenu, elle s'est levée d'un bond et elle s'est mise à crier : «J'ai mon «smoking gun !». «J'ai mon «smoking gun !!». Puis en me pointant du doigt, elle ajoutait : «Elle s'intéresse à Laval !». «Elle s'intéresse à Laval !!». Tout le monde se demandait ce qui se passait et tout le monde roulait des yeux. (Rires). Et finalement, tout s'est enchaîné. Puis les «grands boss» de Radio-Canada m'ont dit : «tu vas travailler sur ce dossier avec (le journaliste d'enquête) Alain Gravel». C'est vraiment une histoire cendrillon», d'ajouter Marie-Maude Denis.

Celle-ci a débuté comme journaliste à l'émission Enquête en 2008. Et elle coanime cette émission avec Isabelle Richer depuis l'automne 2015.

Fière Franco-ontarienne

Mère d'un fils de trois ans, Marie-Maude Denis se dit Québécoise de culture, de résidence, de carrière, et de coeur aussi. Mais elle ajoute vite qu'elle est «d'abord et avant tout Franco-Ontarienne».

«Et fière de l'être, lance-t-elle. J'aime dire que je suis Franco-Ontarienne, et de plus en plus. J'ai été élevée avec la FESFO (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) et les rassemblements pour sauver l'Hôpital Montfort. J'étais au «Grand Ralliement» au Centre municipal d'Ottawa (en mars 1997). Et nous (les étudiants de l'école De La Salle) avons aussi fait des chaînes humaines autour de l'Hôpital Montfort. Ma mère, ma grand-mère et toute ma famille sont des gens qui sont hyper affirmés comme Franco-Ontariens. Ils vivent tous à Ottawa aujourd'hui où ils exigent de se faire servir en français, et ça ne les dérange pas d'en être fatigants. Mes racines sont en Ontario. Et c'est très important pour moi de me définir comme Franco-Ontarienne.»

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