Une carrière à coup sûr

Sébastien Boucher-Akowe détient le record du plus grand... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Sébastien Boucher-Akowe détient le record du plus grand nombre de coups sûrs dans la Ligue Can-Am.

Etienne Ranger, LeDroit

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LA GRANDE ENTREVUE / La plupart des joueurs de baseball professionnels vous diront que leur amour pour ce sport a pris naissance en jouant à la catch avec leur père. Que c'est ce dernier qui leur a inculqué la passion pour ce sport.

Mais pour la vedette des Champions d'Ottawa et détenteur du record pour le plus grand nombre de coups sûrs dans la Ligue Can-Am, Sébastien Boucher, c'est tout le contraire. C'est en fait lui qui a enseigné à son père les rudiments du baseball.

« Explique-moi ce jeu, Elaken ? », lui demandait son père alors que le jeune Sébastien n'était âgé que de sept ou huit ans.

Son père l'appelait toujours : Elaken. Et pourquoi pas ? C'est son prénom. Si vous jetez un coup d'oeil sur le permis de conduire de Sébastien Boucher, vous y lirez le nom : Sébastien Elaken Boucher-Akowe. « Sébastien » et « Boucher » de sa mère hulloise, Francine Boucher. « Elaken » et « Akowe » de son père d'origine nigériane, Augustin Akowe. « Disons que j'ai un nom canadien et un nom africain, d'expliquer le voltigeur-étoile des Champions. Mais quand j'étais enfant à Hull, c'était Sébastien Boucher, point. Je pense que les gens avaient trop de difficulté à prononcer le nom 'Akowe'. Et le nom 'Sébastien Boucher' m'est resté tout au long de ma carrière. Sauf à l'université (en Floride) où je jouais au baseball. Là-bas, c'était Boucher-Akowe. Comme c'est inscrit sur mon permis de conduire, ma carte de crédit et le reste. »

Son père a quitté le Nigéria pour venir poursuivre ses études universitaires à Ottawa, à l'Université Carleton. Titulaire d'un doctorat en sciences politiques, Augustin Akowe a fait la rencontre, à Hull, de Francine Boucher, et de leur union est né leur fils, Sébastien.

« Mon père était un homme de soccer, se souvient Sébastien Boucher. C'était le sport numéro un dans son pays. J'ai donc commencé à jouer au soccer, mais je n'aimais pas ça. Alors mes parents m'ont inscrit dans le baseball, même si mon père ne connaissait rien de ce sport. Et l'un de mes souvenirs les plus vifs de lui - je ne peux pas l'oublier - c'est celui de moi en train de lui montrer comment jouer au baseball. On regardait les Expos à la télé et je lui expliquais le jeu et les règlements. J'avais sept ou huit ans. Je ne sais pas si le baseball l'intéressait ou non, mais je pense qu'il aimait m'entendre lui en parler. Et il voulait tout savoir, il posait un tas de questions. Je me souviens de ces moments avec mon père comme si c'était hier. »

L'autre moment que Sébastien Boucher n'oubliera jamais - fort triste, celui-là - c'est le jour où son père est décédé. Elaken avait huit ans...

« Mon père était atteint du lymphome de Hodgkin (cancer), raconte-t-il. Il avait subi une chirurgie et il était très optimiste que tout irait bien. Mais un jour, il est retourné à l'hôpital. Puis quelques jours plus tard, quelqu'un de l'hôpital a appelé à la maison et ma mère a répondu. Et dès que j'ai vu le regard dans ses yeux et l'expression sur son visage, je le savais. J'ai quitté la pièce. Ma mère n'avait pas à me dire que mon père était décédé. Je le savais », ajoute-t-il en baissant les yeux.

Sa mère s'est remariée deux ans plus tard à un anglophone d'Ottawa. 

Déménagé dans l'est de la capitale, à deux pas de Vanier, le jeune Sébastien a eu énormément de difficulté à accepter ce « nouveau » père. Et ce dernier a dû fait preuve d'une patience à toute épreuve pour jouer son « nouveau » rôle auprès du fils de sa conjointe.

« Je pense que j'avais 18 ans quand j'ai réalisé que Joshua (son beau-père) était comme mon père, dit Sébastien Boucher. J'ai enfin réalisé que cet homme avait consacré une grosse partie de sa vie à faire un homme de moi. »

«Coach» Boucher?

Le numéro 18 des Champions d'Ottawa détient le record du plus grand nombre de coups sûrs dans l'histoire de la Ligue Can-Am. Ce record s'ajoute à ceux qu'il détient déjà pour le plus grand nombre de points produits et le plus grand nombre de points marqués. 

Sébastien Boucher, 34 ans, décidera cet hiver s'il évoluera une autre année comme joueur des Champions. « Si mon corps et ma santé me disent que c'est un go, je jouerai », lance-t-il. Chose certaine, il conservera l'été son titre d'entraîneur des frappeurs au sein de l'équipe d'Ottawa. Et l'hiver, il compte poursuivre à titre d'enseignant et de co-propriétaire de l'Académie de Baseball Ultime, à Gatineau, qui est responsable du programme sport-études baseball de l'école polyvalente Nicolas-Gatineau.

Et s'il devait accrocher ses crampons la saison prochaine, ou la saison suivante, Sébastien Boucher-Akowe se voit très bien dans le rôle d'entraîneur-chef des Champions d'Ottawa pour succéder à Hal Lanier ( qui est âgé de 74 ans).

« Être entraîneur-chef ici est l'un de mes buts, dit-il. La direction de l'équipe et moi avons eu des discussions à ce sujet mais on ne m'a rien promis. Mais si je peux être entraîneur-chef à Ottawa, ici à la maison (son épouse Nathalie, ses deux fils âgés de deux et cinq ans et lui habitent le secteur Orléans), j'aimerais l'être le plus longtemps possible. »

«J'ai été repêché par les Mariners de Seattle en 2004 et j'ai joué au niveau Triple A durant deux saisons. Mais pour toutes sortes de raisons, souvent parce que j'étais au mauvais endroit au mauvais moment, je n'ai jamais pu atteindre les ligues majeures. Mais d'être entraîneur-chef à Ottawa pendant plusieurs années serait le next best thing d'atteindre les majeures. Je ferais carrière dans le baseball chez moi, à la maison, près de ma famille. Ça pourrait être pire !», conclut-il en riant.

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