Suzanne Fitzback quitte la Maison

«C'est grâce à la communauté que la Maison... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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«C'est grâce à la communauté que la Maison Mathieu-Froment-Savoie est devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Donc je dis aux gens merci avec tout ce que je suis et avec tout ce que la Maison est devenue grâce à eux», affirmait Suzanne Fitzback au chroniqueur Denis Gratton.

Patrick Woodbury, LeDroit

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LA GRANDE ENTREVUE / La directrice générale de la Maison de soins palliatifs Mathieu-Froment-Savoie, Suzanne Fitzback, ne se dirigeait nullement vers cette profession, vers cette mission. Femme d'affaires et propriétaire d'un restaurant dans l'Ouest d'Ottawa à la fin des années 1980, elle se voyait poursuivre dans ce domaine pour encore plusieurs années.

Mais une tragédie survenue en septembre 1990 a fait basculer sa vie. Mère monoparentale, son fils unique, Jean-François, 19 ans, est décédé dans un accident de la circulation en Allemagne.

«Il était militaire pour les Forces armées canadiennes, dit-elle. Il était à deux mois de ses 20 ans. Quand tu perds un enfant, tu perds un morceau de toi-même. Ça crée un vide immense en ton être. Et tu fais toutes sortes de choses pour essayer de le remplir. À un moment donné, quand t'as tout écoulé ta peine, il faut que tu trouves une raison à cette perte-là. Et moi, la raison que j'ai trouvée, c'est la Maison Mathieu-Froment-Savoie. De travailler depuis tout ce temps en soins palliatifs est l'héritage que Jean-François m'a légué. La Maison fait un peu partie de moi. Je l'ai mise sur pied à Aylmer en 1998, c'est mon bébé.»

Suzanne Fitzback, 66 ans, a récemment annoncé qu'elle quitterait ses fonctions à la fin de l'année après 18 ans de services. «Mais je vais toujours porter la Maison dans mon coeur, dit-elle. C'est ma cause. Mais ma mère de 84 ans souffre de démence depuis plus d'un an. Alors je vais passer plus de temps avec elle et prendre soin d'elle.»

Les anges de la maison

Quand elle parle de la trentaine d'employés de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, Mme Fitzback les nomme «des anges». Des gens dévoués au coeur plein de compassion. Des gens qui jour après jour, année après année, côtoient la mort. Des gens qui accompagnent tendrement leurs patients vers leur dernier voyage.

«Ce n'est pas toujours facile, d'avouer Mme Fitzback. La mort confronte. On a parfois des patients de mon âge, ou une patiente qui ressemble à ma mère, et c'est confrontant. Ça te ramène à de bons moments, mais aussi dans la peine un peu. Donc quand tu sors d'ici après ta journée de travail, tu dois laisser les choses derrière toi. 

«On a vécu quelque chose de très difficile il y a quelques années, et un psychologue nous a expliqué que notre vulnérabilité est notre plus grande force. C'est la raison pour laquelle on donne les soins qu'on donne. Parce que la vulnérabilité te ramène dans ton âme, dans ton intérieur. Et quelqu'un de vulnérable est très ouvert aux autres. C'est sûr que d'être vulnérable dans la vie n'est pas bon. Mais ici, ta vulnérabilité t'ouvre à recevoir ce que d'autres te demandent. C'est pourquoi il faut fermer la porte quand on part d'ici. Au cours de la dernière année, on a accueilli 273 patients. Alors pour l'équipe, pour mes anges, c'est 273 décès à vivre. Ce n'est pas facile, on s'attache à ces patients. Mais nous sommes des professionnels. Donc quand on part d'ici, on doit tout laisser ici.

-Croyez-vous dans un monde dans l'au-delà, en la vie après la mort ?, que je lui demande.

- Oui. D'ailleurs, ça fait cinq ou six fois qu'on vit ça. Les gens arrivent ici et se disent athées, qu'ils ne croient plus. Mais ici, ils retrouvent leur foi. Ils demandent de voir un prêtre, de se confesser, de communier. Je pense que notre foi ne nous quitte jamais. Quand j'ai perdu mon fils Jean-François, ça m'a permis de trouver ma foi. Je ne dis pas que j'allais à l'église et tout ça, non. Mais je parlais à Dieu, à l'univers.

- Que comptez-vous faire une fois à la retraite ?

- Aucune idée (rires). Comme je disais, je vais prendre soin de ma mère et la voir plus souvent. Mais je vais aussi faire des choses pour moi. Je veux me retrouver.

- Et si vous aviez un mot à dire aux gens de l'Outaouais et à tous ceux qui ont appuyé la Maison Mathieu-Froment-Savoie au fil des ans ?

- La population est si généreuse avec nous depuis 20 ans. J'ai parfois de la difficulté à le croire. Donc il n'y a pas de mot assez fort. Le mot «merci» n'est pas assez fort. Et si on pouvait inventer un autre mot que «merci», j'aimerais qu'on me le dise. C'est grâce à la communauté que la Maison Mathieu-Froment-Savoie est devenue ce qu'elle est aujourd'hui. Donc je dis aux gens merci avec tout ce que je suis et avec tout ce que la Maison est devenue grâce à eux.»

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