Un rêve réalisé pour Pierre Lanthier

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«Ce fut aussi très enrichissant comme expérience, lance Pierre Lanthier. Notre perspective des choses est carrément différente en revenant de là.»

Courtoisie

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LA GRANDE ENTREVUE / L'agent Pierre Lanthier de la police de Gatineau a réalisé un vieux rêve l'an dernier en passant une année complète en mission humanitaire à Haïti.

Ce ne fut pas facile, il sera le premier à l'admettre. Mais il ne regrette pas une seconde de sa mission là-bas et il se dit un homme transformé par l'expérience. Que ce soit par son travail pour former de nouveaux policiers haïtiens, ou par son rôle comme parrain d'un orphelinat de 10 enfants à Port-au-Prince, il est revenu à Gatineau en mars dernier fier de dire: mission accomplie.

Mais pourquoi tenait-il tant à vivre ce moment?

«C'était un désir personnel de sortir de ma zone de confort, dit-il. Et, bien sûr, d'aller aider les gens là-bas. C'est sûr que mes deux collègues (les sergentes-détectives Sonia Loiseau et Marie Eve Hélie) et moi allions là à titre de mentors pour former la police haïtienne. Mais pour moi, c'était vraiment d'aider les gens là-bas et de m'engager tant un niveau communautaire qu'humanitaire.

«J'ai une grand-mère bien connue dans la région, poursuit-il. Edna Charrette, de Buckingham, celle qu'on appelait la "mère Teresa de Buckingham". Elle a été pour moi une modèle d'engagement communautaire et d'aide aux démunis. Et elle a sûrement eu un impact dans ma décision d'aller passer une année à Haïti pour aider.»

Pierre Lanthier et ses deux collègues qui l'accompagnaient ont attendu plus de deux mois avant de parler publiquement de leur mission. «Nous n'étions pas prêts à en parler, dit-il. On avait une accumulation de stress qui retombait. On a vécu une année électorale à Port-au-Prince, donc le niveau de violence était très élevé, il fallait toujours surveiller nos arrières. On entendait des coups de feu à l'occasion près de notre résidence. Et la pauvreté là-bas saute aux yeux, à tous les coins de rue. L'expérience a été très enrichissante et inoubliable, mais aussi très épuisante. Je suis revenu depuis deux mois et demi et je ressens encore de la fatigue. Et il faut un minimum de deux mois pour se réadapter à la vie ici. Quand on revient, on trouve que tout va si vite ici. Les courriels, le travail, les véhicules... tout va vite.

«Mais comme je disais, ce fut aussi très enrichissant comme expérience. Notre perspective des choses est carrément différente en revenant de là. Parce que quand tu reviens, tu te dis que tu ne te plaindras plus pour les petites affaires. Il faut savoir apprécier ce qu'on a. On critique facilement», d'ajouter l'agent Lanthier.

Des adieux déchirants

S'il y a un moment de sa mission qui restera gravé dans son coeur à tout jamais, c'est lorsque le temps est venu de dire ses adieux aux 10 enfants âgés de quatre à 14 ans de l'orphelinat qu'il parrainait. Plus de deux mois sont passés depuis son retour, mais le policier a encore les yeux pleins d'eau lorsqu'il se remémore ce départ déchirant.

«On crée un attachement assez particulier avec ces enfants, dit-il. Et la coupure à la fin a été émotivement difficile. Ils se pendaient après moi et ils me criaient: "Monsieur Pierre! Partez pas! Partez pas!" Après que nous ayons quitté, j'ai éclaté dans le camion. Et encore aujourd'hui ce n'est pas facile d'en parler.»

Pierre Lanthier l'avoue, il a eu quelques remises en question durant son année là-bas. Le goût de tout abandonner et de rentrer auprès des siens au Canada a refait surface à l'occasion. Et il a eu une profonde remise en question en juin dernier quand son père est décédé à l'âge de 72 ans, victime du cancer.

«Heureusement, j'ai pu revenir pour ses funérailles, dit -il. Avant ma mission, j'ai dit à mon père à quelques reprises: "Papa, si tu préfères que je n'y aille pas, je n'irai pas." Et il m'a répondu: "Que je te vois manquer cette chance-là. Ça fait 20 ans que tu l'attends, tu ne pourras pas en faire plus ici." Mais je me suis tout de même questionné à sa mort. Et c'est là que l'esprit de camaraderie et l'appui de tes collègues canadiens là-bas entre en ligne de compte. On se faisait des soirées, on riait, ça prenait ça pour nous aider à passer à travers. Et il faut que je dise que l'appui incroyable de ma conjointe a fait en sorte que je passe une très belle mission là-bas.»  

Âgé de 51 ans et père de trois enfants aujourd'hui adultes, l'agent Lanthier est éligible pour une pleine retraite après 29 ans de services au sein des corps policiers de Hull, puis de Gatineau. Mais il préfère attendre encore un an ou deux avant de tirer sa révérence.

«J'aime travailler avec les journalistes», dit-il, lui qui s'occupe des relations avec les médias pour la police de Gatineau depuis les cinq dernières années. «J'aime la relation professionnelle et le respect mutuel qui existent entre les journalistes et moi. Donc encore un an ou deux et ensuite on verra.»

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