Un exploit presque passé sous silence

D'avril à octobre 2007, Michelle Jameus a couru.... (Etienne Ranger, LeDroit)

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D'avril à octobre 2007, Michelle Jameus a couru. De Saint-Jean, Terre-Neuve, à Vancouver, en Colombie-Britannique, elle a parcouru 7358 kilomètres à pied.

Etienne Ranger, LeDroit

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LES GRANDES ENTREVUES / L'exploit que cette dame a accompli est phénoménal. Une première au Canada.

Mais curieusement, très peu de gens la connaissent. Comme si ce qu'elle a réalisé était chose courante, du déjà vu, du réchauffé. Et pourtant...

D'avril à octobre 2007, Michelle Jameus, 56 ans, d'Ottawa, a couru pendant 198 jours. De Saint-Jean, Terre-Neuve, à Vancouver, en Colombie-Britannique, cette dame a parcouru à pied 7358 kilomètres. Une moyenne d'un peu plus de 37 kilomètres par jour, de l'Atlantique au Pacifique.

Elle devenait ainsi la première femme à traverser le Canada à la course. Et la première personne - hommes et femmes confondus - à accomplir avec succès ce marathon sans véhicule accompagnateur.

Seule au monde, quoi.

«Vrai, je suis la seule femme à avoir complété ce marathon, dit-elle humblement. Peut-être la seule personne aussi parce que je ne connais pas un homme qui l'a réussi. En tout cas, s'il existe, je n'en ai jamais entendu parler. Terry Fox l'aurait probablement complété. Il était dans une classe à part. Et il m'a beaucoup inspirée. D'ailleurs, quand j'ai traversé l'Ontario et que je me suis arrêtée devant le monument Terry-Fox, à Thunder Bay, ce fut l'un des moments les plus marquants de mon marathon. Une expérience incroyable et inoubliable. En fait, tout le marathon fut une expérience incroyable. Parfois, je me demande encore: "Ai-je vraiment fait ça?"», ajoute-t-elle en riant.

«Et que vous l'ayez complété seule, sans personne pour vous accompagner, est doublement remarquable, que je lui lance.

- Oui, j'étais seule. Mais tu ne peux pas accomplir une telle chose sans aide. C'est impossible. J'ai été touchée tout au long de ma route par l'aide que j'ai reçue de parfaits inconnus que j'ai rencontrés sur mon chemin. Je n'aurais pas pu le faire sans eux.»

Michelle Jameus a publié un livre il y a quelques mois sur son expérience et son parcours de presque 200 jours. Un livre intitulé To Companion - Friends, With Love dans lequel elle relate, entre autres, toutes ces rencontres fortuites qu'elle a faites de Terre-Neuve à Vancouver.

Elle parle notamment de cet homme à Terre-Neuve qui, par une froide et pluvieuse soirée d'avril, s'est arrêté pour lui offrir un coupon pour une nuit gratuite dans un hôtel situé à quelques kilomètres de là.

«Et un soir en Nouvelle-Écosse, reprend Mme Jameus, j'ai frappé à une porte pour demander aux propriétaires de cette maison si je pouvais planter ma tente dans leur cour arrière. Ce couple m'a invitée à entrer et ils m'ont servi un souper de steak et de homard. Leur fille était avec eux, c'était une famille magnifique. Et le lendemain matin, quand j'ai quitté pour reprendre ma route, la dame m'a remis un sac dans lequel il y avait un sandwich, une pomme, des collations. Comme si elle envoyait sa fille à l'école pour la journée. (Rires.) Ce ne sont que deux exemples de gens qui m'ont remonté le moral à leur façon. Je pourrais vous en donner des dizaines d'autres.»

Sa cause: l'amour des animaux

La question qui se pose est celle-ci: pourquoi Michelle Jameus a-t-elle décidé, à l'âge de 47 ans, d'entreprendre ce marathon quasi surhumain?

«C'était quelque chose que je devais faire et que je savais que je pouvais faire, répond-elle. C'était devenu plus fort que moi, presque une obsession. Et j'aime les défis. Je voulais me surpasser.

«Mais la raison principale, poursuit-elle, était pour sensibiliser les Canadiens au grave problème de surpopulation dans les abris pour animaux. Savez-vous que des milliers de chiens et de chats sont euthanasiés chaque année pour cause de surpopulation? C'est un grave problème à l'échelle du pays et personne n'en parle. Je suis amoureuse des animaux et j'ai voulu faire quelque chose pour cette cause. Quelque chose qui n'avait jamais été fait. C'était ma façon d'aider. Les gens me demandent souvent si mon marathon a fait une différence. Je leur réponds que si mon exploit n'a aidé qu'une seule personne ou qu'un seul animal, il en aura valu la peine.»

«Mais ce marathon n'a pas été facile à accomplir, croyez-moi. J'ai dû constamment repousser mes limites physiques et émotionnelles. Et je l'admets, il y a eu des moments de découragement. Surtout le soir, seule dans ma petite tente. J'étais parfois trempée jusqu'aux os parce qu'il avait plu toute la journée. J'avais froid, j'étais fatiguée, j'avais mal, j'avais faim. Mais chaque jour me donnait une deuxième chance, un nouvel espoir. Je relate dans mon livre toutes ces fois où j'ai failli plier bagage et rentrer chez moi. Mais j'ai persévéré et j'ai réussi. Tu ne peux pas échouer si tu persévères, c'est impossible. »

«Ça m'a pris sept ans à rédiger ce livre, dit-elle. Ce fut un autre marathon en soi! Mais j'imagine que ça prend plus de temps quand on écrit avec son coeur.»

Michelle Jameus sera au musée de Clarence-Rockland (687, rue Laurier) samedi, de 13h à 17h30, pour une séance de dédicace.

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