La valeur du français selon Zachary

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Le réputé auteur-compositeur-interprète Zachary Richard est membre du conseil d'administration du Centre de la francophonie des Amériques depuis sa création en 2008 à Québec.

Martin Roy, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / L'auteur-compositeur-interprète louisianais, Zachary Richard, 65 ans, était de passage à Regina, en Saskatchewan, jeudi, pour offrir un spectacle-bénéfice aux profits de l'hebdomadaire francophone L'eau vive. Il avait auparavant participé à une conférence à la Cité universitaire francophone de l'Université de Regina où il a présenté son livre pédagogique intitulé Histoire des Acadiennes et des Acadiens de la Louisiane.

Gagnant de cinq Félix décernés par l'ADISQ, officier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française et de l'Ordre des francophones d'Amérique, et nommé membre de l'Ordre du Canada, Zachary Richard a de plus reçu un doctorat honorifique des Universités de Moncton et de la Louisiane, à Lafayette, ainsi que de l'Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse.

LeDroit a profité de son passage chez les Fransaskois pour le rencontrer.

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LE DROIT : Vous avez été victime d'un accident cardio-vasculaire (ACV) en octobre 2010. Comment va la santé aujourd'hui?

ZACHARY RICHARD : Ça va très bien, merci. J'ai depuis enregistré trois albums et écrit plusieurs livres. Mais j'avoue que ça m'a enlevé un peu de vent dans les voiles. J'ai été un peu obnubilé pendant cinq ans après cet ACV. Je me pensais invincible, et de voir que je ne l'étais pas était vraiment une grosse pilule à avaler. J'ai eu peur. T'es dans un lit d'hôpital et on t'annonce que tu vas peut-être mourir, ça te donne un choc un peu. Mais je pense que cet ACV est associé en partie au décès de mon père, en 2005. Nous étions très proches, lui et moi, et il me permettait de vivre de la façon la plus insouciante. Il s'occupait de mon terrain et de ma maison (à Scott, en Louisiane). Moi, je m'occupais de m'amuser en faisant de la musique avec mes amis. Là je l'ai perdu et j'ai eu soudainement la responsabilité de ma mère. Elle est une vieille Cadienne de 94 ans de la vieille génération, et dès qu'elle a un problème, elle demande à son homme. Et moi, bien, je suis devenu son homme. (Rires). Mais je pense que mon père est peut-être parti en premier pour me donner la chance de connaître ma mère davantage. Et je veux profiter de sa présence et de sa bonne humeur pour le temps que ça dure. 

LD : Vous êtes membre du conseil d'administration du Centre de la francophonie des Amériques (CFA) depuis sa fondation à Québec en 2008. Pourquoi avez-vous accepté ce poste?

ZR : Parce qu'il y a plusieurs communautés comme la mienne en Louisiane qui vivent dans l'isolement. Le CFA est un briseur d'isolement en Amérique du Nord. Mais j'ai surtout accepté ce poste parce que je voyais finalement un organisme qui allait faire des choses positives. La francophonie, avant le Centre, c'était un peu des vieux qui se réunissaient pour se lamenter en se disant qu'on était en train de perdre le français. Le Centre, par contre, a un regard vers la jeunesse. Il a une panoplie de programmes phares dans l'espoir de créer une nouvelle génération de francophones, et de pouvoir donner à ces jeunes les outils pour s'exprimer d'une façon moderne. Oui, il faut quand même célébrer notre héritage et il ne faut pas négliger l'importance de notre histoire. Il faut connaître notre histoire. Mais il faut aussi transmettre aux enfants une culture vivante, et non pas tomber dans le folklore et la nostalgie, et que la francophonie devienne une histoire de ceintures fléchées et de « la-wing-à-hein ».  

LD : Le français progresse-t-il en Louisiane?

ZR : Oui, à tout point de vue. C'est lent et parfois très frustrant, mais la tendance est vers la hausse. Les Anglo-Américains commencent à reconnaître la valeur non seulement culturelle, mais surtout économique de la langue française.

LD : Je sais que c'est loin de chez vous, mais les Franco-Ontariens d'Ottawa luttent présentement afin que la capitale du Canada soit désignée officiellement bilingue, à l'image du pays. Mais les élus de la Ville d'Ottawa refusent obstinément d'acquiescer à leur demande.

ZR : Oui, j'en ai entendu parler. En Louisiane, les anglophones ont cessé de considérer le français comme un embarras et à le voir comme un avantage et un trésor à la communauté. Et je crois qu'au Canada, il y a toujours cette réticence. Les anglophones disent que ça ne sert à rien et que ça coûte cher. Ils ne comprennent pas la valeur économique et sociale du français. Ça devient donc une question politique, et c'est dommage. Un pays officiellement bilingue doit avoir un visage qui représente cette soi-disant réalité. Et on ne doit pas simplement le faire, mais le faire avec plaisir et en être fier. Et pour que ça marche cette chose-là, il faut que les anglophones deviennent francophiles. Et ça, c'est un très beau défi pour les francophones d'Ottawa. Et c'est en quelque sorte le défi de la francophonie canadienne. » 

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Les frais de ce voyage ont été en partie défrayés par le Centre de la francophonie des Amériques.

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