Le grand-père de la Loi 8

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L'ancien député provincial d'Ottawa-Vanier, Albert Roy, est un peu le «grand-père de la Loi 8».

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / Si l'ancien député provincial d'Ottawa-Vanier, Bernard Grandmaître, est le «père de la Loi 8», son prédécesseur libéral à Queen's Park, Albert Roy, est sans contredit le «grand-père de la Loi 8».

Avocat de profession, nommé juge de la Cour supérieure de justice de l'Ontario en 1995, M. Roy, 76 ans, est aujourd'hui retraité. Il demeure cependant actif à titre de médiateur pour le Ottawa Dispute Resolution Group. «Et je suis pas mal sollicité, puisque je suis le seul juge à la retraite dans la région qui a la capacité de faire de l'arbitrage dans les deux langues officielles», dit-il.

Albert Roy est originaire du petit village fransaskois de Willow Bunch, dans le sud de la Saskatchewan. Mais il se dit aujourd'hui un fier Franco-Ontarien, lui qui est venu dans la région à l'âge de 20 ans pour faire ses études en droit à l'Université d'Ottawa.

Et la communauté franco-ontarienne lui doit une fière chandelle. Si l'usage du français est aujourd'hui permis dans les cours de justice de l'Ontario, c'est grâce à lui. Grâce au travail acharné qu'il a accompli à Queen's Park à titre de député d'Ottawa-Est (aujourd'hui nommé Ottawa-Vanier), un poste qu'il a occupé de 1971 à 1984.

L'obtention et la gestion des conseils scolaires de langue française par les Franco-Ontariens, c'est aussi en grande partie grâce à lui. Il a de plus été membre fondateur du collège La Cité et de l'Association des juristes d'expression française de l'Ontario (AJEFO).

Mais la plus grande contribution d'Albert Roy à la communauté franco-ontarienne est certes la longue lutte qu'il a menée à Toronto pour l'adoption d'une loi sur les services en français.

«J'avais présenté plusieurs projets de loi privés à Queen's Park pour l'avancement du français au niveau de la justice, de la santé, du municipal et tout ça, se souvient-il. Et en 1978, j'ai présenté un projet de loi pour permettre l'usage du français dans tous les secteurs d'activités relevant de la compétence provinciale. Il y a eu un vote en chambre et le projet de loi a passé. Ça ne se voyait presque jamais pour un projet de loi d'intérêt privé, mais il a passé. Mais le premier ministre (conservateur) de l'époque, Bill Davis, a imposé son veto en disant: "Ça n'ira pas plus loin." Et c'est resté là.

«Mais mon parti - le Parti libéral - avait appuyé ce projet de loi. Tout comme les néo-démocrates. Et les libéraux s'étaient donnés comme politique de proposer cette législation qui est devenue la Loi 8 (Loi sur les services en français) quand ils prendraient le pouvoir. Ce qu'ils ont fait sous David Peterson en 1985. Et la Loi 8 a été adoptée en 1986. Mais elle faisait partie de la politique des libéraux depuis 1978.»

Albert Roy n'était malheureusement plus à Queen's Park quand la Loi 8 a été adoptée et mise en vigueur. Deux ans plus tôt, en 1984, il a quitté son poste de député d'Ottawa-Est pour faire le saut au fédéral dans la circonscription d'Ottawa-Carleton. C'est alors que Bernard Grandmaître lui a succédé à Toronto.

«Mon timing n'a jamais été très bon, lance M. Roy en souriant. En 1984, le premier ministre du Canada, John Turner, m'a demandé de me présenter dans Ottawa-Carleton pour remplacer le libéral Jean-Luc Pépin qui venait de prendre sa retraite. Après 13 ans à Queen's Park dans l'opposition, je me suis dit que le temps était peut-être venu pour moi de faire un changement dans ma carrière. Donc je me suis présenté au fédéral. Mais on s'est fait laver par la vague Mulroney et j'ai perdu mes élections. Et que les libéraux prennent le pouvoir en Ontario en 1985 n'était pas prévu. (Rires.) Avoir su, je serais probablement resté à Queen's Park.»

Capitale bilingue

C'est sans surprise que Albert Roy appuie sans réserve le Mouvement pour une capitale officiellement bilingue. Le contraire serait surprenant puisqu'il réclame le bilinguisme à Ottawa depuis... 1971!

«En 1971, raconte-t-il, je faisais partie d'un groupe de francophones d'Ottawa qui demandaient plus de services en français à l'hôtel de ville. Le maire de l'époque, Kenneth Fogarty, m'a dit un jour: "Don't go too fast, Albert." Il trouvait que je poussais trop fort. Donc comme on peut voir, ce n'est pas d'hier qu'on se fait dire "don't go too fast"! (Rires.)

«Mais que la capitale d'un pays bilingue ne soit pas officiellement bilingue est un peu ridicule. Que se passe-t-il à l'hôtel de ville d'Ottawa? Il n'y a pourtant pas de grands risques à prendre. Et les francophones d'Ottawa ont assez appuyé (le maire) Watson, ça me surprend que celui-ci prenne une position aussi ralentie sur cette question-là. Il répète un peu la même chose qu'il y a 45 ans: "Don't go too fast." Et c'est ridicule.»

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