Gagner son combat

La vie de Jody Mitic a pris un... (Etienne Ranger, LeDroit)

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La vie de Jody Mitic a pris un autre tournant lorsqu'il a marché sur une mine antipersonnel en Afghanistan.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / «Cette mine antipersonnel ne m'a pas enlevé la vie, mais elle l'a certes changée. Et pour le mieux.»

Le conseiller municipal ottavien Jody Mitic, 39 ans, était chef d'équipe de tireurs d'élite des Forces armées canadiennes. Le 11 janvier 2007 - «le jour que je ne suis pas mort», lancera-t-il -, il a perdu ses deux jambes en marchant sur une mine antipersonnel en Afghanistan. C'était sa troisième mission outre-mer. Cet accident qui lui a presque coûté la vie allait le forcer vers sa retraite des Forces armées en 2014, après 20 ans de services.

Et dans les mois qui ont suivi cet accident en Afghanistan, ce n'était plus une guerre contre l'ennemi que Jody Mitic menait, mais bien contre lui-même.

«J'étais complètement découragé, dit-il. J'ai développé une dépendance à l'OxyContin. J'étais en dépression, en colère. Devenir soldat était mon rêve d'enfance, c'est tout ce que je voulais devenir. Mais je devais maintenant tenter de comprendre que je n'avais pas à être un soldat pour être moi-même. Et ce n'était pas facile.»

«J'ai toujours pensé que de subir une blessure au combat allait me laisser une cicatrice un peu cool que j'allais pouvoir montrer à mes amis dans les partys. Je ne m'attendais jamais à ce qu'une blessure mette fin à ma carrière. Donc, je me suis cherché pendant quelques années.»

Comment s'en est-il sorti? Comment a-t-il pu reprendre sa vie en main?

«Je ne sais trop, répond-il. C'est en grande partie grâce à l'appui de ma femme Alannah et à la présence de nos deux filles (âgées de sept et quatre ans) et de ma famille que je n'ai jamais cessé de rêver à un meilleur avenir. Je tentais simplement de figurer qui j'étais et ce que j'allais devenir si je n'étais pas soldat. Bien sûr, il y a un tas d'emplois que j'aurais pu occuper. Le problème, c'est ce que je venais de vivre des années hyperintenses à titre de tireur d'élite. Qu'allais-je faire maintenant? Vendre des maisons? Moi qui, quelques mois plus tôt, menait des attaques de front contre les talibans en Afghanistan?»

Son combat personnel allait durer plusieurs mois. Mais Jody Mitic allait le gagner.

Après une longue réhabilitation et une difficile réadaptation à la vie civile, il a défrayé les manchettes nationales en terminant, sur prothèses, la course «Achilles 5 km» à Ottawa, ainsi que le demi-marathon de la Course de l'armée canadienne. Puis en 2013, lui et son frère Cory ont participé et terminé deuxièmes à la populaire compétition télévisée The Amazing Race Canada.

Devenu un modèle national de force, de persévérance et d'espoir pour de nombreux Canadiens, le soldat Jody Mitic s'est transformé en conférencier motivateur, en plus d'écrire son autobiographie intitulée Unflinching: The Making of a Canadian Sniper. «Mon livre est devenu un best-seller, dit-il humblement. Mes éditeurs en sont à sa cinquième impression. Je n'ai pas encore vu un sou de tout ça, mais apparemment que ça s'en vient», ajoute-t-il en riant.

Le saut en politique

En octobre 2014, Jody Mitic a été élu conseiller municipal du quartier Innes, dans l'est d'Ottawa, en battant son plus proche rival par plus de 1700 voix. Pourquoi a-t-il choisi la politique municipale?

«C'est un ami qui me l'a suggérée, répond-il. Rainer Bloess, le conseiller de mon quartier, venait d'annoncer sa retraite. Le timing était bon. Donc, j'ai étudié la situation, j'y ai réfléchi. Puis c'est quelqu'un en qui j'ai une confiance aveugle qui m'a enfin convaincu de faire le saut en politique municipale. Andrew Leslie (le nouveau député fédéral d'Orléans), qui était mon commandant dans les Forces armées canadiennes, m'a dit: "Ce serait une façon de continuer à servir ton pays." Ces mots m'ont convaincu. Parce que j'ai toujours cru en l'importance de servir mon pays.»

Quand j'ai demandé à M. Mitic en fin d'entrevue s'il avait fait des études collégiales ou universitaires, il m'a répondu: «Non, j'ai juste un diplôme du secondaire.»

Puis en souriant, il a ajouté: «Écrire un best-seller, participer à l'émission Amazing Race Canada, être franc-tireur dans l'armée et être élu conseiller municipal... Pas besoin de diplôme collégial pour faire ça. Comme on n'a pas besoin de diplôme collégial pour marcher sur une mine.» (Rires.)

«Mais vous savez, a-t-il ajouté, rien de tout ça ne serait arrivé sans cette mine antipersonnel. Et je dirais qu'aujourd'hui, ma vie n'est pas nécessairement meilleure qu'avant cet accident, mais elle certainement plus complète. Cette mine antipersonnel ne m'a pas enlevé la vie, mais elle l'a certes changée. Et pour le mieux.»

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