Le coup de foudre de l'imam

Ahmed Limame est arrivé dans la région en... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Ahmed Limame est arrivé dans la région en 1995 pour étudier en informatique. Il envisageait de retourner dans son pays natal, la Mauritanie, après coup. Mais la vie - et l'amour - en a décidé autrement...

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / L'imam du Centre islamique de l'Outaouais, Ahmed Limame, 42 ans, est venu au Canada en 1995 dans le but de compléter ses études universitaires en informatique à l'Université du Québec en Outaouais (UQO). Il envisageait de retourner en Mauritanie, son pays natal dans le nord-ouest de l'Afrique. La vie en a cependant décidé autrement...

Qui prend mari prend pays, dit le proverbe. Qui prend épouse prend pays, devrait-on dire dans son cas.

«Je devais compléter mes études en trois ou quatre ans et j'avais l'intention de retourner en Mauritanie, se souvient-il. Mais le destin a mis autre chose sur mon chemin. J'ai rencontré mon amour, mon épouse et la mère de mes enfants ici, au Canada. Et ce fut le coup de foudre. Nous nous sommes mariés six mois après notre première rencontre. Mon épouse Terri (Nadeau) est Franco-Ontarienne. Elle est née à Ottawa, mais elle a grandi dans la région de Toronto. Elle est une personne extraordinaire. Non seulement est-elle mon autre moitié, mais je trouve en elle l'amour, le support et l'amitié, et elle fait un travail extraordinaire pour élever nos huit enfants.

«Quand nous avons décidé de nous marier, je lui ai dit: "Donne-moi l'adresse de tes parents, je veux aller leur demander ta main." Elle m'a regardé et elle m'a demandé: "T'es fou?" (Rires.) Mais j'y suis allé et je leur ai demandé la main de leur fille en bonne et due forme. Et ils ont dit oui.

- Et vous avez aujourd'hui huit enfants!?

- Oui. Trois garçons et cinq filles. Le plus vieux a 16 ans et le bébé a six mois. Et ça nous tient très occupés à la maison! C'est beaucoup de responsabilités, mais c'est en même temps un grand bonheur. C'est extraordinaire. Et croyez-moi, ce n'est pas ennuyant chez nous! (Rires.)

- Et pourquoi avez-vous choisi de venir à Gatineau quand vous avez immigré en 1995?

- Essentiellement parce que je voulais apprendre l'anglais, et Gatineau est la ville francophone la plus proche du monde anglophone. Elle est le point d'intersection entre le Canada francophone et le Canada anglophone. Certains dans mon pays choisissent d'immigrer à Montréal ou à Québec, deux villes bien connues dans le monde. Mais puisque je voulais apprendre l'anglais, j'ai fouillé un peu plus, j'ai beaucoup étudié sur le Canada et la culture québécoise, et je me suis dit que Gatineau était le choix idéal. Et je ne le regrette pas. C'est une merveilleuse ville et les Gatinois sont très accueillants. Mais j'allais faire mes études et retourner en Mauritanie. Mais ce n'était pas mon destin. Et j'accepte ce destin avec beaucoup d'humilité et de gratitude.»

Élu à son poste

Ahmed Limame a travaillé pendant quelques années comme informaticien chez Bell Canada. Mais il a quitté ce poste en 2010 quand il a été choisi par l'Assemblée générale de la communauté musulmane de la région pour devenir l'imam du Centre islamique de l'Outaouais. (On compte approximativement 10 000 musulmans en Outaouais.)

«Quand on a construit la mosquée, on cherchait un imam qui parle la langue du pays, qui parle aussi l'arabe, et qui connaît la communauté et ses défis, explique M. Limame. Je connais très bien la communauté et j'enseigne le Coran depuis 2000 à Gatineau et à Ottawa. J'ai donc été choisi démocratiquement pour devenir l'imam, celui qui occupe le poste de leader spirituel des membres de la communauté musulmane d'ici. Et croyez-moi, il n'y a pas assez de 24 heures dans une journée pour faire le travail qu'on m'a confié», ajoute-t-il en souriant et en dressant une longue liste de ses tâches et de ses responsabilités.

Depuis le 11 septembre 2001, les musulmans sont souvent pointés du doigt après un attentat terroriste. On entend même certaines personnes dire que les mosquées - dont celle de Gatineau - sont de véritables pépinières de terroristes. Qu'en pense l'imam de Gatineau?

«Malheureusement, les gens sont ennemis de ce qu'ils ignorent. Mais la majorité des gens savent faire la différence entre ce que sont les musulmans, l'Islam et la minorité qui ne représente en aucun cas la communauté musulmane, sa culture et sa religion. L'Islam est une religion adoptée par presque deux milliards de personnes. Et la petite minorité extrémiste ne parle en aucun cas au nom de ces milliards de personnes. Et il faut savoir que la majorité des victimes des terroristes sont des musulmans. On parle très peu de ça aux nouvelles. Ce que font les terroristes n'a rien à voir avec l'Islam. Ce sont des mercenaires qui cherchent pouvoir et argent, et ils utilisent la religion comme prétexte. Et malheureusement, la communauté musulmane en occident est la première à payer à cause de ce qu'ils font.

- Voyez-vous une fin à cette guerre?

- S'il y a vraiment une volonté internationale d'éradiquer le terrorisme, c'est une question de temps.»

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