La flamme de l'architecture

Le Musée canadien de l'histoire (anciennement le Musée... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Le Musée canadien de l'histoire (anciennement le Musée canadien des civilisations) conçu par Douglas Cardinal lui a donné une renommée nationale qui s'est vite propagée aux États-Unis.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE/ L'architecte de renommée nord-américaine Douglas Cardinal - celui à qui nous devons entre autres l'édifice du Musée canadien de l'histoire, à Gatineau - jouissait d'une semi-retraite, il y a cinq ans. Alors âgé de 76 ans, il se contentait d'un rôle de conférencier et de mentor auprès d'étudiants universitaires en architecture. Mais ces jeunes étudiants allaient raviver une flamme en lui.

«J'ai remarqué que plusieurs jeunes d'aujourd'hui partageaient ma vision de l'architecture, dit-il. C'est-à-dire une architecture qui est en harmonie avec l'environnement et en harmonie avec les gens. Ils partageaient cette vision que j'ai toujours eue et qui découle de mon héritage autochtone. Je me suis donc relancé en affaires, j'ai ouvert mon bureau ici à la maison (dans l'ouest d'Ottawa) et je me suis construit une équipe de huit jeunes architectes dynamiques dont l'âge moyen n'est pas très élevé», ajoute-t-il en souriant.

Aîné d'une famille de huit enfants, Douglas Cardinal, 81 ans, est issu de parents autochtones de l'Alberta. Fils d'un père garde forestier et d'une mère infirmière, rien ne semblait le prédestiner vers une carrière en architecture.

«Bien au contraire, me corrige-t-il. Ma mère était passionnée d'art et de musique. Une passion dont j'ai hérité. Donc mon côté artistique vient de ma mère. Et mon père avait un talent inouï en menuiserie et en construction. C'est lui qui a construit notre maison en bois rond où nous avons grandi. Et quand il a quitté son emploi de garde forestier, il a construit un motel dans la région de Red Deer (Alberta). Et c'est avec les revenus de ce motel qu'il a pu payer les études universitaires de ses enfants.

«J'aimais beaucoup mon père, de poursuivre l'architecte. Il était un homme fier et intègre qui m'a enseigné à vivre en harmonie avec la nature. Il m'a montré que nous sommes une partie intégrante de la nature. Ce qu'on fait à l'environnement, on le fait à nous-mêmes. Quand on pollue une rivière, on se pollue nous-mêmes. Donc tout ce bagage a fait de moi l'architecte que je suis devenu et qui s'inspire de la nature, de l'art et du respect de l'environnement.»

Douglas Cardinal a bâti sa réputation dans sa province natale de l'Alberta. Mais en 1983, un projet majeur à Ottawa allait lui donner une renommée nationale qui s'est vite propagée aux États-Unis.

Cette année-là, le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau a lancé un concours parmi 80 architectes canadiens pour la construction du Musée canadien des civilisations (renommé le Musée canadien de l'histoire en 2013), à Gatineau. Et ce sont les dessins uniques de l'architecte Cardinal qui ont été retenus pour ce projet grandiose. Ouvert en 1989, ce musée est depuis fréquenté annuellement par près de 1,3 million de visiteurs.

Et c'est pendant la construction de ce musée que Douglas Cardinal allait faire la rencontre d'une guide touristique de 30 ans sa cadette et qui allait devenir son épouse en 1989. Lui et sa femme Idoia sont aujourd'hui parents d'un fils âgé de 18 ans et d'une fille de 13 ans. (Oui, M. Cardinal est devenu père de son deuxième enfant à l'âge de 68 ans...). «Idoia voulait des enfants. Alors...», lance-t-il, sourire en coin, sans terminer sa phrase et en haussant les épaules.

Les tours Brigil

Douglas Cardinal et sa jeune équipe ont conçu et dessiné la deuxième mouture des tours de 35 et de 55 étages que l'entrepreneur Gilles Desjardins (Brigil) veut construire au centre-ville de Gatineau, de l'autre côté de la rue du Musée canadien de l'histoire. Mais ce projet est loin de faire l'unanimité chez les Gatinois. Et l'architecte Cardinal en est bien conscient.

«J'ai fait face aux mêmes appréhensions quand on a construit le musée, dit-il. Le changement est toujours difficile à accepter. Mais j'ai toujours cru que l'avenir de nos villes passe par la densification urbaine. C'est dans la nature humaine de se regrouper. Et c'est prouvé que le modèle actuel de travailler au centre-ville et de vivre en banlieue ne fonctionne pas. On n'a qu'à penser aux bouchons de circulation quotidiens. Ceci dit, je crois que les édifices en hauteur ne devraient pas ressembler à des boîtes. Nous sommes enterrés dans des boîtes. Les édifices doivent être dynamiques. Nous habitons un pays nordique et nous passons la majorité de notre temps à l'intérieur. Donc les édifices doivent être construits en harmonie avec la nature et doivent refléter notre environnement. Ils doivent être des oeuvres d'art où les gens veulent y vivre.

«J'ai par ailleurs construit le Musée de façon à ce qu'il soit une porte d'entrée sur le Québec et sur Gatineau. Je l'ai dessiné de cette façon afin que les nombreux visiteurs soient attirés vers le centre-ville (de Gatineau). Je vois ce projet avec des passerelles et des tunnels qui passent du Musée à la Place des peuples (projet Brigil) où il y aurait boutiques, cafés, bibliothèque et le reste, pour ensuite déboucher sur le centre-ville où les visiteurs pourraient y découvrir l'histoire et le patrimoine de Hull. Mais personne à l'époque a eu l'imagination pour faire entrer ce million de gens à l'intérieur de la ville. Mais quelle perte de revenus! Connaissez-vous une autre ville au monde qui tourne le dos à plus d'un million de visiteurs par année!?»

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