Derrière les paillettes

Luc Provost qualifie Mado tantôt de «clown excentrique... (Martin Chamberland, Archives La Presse)

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Luc Provost qualifie Mado tantôt de «clown excentrique et de femme du monde qui dira toujours qu'elle a 29 ans», tantôt de «princesse de Disney qu'on ne verra jamais en train de baiser».

Martin Chamberland, Archives La Presse

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La drag queen Mado Lamotte est un peu au comédien Luc Provost ce que le personnage Hi! Ha! Tremblay est à Michel Barrette. Ou ce que Pôpa est à Claude Meunier.

Et tout comme les personnages de Barrette et de Meunier, celui de Luc Provost a fait beaucoup de chemin dans le monde du spectacle québécois. Vingt-huit ans de chemin, pour être exact. En fait, Mado Lamotte est devenue au fil des ans et des folies la plus célèbre drag queen du Québec.

Que ce soit par ses écrits, voire ses sautes d'humeur dans la revue mensuelle gaie Fugues; par ses nombreuses apparitions dans les talk-shows québécois; par ses soirées délirantes «Bingo à Mado» qui ont fait le tour de la province, s'arrêtant même au Casino de Montréal; par son animation au spectacle annuel de drag queens en plein air Mascara: La nuit des drags, soit l'un des plus grands événements drag au monde; ou encore par la statue en cire à son effigie érigée au Musée Grévin de Montréal... disons que Mado Lamotte ne laisse personne indifférent. 

Et depuis 2002, des milliers de gens se sont arrêtés et s'arrêtent toujours au Cabaret Mado, rue Sainte-Catherine à Montréal, pour y voir des spectacles de variétés à l'ambiance éclatée qui sont présentés quotidiennement et animés trois fois par semaine par Mado elle-même, et où une belle folie est invariablement au rendez-vous. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, le Cabaret Mado n'est pas un lieu de rendez-vous réservé à la communauté gaie de Montréal et du Québec, bien au contraire.

«Ce n'est pas gai du tout, c'est Monsieur et Madame Tout-le-Monde, affirme Luc Provost, alias Mado Lamotte. Les week-ends, se sont des couples, des gangs su'l'party et une grande clientèle de femmes. Les gais et les plus jeunes viennent surtout les dimanches et les mardis pour des soirées thématiques. Mais ce n'est plus comme au début alors que c'était plus gai comme endroit parce c'était principalement les gais qui me connaissaient. Mais depuis que j'ai atteint une certaine notoriété, la clientèle a grandi et je dirais qu'elle est à 70% hétérosexuelle.»

Luc Provost a étudié le théâtre à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Mais sa drag queen a connu un tel succès dès ses débuts, il y a 28 ans, qu'il a laissé ses cours universitaires et tracé une croix sur un baccalauréat pour consacrer toutes ses énergies à cette «folle» qu'est Mado, qu'il qualifie tantôt de «clown excentrique et de femme du monde qui dira toujours qu'elle a 29 ans», tantôt de «princesse de Disney qu'on ne verra jamais en train de baiser».

Mais si Mado Lamotte n'avait jamais vu le jour, quelle carrière Luc Provost aurait-il choisi, autre que celle sur la scène?

«Être enseignant, répond-il sans hésiter. Enseigner à de jeunes adolescents qui commencent à développer un esprit critique m'aurait plu énormément. Et ça rejoindrait Mado en quelque part. Parce que Mado enseigne des choses à son public. C'est une façon de parler, mais quand on est animateur de foule, ce n'est pas comme un acteur qui répète son texte. J'ai une opinion sur tout, j'écris des articles. Donc enseigner et discuter avec les jeunes étudiants m'aurait beaucoup plu.»

Mado Lamotte était de passage à Ottawa jeudi soir pour offrir un spectacle de style cabaret aux profits du club des petits-déjeuners et du Centre d'excellence artistique de l'école secondaire publique De La Salle. Il s'agissait d'une toute première visite à Ottawa pour Luc Provost et son personnage.

«J'avais peur de croiser Stephen Harper dans un Tim Hortons, lance-t-il à la blague. Donc j'attendais qu'il quitte. Et maintenant qu'il n'y est plus, je me suis dit que Mado pouvait enfin y aller! (Rires.)»

«C'est la première fois qu'on m'invite pour une telle campagne de financement (club des petits-déjeuners), reprend-il plus sérieusement. Je ne m'impose pas dans une cause. Et mon personnage Mado ne colle pas à toutes les causes. Mais de m'impliquer pour une cause comme les petits-déjeuners, ça me va. J'aime les enfants, ils sont notre richesse culturelle. Surtout ceux qui étudient dans le domaine des arts comme à l'école De La Salle. Je trouve ça beau qu'ils commencent jeunes. Ma mère aurait voulu faire du théâtre. Mais ça ne se faisait pas dans son temps, les femmes suivaient plutôt des cours pour devenir secrétaires. Puis ma mère s'est mariée et elle n'a jamais pu réaliser son rêve. Mais aujourd'hui, on encourage beaucoup plus les jeunes à se diriger vers les arts, et je trouve ça extraordinaire.

- Et jusqu'à quand comptez-vous jouer votre personnage de Mado, lui ai-je demandé en terminant.

- J'ai dit à un moment donné que j'aimerais bien fêter mes 25 ans de carrière. J'en suis rendu à 28. Donc le prochain défi sera de fêter mes 50 ans de carrière, et après j'arrêterai. (Rires.) Mais si je suis comme Michel Louvain, je vais continuer jusqu'à mes 60 ans de carrière! Mais je pense que ce sera soit la santé qui m'arrêtera un jour, soit quand je n'aurai plus rien à dire, ou soit quand je serai blasé de Mado.»

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