À la guerre comme à l'usine

Gaston Carrière a vécu d'innombrables conflits syndicat-employeur et... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Gaston Carrière a vécu d'innombrables conflits syndicat-employeur et plusieurs grèves depuis 1973.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Il est officiellement à la retraite depuis vendredi dernier. Mais c'est tout de même dans son bureau, dans une minuscule maison mobile située dans le fond de la cour de l'usine de Produits forestiers Résolu, à Gatineau, que Gaston Carrière m'a donné rendez-vous pour notre rencontre. Comme s'il était incapable de quitter les lieux une fois pour toutes.

«J'ai des classeurs à vider, dit-il, j'ai de petites choses à régler avant de partir. C'est dur de décrocher. C'est comme si tu ne peux pas lâcher un job comme celui-là. Et si mon syndicat a de la misère dans l'avenir, et s'il n'est pas trop orgueilleux, il sait que je vais être là pour l'aider et le conseiller.»

On peut le comprendre de quitter à reculons. Ça fait plus de 40 ans qu'il représente et défend les syndiqués de cette usine gatinoise qui a connu des moments plus que houleux depuis son embauche. Une usine qui est passée de 1800 employés, il y a 40 ans, à 126 aujourd'hui, et qui a changé de propriétaires à six reprises. Élu délégué syndical pratiquement dès son arrivée en 1973, Gaston Carrière a ensuite été élu trésorier du syndicat, puis vice-président des hommes de métier de 1987 à 1996. Après cinq ans «en pénitence», comme il dit, il est revenu comme président du syndicat en 2001. Un poste qu'il a occupé jusqu'à sa retraite, la semaine dernière.

Mais que veut-il dire par ses cinq années «en pénitence» de 1996 à 2001?

«Je n'ai pas pu me représenter à la vice-présidence, explique-t-il, parce que ma candidature a été proposée durant l'assemblée syndicale, mais elle n'a pas été secondée. Ils m'ont un peu dit que des gens comme moi, des "Rambo", étaient démodés et n'existaient plus. Et qu'aujourd'hui, c'était le dialogue. Mais en 2001, quand le canot était percé et à la dérive sur la rivière, illustre-t-il, ils sont venus me chercher.»

«Donc, je suis revenu pour cinq points. Rallier les travailleurs, bâtir la relève, arrêter de perdre des choses, refaire la structure du syndicat et faire la négo de 2004. Après que ce fut fait, j'ai dit sarcastiquement que je pouvais retourner en pénitence, mais [les syndiqués] n'ont pas voulu. Et je suis président depuis 2001. Le respect, ça se gagne.»

Un «Rambo»

C'est connu, Gaston Carrière n'a jamais eu la langue dans sa poche.

Homme de conviction, personnage coloré, parfois colérique aussi, certains l'ont même comparé à l'intimidant représentant syndical de la FTQ Construction de la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier, qui a fait la pluie et le beau temps sur les chantiers de construction de cette région pendant des années. Que pense M. Carrière de cette comparaison?

«C'est un peu vrai, répond-il. Quand j'allais voir un contremaître ou un surintendant, je faisais attention de ne pas trop les brusquer parce que ça les mettait sur les nerfs. J'y allais mollo parce qu'ils se disaient: "Gaston Carrière s'en vient dans mon bureau, je fais mieux de marcher les fesses drettes." Mais j'ai déjà r'viré des bureaux à l'envers. Plus qu'une fois. Mettons que j'ai gagné mes galons.»

Le père de famille

Père de trois enfants et grand-père de cinq petits-enfants, Gaston Carrière, 60 ans, a vécu d'innombrables conflits syndicat-employeur et plusieurs grèves depuis 1973. Et c'est sans parler de sa plus importante lutte et de sa plus grande victoire: la fermeture complète de l'usine en 2010, et sa réouverture en 2013. Et à travers tout ça, il est un peu resté comme un père pour les travailleurs qu'il représentait.

«J'ai vu des gars pleurer dans mon bureau, dit-il. Des hommes de 32, 35, 40 ans. Des gars sans éducation qui ne savaient pas la différence entre les mots "arrêt" et "stop". On les avait envoyés à la commission scolaire pour qu'ils soient évalués, et ils avaient l'équivalent d'une première année. Mais ils avaient de bons bras. Et ils étaient de gros "travaillants".

- Ça vous arrivait de prendre leur malheur personnellement?, lui ai-je demandé.

- À chaque fois, a-t-il répondu. On (le syndicat) a payé l'hypothèque de certains d'entre eux. On a fait leur épicerie. Le syndicat était parfois comme le Gîte Ami à Hull. Nos faibles, on en prenait soin. On allait les reconduire au Pavillon Jelinek, à la Maison Jean-Lapointe à Montréal, ou dans d'autres centres. J'allais reconduire, en moyenne, de 15 à 20 gars par année. On l'a pas eu facile.»

- Et que comptez-vous faire maintenant que vous êtes à la retraite?, lui ai-je demandé en terminant.

- Je pars pour la chasse la semaine prochaine!, a-t-il lancé d'un grand sourire. Et je vais peut-être chasser jusqu'en décembre. Mes frères et moi avons un camp de chasse dans le coin de Clova. J'ai aussi fondé l'Association des retraités de l'usine de Gatineau il y a deux mois et on compte déjà 225 membres. Donc, je vais aller revoir mes vieux chums qui sont déjà à la retraite. Disons que je vais retrouver ma famille, mes quatre frères, mes cinq soeurs, mes enfants et mes petits-enfants. Et je vais aussi retrouver ma gang de chums de l'usine, ma deuxième famille.»

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