La Sagouine pour toujours

Même si elle est âgée de 85 ans... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Même si elle est âgée de 85 ans bien comptés, Viola Léger compte prendre les traits de La Sagouine tant et aussi longtemps qu'elle a l'énergie pour le faire. Et tant que le public la réclamera.

Etienne Ranger, LeDroit

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La comédienne Viola Léger a célébré cette année ses 85 ans. Elle incarne le personnage de la Sagouine depuis 1971, soit depuis 44 ans. Mme Léger a donc consacré la moitié de sa vie à jouer ce personnage devenu légendaire et qui remplit encore les salles de théâtre, à la grande joie d'un public qui en redemande depuis des générations.

Sénatrice au Parlement canadien de 2001 à 2005, elle a été décorée d'innombrables honneurs. Chevalier de l'Ordre de la pléiade, officier de l'Ordre du Canada, chevalier de l'Ordre français des Arts et des Lettres, récipiendaire de l'Ordre du Nouveau-Brunswick, de l'Ordre des francophones d'Amérique, et j'en passe plusieurs. Sa carrière est tout simplement phénoménale.

Viola Léger, alias la Sagouine, est de passage au Théâtre de l'Île jusqu'au 17 octobre pour offrir au public quatre nouveaux monologues de l'auteure Antonine Maillet.

LeDroit l'a rencontrée.

***

LeDroit: Vous êtes née à Fitchburg, au Massachusetts.

Viola Léger: C'est ça. Et dans la maison, il fallait parler français. Parce que tous les enfants autour parlaient l'anglais. Mais Maman avait planté une graine. Dans le sens qu'elle nous donnait un petit discours une ou deux fois par année et elle nous disait: «Pourquoi vous ne parlez pas français entre frères et soeurs?» Parce qu'on parlait l'anglais dans la cour d'école, tout était en anglais. Maman disait: «Comment allez-vous parler à grand-père et grand-mère (qui habitaient au Nouveau-Brunswick)?» À l'âge de 18 ans, je suis déménagée au Nouveau-Brunswick pour avoir le français que Maman nous suppliait d'avoir. Elle avait planté une graine.

LD: Vous êtes déménagée seule en Acadie?

VL: Oui. Pour aller dans un couvent où j'ai passé plusieurs années. J'ai été nonne. J'ai été religieuse pendant une quinzaine d'années. Et j'enseignais, c'était ma carrière. Mais je montais énormément de théâtre parascolaire avec les jeunes. Ça, ça forme une personne. C'est là que j'ai peut-être eu les meilleurs cours de formation qui me préparaient pour la Sagouine. C'est le destin, comme j'aime appeler ça. Un beau destin.

LD: Comment expliquez-vous le succès et la longévité du personnage de la Sagouine?

VL: Par le gros bon sens de la Sagouine. La Sagouine n'est pas diplômée, mais elle dit les vraies choses, elle dit les faits. Alors pourquoi le succès, demandez-vous? C'est parce que tout le monde se reconnaît dans elle. Autrement, ça n'aurait pas duré.

LD: Pour plusieurs personnes, vous n'êtes pas Viola Léger, vous êtes la Sagouine. Comme si on ne faisait pas la distinction entre la comédienne et le personnage. Ça vous agace un peu?

VL: Non, pas du tout. C'est Viola qui vous donne une entrevue, ce n'est pas la Sagouine. Mais quand je joue, je la deviens. Et pour moi, c'est très distinct. Dans ma loge, d'un côté il y a le linge de la Sagouine. Et de l'autre côté, Viola est là. Pour moi, c'est ma façon. Et si on m'appelle la Sagouine, ça ne me fait rien. C'est correct. Je sais que je ne le suis pas.

LD: Vous avez été sénatrice à Ottawa de 2001 à 2005. Avez-vous aimé l'expérience?

VL: Oui. Mais je n'étais pas politicienne. Du tout, du tout. Mais j'ai rencontré des personnes extraordinaires. Et je serai toujours contre un Sénat élu. Exactement parce que ça nous évite d'être en politique. J'ai connu une sénatrice qui était spécialiste auprès des enfants aux Nations unies. Elle pouvait apporter son expérience au Sénat. Il y avait un cardiologue. Donc quand on va parler de santé, il a l'expertise. Moi, je représentais les artistes. C'est pas dangereux, les artistes. Chaque fois que je parlais, je finissais avec un extrait d'un personnage, ou d'un rôle, ou quelque chose d'artistique. Et ils aimaient bien ça. Tandis que ceux qui sont avocats, leur talent, c'est de parler. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. On avait tous compris au bout de 15 minutes, mais ça durait 45 minutes. (Rires.)

LD: Suivez-vous la campagne électorale?

VL: Comme tout le monde. Dans le spectacle que je fais présentement au Théâtre de l'Île, il y a un bon bout sur les élections. La Sagouine parle sur les élections. Pour elle, c'est une bénédiction d'avoir des élections parce qu'on promet de l'argent. Le gouvernement est plus riche que «da coutume» dans ce temps-là. (Rires.) C'est pour ça que la Sagouine n'a pas de diplôme, elle dit les faits.

LD: Comptez-vous jouer ce personnage encore longtemps?

VL: Aussi longtemps que j'ai le souffle et l'énergie pour le faire et qu'on me voudra.

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