Le grand-père de Saint-Alexandre

Le père Jean-Guy Gagnon est le dernier représentant... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le père Jean-Guy Gagnon est le dernier représentant de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit à oeuvrer au collège à titre de responsable de l'animation sociale et pastorale.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Les étudiants du Collège Saint-Alexandre de Gatineau perdront bientôt leur grand-père.

Le père Jean-Guy Gagnon de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit - soit la congrégation qui a fondé le Collège Saint-Alexandre en 1912 - est le dernier représentant de cette communauté religieuse à oeuvrer dans l'institution scolaire à titre de responsable de l'animation sociale et pastorale. Mais il quittera ses fonctions vendredi prochain pour rentrer à la maison provinciale des Spiritains, à Montréal.

Âgé de 83 ans, il travaille et habite au Collège Saint-Alexandre depuis 1983, en plus d'y avoir étudié de 1947 à 1953.

Ce collège, c'est sa maison, sa famille. Et c'est un peu à contre-coeur qu'il tournera le dos à cette institution vendredi pour débuter une nouvelle vie dans la métropole.

«Mais je conserve ma chambre ici, dit-il. Montréal, ce n'est pas tellement loin. Et je compte bien revenir faire un petit tour de temps en temps.

«J'ai eu une hausse de pression (sanguine) il y a quelques semaines et mon supérieur à la maison provinciale m'a dit: "Tu rentres à la maison où on prend soins des plus vieux." J'ai appelé mon médecin quelques jours plus tard pour lui dire que je sentais que quelque chose n'allait pas très bien, et il ma dit en levant le ton: "Tu ne fais pas de haute pression. Tu t'énerves et c'est ce qui fait monter ta pression." Son commentaire a fait descendre ma pression au moment même. Il aurait pu me le dire avant! (Rires.) Mais j'avais déjà pris la décision de rentrer à Montréal. Si c'était à refaire, je remettrais ça d'une année ou plus. Mais bon, ce n'est pas grave. À 83 ans, je ne peux pas commencer à insister pour rester.

«Je vais m'ennuyer des élèves et du personnel ici, poursuit-il. Mais j'ai cinq membres de ma famille qui habitent Montréal, je pourrai les visiter plus souvent. Et j'ai aussi des confrères à la maison provinciale, je ne m'en vais pas en territoire étranger. Mais après avoir passé 32 ans de ma vie ici, je vais m'ennuyer, c'est certain. Je ne suis pas heureux de partir.»

Accompagner les adolescents

Quand les élèves du Collège Saint-Alexandre ont appris que le père Jean-Guy Gagnon allait bientôt les quitter, certains d'entre eux ont écrit sur les réseaux sociaux qu'ils perdaient leur grand-père. Ou comme a écrit un étudiant, «un grand-père sur notre bord». Ces commentaires font sourire le père Gagnon.

«Je suis leur grand-père, mais pas un grand-papa gâteau, lance-t-il en riant. Je crois que j'ai reçu le don d'accompagner les adolescents dans leur cheminement, dit-il plus sérieusement. Ils me font rire. Et je les taquine aussi. Et ils m'appellent tous Jean-Guy. Ça fait une éternité que je n'ai pas entendu un élève m'appeler père Gagnon. Ça peut projeter l'idée que c'est trop familier. Mais en éducation, ça ne sert à rien d'avoir une politesse extrême. Il faut cependant se respecter. Et les jeunes sont respectueux envers moi, comme je suis respectueux envers eux. Je n'ai pas développé une attitude répressive, mais compréhensive. Je ne suis pas un directeur. Je suis un Spiritain qui les accompagne comme ami. Je suis un grand-père, quoi. Et le grand-père peut parfois être bonasse.

- Quelles différences avez-vous remarquées entre les jeunes d'il y a 32 ans et ceux d'aujourd'hui?, que je lui demande.

- Les jeunes que j'ai connus en arrivant, en 1983, étaient plus turbulents, répond-il. Maintenant ils sont plus posés. Ils revendiquent moins. Je les trouve assez obéissants si je les compare à ceux du début, dit-il en souriant. Ce qui m'impressionne avec ceux d'aujourd'hui, c'est leurs petits téléphones intelligents. Je ris d'eux. Avant, si on voulait téléphoner, il fallait obtenir la permission du supérieur. Maintenant, ils ont tous leur téléphone cellulaire et ils sont toujours "dedans". Ils sont assis un en face de l'autre et ils se téléphonent! Donc je ris d'eux et je leur demande: "Êtes-vous malades!?" Et quand ils ne se téléphonent pas, ils se textent. Et ils font des fautes!» lance-t-il en levant les yeux au ciel et en s'esclaffant.

Lorsque le père Gagnon quittera dans quelques jours, le Collège Saint-Alexandre perdra l'un de ses plus grands ambassadeurs. Et aussi son «garde de sécurité»...

«J'habite ici au collège, j'ai une chambre à l'étage, explique-t-il. Et le soir, je fais le tour du collège avant de me coucher. Un peu pour l'exercice, mais aussi pour surveiller les lieux. C'est comme si je m'étais donné la vocation de surveiller l'école.

- Qu'allez-vous faire à la maison provinciale, à Montréal?, lui ai-je demandé en concluant notre entretien.

- Je ne sais pas exactement, a-t-il répondu. Je vais "être". (Rires.) Je verrai ensuite ce que je peux faire. Tout dépendra de ma santé.»

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