La région à coeur

Jeff Westeinde est déménagé pour la première fois... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Jeff Westeinde est déménagé pour la première fois à Ottawa à l'âge de 6 ans.

Etienne Ranger, LeDroit

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Jeff Westeinde, 48 ans, est né à London, en Ontario, mais il a vécu un peu partout au Canada, ses parents étant propriétaires d'une compagnie de construction qui a bâti d'innombrables immeubles au pays.

Il avait six ans quand sa famille est déménagée à Ottawa. Son père avait été recruté pour gérer la construction du Centre hospitalier pour enfants de l'Est de l'Ontario (CHEO). Et la famille Westeinde est tombée en amour avec la région.

« J'ai quitté Ottawa à l'âge de 18 ans pour aller faire mes études universitaires à London où j'ai gradué comme ingénieur, se souvient Jeff Westeinde. J'ai ensuite vécu 12 ans à Vancouver, mais je suis revenu à la maison, à Ottawa, en 2001. J'habite toujours ici, j'ai un chalet au Lac-Sainte-Marie, j'ai le meilleur des deux côtés de la rivière. Et c'est ici que ma famille est établie pour y rester. C'est l'une des plus belles régions au monde », ajoute-t-il, lui qui a fait le tour de monde à plus d'une reprise.

Il est cofondateur, avec son frère Jonathan, de l'entreprise Windmill Developments. Et après avoir construit de nombreux édifices au pays, ils s'apprêtent à débuter la construction de l'ambitieux projet Zibi qui consiste à mettre en valeur 37 acres du secteur des chutes de la Chaudière, un développement qui changera à tout jamais le visage de la région. On parle d'un projet d'un milliard de dollars qui s'échelonnera jusqu'en 2030. « On construira une communauté », dit-il fièrement.

Une communauté « verte », aurait pu ajouter ce mordu du plein air. Car lorsqu'on regarde sa feuille de route, on constate rapidement que Jeff Westeinde a l'environnement à coeur, lui qui a fondé en 1992 la compagnie Quantum Environmental Group, et qui a été le principal investisseur et directeur des compagnies nationales Envirogreen Technologies Ltd et Clearly Solar Energy. Deux entreprises qui lui ont valu le titre d'Entrepreneur de l'année remis par Ernst & Young, et qui lui ont permis de se classer, en 2002, parmi les « 40 Canadiens performants de moins de 40 ans » du quotidien Globe and Mail.

« Mon église est la forêt, lance-t-il. Mais présentement, on vole nos petits-enfants et on vole les gens des pays sous-développés pour pouvoir vivre comme on le désire. Ce n'est pas durable, ça. Je regarde la façon dont on exploite la planète et on ne doit pas faire ça. Et dans ma carrière, j'ai toujours essayé d'être un pionnier en la matière et démontrer ce qu'on peut faire de façon durable. C'est juste une question de bon sens. »

En français s'il vous plaît

Notre entretien d'une quarantaine de minutes s'est déroulé entièrement en français, à sa demande. Et pour un homme issu d'une famille anglophone et qui a vécu une bonne partie de sa vie au Canada anglais, son français est fort impressionnant.

« J'étais en immersion et, à l'âge de 16 ans, j'ai vécu trois mois à Rimouski, raconte-t-il. C'était un échange entre mon école secondaire et la polyvalente là-bas. Et quand j'étais à Rimouski, le premier ministre était un gars nommé René Lévesque, et il y avait un référendum. Donc parler l'anglais là-bas, ça ne marchait pas. Donc j'ai appris mon français vraiment vite ! lance-t-il en riant.

« Je l'ai malheureusement presque tout perdu durant mes années à Vancouver, poursuit-il. Mais ce qui me pousse surtout à le réapprendre et le reparler, c'est le projet Zibi. Donc j'ai dit à tout le monde que je dois pratiquer souvent. Mais curieusement, quand je parle aux francophones et qu'ils remarquent mon accent anglais, ils me répondent en anglais. Ça ne me donne pas la chance de pratiquer. Donc je dois toujours leur dire que je dois pratiquer mon français. Et je prends aussi des leçons pour l'améliorer. C'est important. »

Sa fille Ruth

La dernière phrase de la biographie de Jeff Westeinde qu'on retrouve sur le site investottawa.ca se lit ainsi : « Passionné de plein air, il adore s'adonner à l'escalade, au ski, au golf et à la pêche et aime sa famille plus que tout ».

« C'est vrai, dit-il. Ma famille passe avant tout et j'ai gagné le gros lot à la loterie quand j'ai rencontré ma femme Coleen. Nous avons cinq enfants âgés de 24, 23, 22, 20 et 18 ans. Notre fille de 23 ans, Ruth, nous l'avons adoptée il y a cinq ans.

- Vous avez adopté une fille âgée de 18 ans ?

- Oui. »

L'histoire qui suit est renversante. Il raconte :

« Ruth est née au Nigeria et ses parents sont décédés quand elle avait deux ans. Son oncle l'a adoptée, mais elle était un peu comme Cendrillon dans cette maison. Et quand elle a eu 13 ans, son oncle l'a vendue au monde de la prostitution. Elle a travaillé comme prostituée pendant presque deux ans à Moscou. Au bout de ces deux années, elle a fui son proxénète et elle s'est réfugiée au Haut Commissariat pour réfugiés, en Ukraine. Et elle est venue à Ottawa deux ans plus tard pour habiter au St Joe's Woman's Centre.

« Je siège sur le conseil d'administration du collège Algonquin et c'est une collègue de ce conseil qui m'a raconté l'histoire de Ruth. Elle m'a dit que Ruth avait besoin d'un ordinateur et d'une caméra pour un cours qu'elle suivait. Je lui ai remis un chèque sur le champ. Son histoire m'avait troublé. Puis six mois plus tard, Ruth a voulu rencontrer ma femme et moi. Donc nous l'avons rencontrée.

« En rentrant à la maison ce soir-là, j'ai dit à ma femme : 'on a une voiture luxueuse, une grande maison et nos quatre enfants ont tout ce qu'ils ont besoin. On ferait n'importe quoi pour nos enfants et cette fille n'a personne dans sa vie. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose pour elle ?' Ruth fait aujourd'hui partie de la famille. Elle habite présentement Toronto où elle vient d'obtenir un diplôme en cinématographie. Et aussi incroyable soit-il, elle a pardonné à son oncle. »

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