Se tenir debout pour sauver le français

La semaine dernière, la présidente de la FCFA... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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La semaine dernière, la présidente de la FCFA s'est vidée le coeur devant le comité des langues officielles des Communes, dénonçant le manque d'action gouvernementale en immigration francophone.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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Au cours des six dernières années, on a souvent présenté la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Marie-France Kenny, comme étant une Fransaskoise d'origine acadienne.

Oui, elle est Fransaskoise d'adoption puisqu'elle habite Régina, en Saskatchewan, depuis plus de 15 ans. Et oui, elle a du sang acadien, son père étant natif de l'Acadie. Mais tout comme sa mère, Marie-France Kenny est Québécoise. Elle est née et elle a grandi à Montréal et ce n'est qu'à l'âge de 25 ans qu'elle a quitté la métropole.

«Quand on m'a présentée comme une Fransaskoise d'origine acadienne, je ne l'ai pas démenti, de dire Mme Kenny. Parce que je me sens pancanadienne. Je me sens autant Acadienne que Fransaskoise. Autant Franco-Manitobaine qu'Acadienne. Je me sens chez nous pas mal partout dans nos communautés francophones (hors Québec).»

La colère

Marie-France Kenny, 51 ans, quittera la présidence de la FCFA en juin prochain au terme d'un troisième mandat. Et elle ne pourra pas en solliciter un quatrième en vertu des règles de l'organisme.

La semaine dernière, elle s'est vidée le coeur dans une sortie en règle devant le comité des langues officielles de la Chambre des communes, à Ottawa, dénonçant le manque d'action gouvernementale en immigration francophone.

«Année après année, a-t-elle dit devant les députés présents, on fait entrer au Canada, à l'extérieur du Québec, plus de 98% d'immigrants anglophones comparativement à moins de 2% d'immigrants francophones. C'est un scandale. On voudrait tuer la francophonie à petit feu, éliminer nos communautés par attrition, qu'on ne s'y prendrait pas autrement.»

Puis en parlant de la Loi sur les langues officielles, elle a dit: «C'est la Loi la moins bien appliquée au pays, et ça fait 45 ans que c'est comme ça. [...] Comme francophone, je sens qu'on me manque de respect alors que tout ce que je demande, c'est de ne pas être traitée comme citoyenne de seconde classe.»

Pourquoi Mme Kenny a-t-elle attendu à la toute fin de son dernier mandat pour enfin aller dire sa façon de penser aux élus fédéraux?

«Ça n'a aucun rapport avec la fin de mon mandat, répond-elle. C'est que j'avais un trop-plein dans le dossier de l'immigration. C'est du "tournage en rond" depuis des années. J'ai déjà dit à tous les membres du comité (des langues officielles aux Communes): "Si vous ne vous déniaisez pas, si vous ne faites pas du vrai travail plutôt que de la partisanerie, je vais me tanner et vous allez tous y passer." Ça fait un an de ça. Et quand j'y suis retournée après les Fêtes et qu'on s'est remis à faire de la partisanerie et de la chicane entre les conservateurs et les autres, j'étais assise là, je regardais tous les gens venus de partout au Canada qui s'étaient déplacés pour ça, aux frais des contribuables, et je me disais: "Quossé ça?" On ne nous écoute pas et on se fiche complètement de nous. Quand j'ai quitté ce soir-là, j'ai marché jusqu'à mon hôtel et je pleurais. Et je me suis dit: "C'est assez."

«Donc c'est là que j'ai eu mon trop-plein (le jeudi 26 mars dernier), poursuit-elle. Particulièrement sur l'immigration. Les anglophones, pour la prospérité du pays, doivent faire entrer des immigrants anglophones. Nous, on dit que les francophones ont besoin de la même chose. Parce que si on ne fait pas attention, on va tomber sous le seuil des 5% dans certains endroits. Chez nous, en Saskatchewan, nous n'avons pas de loi (provinciale) sur les langues officielles. Nous avons une politique qui dit là où le nombre le justifie. Mais si nous tombons sous le seuil du 5%, pensez-vous que la province continuera d'offrir ses services? Non. Et dans 10 ans, que remettra-t-on en question? Nos écoles? Parce qu'ils se diront: "Ils sont juste 2%."»

L'avenir des francophones

Durant notre entretien, Marie-France Kenny a soulevé plusieurs exemples du non-respect envers les francophones hors Québec et du non-respect de la Loi sur les langues officielles. Mais elle qui retournera bientôt à la direction de ses deux firmes de consultants et de traduction se dit toutefois optimiste pour l'avenir des communautés francophones du pays.

«J'ai passé beaucoup de temps avec des groupes de jeunes au cours de la dernière année, dit-elle. Et si j'étais inquiète, je ne le suis plus. Ces jeunes-là sont engagés et ils y croient. Ils sont très présents. Et mon message pour eux au cours de la dernière année était de leur dire de sortir au-delà des organismes jeunesse et de s'impliquer dans des organismes comme la FCFA, l'AFO et les autres. Parce qu'on a besoin d'eux. Oui, certains d'entre eux ont un accent anglophone. Mais on s'en fout! Ils parlent français! J'ai dit à un jeune garçon l'autre jour: "Ne laisse jamais personne te dire que tu ne parles pas bien le français parce que t'as un accent différent. Jamais. Parce que les accents sont différents partout. Au Québec aussi."»

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