La voix des francophones hors Québec

Yvon Godin quittera bientôt la politique.... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Yvon Godin quittera bientôt la politique.

Etienne Ranger, LeDroit

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Les francophones hors Québec perdront l'un de leurs plus grands alliés et de leurs plus grands défenseurs.

Il y a trois semaines, le député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst à la Chambre des communes depuis les 18 dernières années, Yvon Godin, a annoncé qu'il ne briguera pas les suffrages aux prochaines élections fédérales.

Au cours des 18 dernières années, M. Godin a entre autres agi comme porte-parole du Nouveau parti démocratique (NPD) en matière de langues officielles. Et il a été de tous les combats relatifs aux droits des minorités linguistiques. Que ce soit pour la nomination de juges bilingues à la Cour suprême du Canada (son projet de loi), du manque de services en français chez Air Canada, ou de la lutte de cinq ans des Franco-Ontariens pour la préservation de l'hôpital Montfort, pour ne nommer que ces trois «combats». Le député de l'Acadie était là, au front comme à la Chambre des communes, toujours prêt à défendre les siens.

Père de trois filles et grand-père de cinq petits-enfants, Yvon Godin a reçu en 2003 le grade de Chevalier de l'Ordre de la Pléiade, ainsi que l'Ordre de la Francophonie et du Dialogue des cultures pour sa contribution au sein de la francophonie canadienne.

LeDroit l'a rencontré.

***

LeDROIT: Pourquoi la retraite maintenant? Vous n'avez que 59 ans, vous êtes toujours jeune.

YVON GODIN: J'ai toujours dit qu'il y a un temps pour commencer, et qu'il y a un temps pour finir. La décision n'a pas été facile à prendre. Si j'étais entré en politique avec 70% des appuis et que je serais rendu à 40%, la décision aurait été facile. Je ne serais pas parti; les électeurs d'Acadie-Bathurst m'auraient mis à la porte. Mais dans mon cas, je suis entré avec 40% d'appuis, et je suis rendu à 69,7%. Donc, la décision de quitter a été très difficile à prendre et elle m'a fait mal parce qu'il y a un lien qui s'est créé entre le peuple et moi. Mais je crois sincèrement que c'est le temps de partir. Ça fait 18 ans que je fais un job de sept jours par semaine et de 13 à 15 heures par jour. Ça fait 18 ans que je fais le trajet Nouveau-Brunswick-Ottawa à toutes les semaines. Donc, je prends ma retraite pendant que je suis encore assez jeune pour la prendre. Je veux passer du temps avec ma famille. Seule ma fille Stéphanie n'est pas trop contente de ma décision. Et c'est parce qu'elle habite à Gatineau et que je soupe avec elle et mes petits-enfants au moins une fois par semaine. On se verra donc moins souvent. Mais je ne veux pas trop en parler, car je vais devenir très émotif.

LD: Vous pourriez toujours vous établir avec votre épouse dans la région d'Ottawa-Gatineau après votre retraite.

YG: Ottawa et Gatineau sont de très belles villes. Mais j'habite la Baie des Chaleurs, l'une des plus belles régions au Canada. On a l'eau d'un côté et la forêt de l'autre. Peut-on avoir mieux que ça?

LD: Est-ce que vous rentrez au Nouveau-Brunswick tous les week-ends?

YG: Au cours des 18 dernières années, j'ai passé une ou deux fins de semaine à Ottawa, c'est tout. Ottawa n'est pas ma place le week-end. Ma place, c'est chez nous. Comme député, ma responsabilité est d'être parmi les miens. Je veux faire mes épiceries avec les gens de chez nous. Je veux aller au Tim Hortons rencontrer le monde et écouter ce qu'ils ont à dire. Puis revenir à Ottawa le lundi en sachant ce que le monde de chez nous pense. La responsabilité d'un député fédéral, c'est d'être à Ottawa quand le Parlement siège et d'être parmi ses gens quand la Chambre ne siège pas.

LD: Votre plus grande réalisation en 18 ans?

YG: Faire de la politique différemment des autres partis politiques, qui travaillent tous les deux pour Bay Street. Le rôle d'un politicien est de représenter les gens qui ont voté pour lui et être proche d'eux. Et si je suis passé de 40% à 69% d'appuis, ça veut dire que mes employés et moi avons fait du bon travail à Ottawa. Et nous en sommes fiers.

LD: Et votre plus grande déception?

YG: Que les Canadiens aient choisi (Stephen) Harper comme premier ministre. Cet homme est en train de détruire notre pays. On est en train de perdre notre démocratie et ça me fait peur. On envoie nos soldats en guerre pour donner aux gens d'autres pays leur démocratie. Mais ici, on est en train de nous l'enlever! Le Parlement est devenu comme une dictature. Harper ne peut même pas sentir les journalistes, alors qu'ils sont ceux qui rapportent la nouvelle. C'est leur job, ils rapportent simplement la nouvelle. Il y a aussi les éditorialistes et les chroniqueurs qui donnent leur opinion, et c'est sain, ça, dans une démocratie.

LD: Êtes-vous optimiste en ce qui a trait à l'épanouissement des francophones hors Québec?

YG: Je le serai si on enlève Harper de là aux prochaines élections. Harper fait mal à la francophonie. Il boycotte le comité sur les langues officielles, il nomme des gens unilingues à des postes où le gros bon sens (pour ne pas dire la loi) voudrait qu'ils soient bilingues, il coupe dans Radio-Canada... et je pourrais continuer. Le Canada a pris un sérieux recul au niveau du bilinguisme. Nous sommes pourtant deux peuples qui ont bâti ce pays-ci. Comme a dit Antonine Maillet: «On ne demande pas aux anglophones de devenir francophones, et on ne demande pas aux francophones de devenir anglophones. On demande juste de donner les services dans les deux langues.» Et même à la retraite, je vais toujours me battre pour le bilinguisme et les francophones du Canada. Je prends ma retraite de la politique, mais je ne signe pas mon avis de décès! (Rires.)

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