L'esprit vif d'Ernest Côté

Si Ernest Côté sera bientôt honoré par la... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Si Ernest Côté sera bientôt honoré par la francophonie mondiale, c'est parce qu'il le mérite amplement. Sa carrière, tant dans les Forces armées qu'au gouvernement fédéral, est tout simplement phénoménale...

Patrick Woodbury, LeDroit

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En apprenant mercredi dernier que le vétéran centenaire de la Deuxième Guerre mondiale, Ernest Côté, allait être décoré de l'Ordre de la Pléiade par l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, un ami m'a lancé: «Hé bien! On sait maintenant ce qu'il faut faire pour recevoir cet honneur!»

Il blaguait. Il faisait référence au braquage à domicile dont a été victime M. Côté, le 18 décembre dernier. Cette nouvelle a fait les manchettes de pratiquement tous les médias au Canada.

Mais cet honneur que l'homme d'Ottawa de 101 ans recevra en avril prochain n'a absolument rien à voir avec ces malheureux événements. Si Ernest Côté sera bientôt honoré par la francophonie mondiale, c'est parce qu'il le mérite amplement. Sa carrière, tant dans les Forces armées canadiennes qu'au gouvernement fédéral, est tout simplement phénoménale.

Vif d'esprit, pince-sans-rire et visiblement en excellente santé, M. Côté m'a accueilli cette semaine dans son condominium d'Ottawa, là où, il y a trois semaines, il est passé à un cheveu de la mort.

Le braquage

Le 18 décembre dernier, un individu dans la cinquantaine s'est présenté à la résidence de M. Côté en lui disant qu'il était un employé de la Ville d'Ottawa. Une fois à l'intérieur du condo du centenaire, il a bâillonné ce dernier et ligoté ses mains avec du ruban adhésif toilé (duct tape), pour ensuite lui glisser un sac de plastique sur la tête, qu'il a également attaché au cou avec le ruban.

Il a dérobé de l'argent et des objets de sa victime, ainsi qu'une carte de crédit. Mais M. Côté a eu la vivacité d'esprit de donner à son agresseur un faux numéro d'identification personnelle (NIP).

Ernest Côté s'est-il remis de ses émotions?

«Je n'ai pas été défait!, répond-il, légèrement insulté par la question. J'étais en maudit!

- Comment avez-vous réussi à vous déprendre?

- Comme ceci, répond-il. (Il place ses mains dans son dos et bouge tour à tour ses poignets.) Ça faisait "cric, cric, cric", puis le ruban a finalement cédé. Mon fils Benoît a dit à la blague: "Une chance que c'était du duct tape du Dollarama et pas du duct tape de Lee Valley!" Une fois détaché, j'ai pris ma marchette et je suis allé dans ma chambre pour retirer la cagoule, c'est-à-dire le sac de plastique. J'ai ensuite appelé la sécurité (de l'édifice où il habite).

- Vous l'avez échappé belle, que je lui lance.

- Ah oui. Si j'étais resté assis 10 ou 15 minutes de plus, je me serais évanoui. Je voyais mon souffle dans le sac de plastique. Quand j'y pense avec un peu de recul, je me dis que si je n'avais pas réussi à me détacher, je ne serais pas ici aujourd'hui pour vous parler. Parce que je n'attendais personne avant quelques heures. Mais dans tout ça, je n'ai pas eu peur une seule seconde. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur. Mais Dieu que j'étais en maudit!

- Croyez-vous pouvoir pardonner Ian Bush un jour?

- (Il songe longuement à la question.) Non. Ce gars-là savait exactement ce qu'il faisait. C'était un geste calculé. M'a-t-il choisi par hasard? Je ne sais pas. L'enquête policière le dira. Mais je n'avais jamais rencontré cet homme de ma vie. Et je me demande parfois s'il n'a pas déjà commis un tel crime ailleurs. On veut le faire passer comme un homme mentalement déficient. Il a peut-être quelque chose qui ne va pas, mais j'ai l'impression qu'il savait exactement ce qu'il faisait.»

De colonel à ambassadeur

Ernest Côté est né le 12 juin 1913 à Edmonton, en Alberta, où son père, le sénateur Jean Léon Côté, un homme originaire de la municipalité des Éboulements, au Québec, s'était établi avec sa famille. Étudiant à la faculté de droit de l'Université d'Alberta, Ernest Côté a été admis au Barreau de cette province en octobre 1939.

Il avait auparavant subi avec succès les examens du corps d'entraînement des Officiers canadiens. Et plutôt que de lancer sa carrière comme avocat, en 1939, il a choisi de se joindre à l'Armée canadienne, plus précisément au 22e Régiment.

«Je devais faire le choix, dit-il. Ou bien commencer à pratiquer le droit, ou bien me joindre au 22e Régiment qui m'avait préalablement accepté. J'ai choisi l'armée. Parce que je voyais les nuages de guerre approcher. Et Hitler avait déjà conquis une bonne partie de l'Europe. Et en novembre 1939, j'ai reçu mes instructions. Je devais prendre le prochain train pour Québec. Et quatre jours après mon arrivée à Québec, le 22e Régiment partait tambour battant pour l'Angleterre.»

M. Côté a passé cinq ans en Europe avec l'Armée canadienne, où il a notamment été responsable de la logistique de la Troisième Division d'infanterie canadienne lors du Débarquement de Normandie, le 6 juin 1944. Promu en 1945 au rang de colonel, il a quitté les Forces armées en juillet de la même année pour devenir deuxième secrétaire au ministère des Affaires étrangères du Canada.

Le 6 juin dernier, jour du 70e anniversaire du débarquement de Normandie, Ernest Côté a été accueilli en véritable héros en France, là où il avait été décoré 10 ans plus tôt des insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Père de quatre enfants, Ernest Côté a oeuvré dans la fonction publique fédérale comme sous-ministre de divers ministères, avant d'être nommé solliciteur général adjoint du Canada, en 1968. Et de 1972 à 1975, il a été ambassadeur du Canada en Finlande.

Philanthrope et grand défenseur de la francophonie canadienne, M. Côté a été gouverneur de l'Université d'Ottawa, membre du conseil d'administration de la Bibliothèque publique d'Ottawa, membre de la Fondation canadienne de la bataille de la Normandie, membre honoraire de l'Association de l'hôpital Montfort, et j'en passe.

Quand je lui ai demandé en terminant notre entretien ce qu'il pensait de l'honneur qu'il a reçu mercredi (l'Ordre de la Pléiade), M. Côté a simplement répondu: «C'est très flatteur, j'ai toujours été dévoué à la cause française. Et je peux maintenant me gonfler les poumons!» a-t-il ajouté à la blague.

Puis il a insisté pour qu'on trinque ensemble un «p'tit sherry» à notre santé.

Je n'ai pas pu refuser.

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