Pierre Bergeron, quarante ans de passion

«Au Droit, comme dans tout autre journal, on... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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«Au Droit, comme dans tout autre journal, on fait de l'information. On est au service de l'information et l'information est l'un des poumons de la société», affirme l'ancien président-éditeur du Droit, Pierre Bergeron.

Patrick Woodbury, LeDroit

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La contribution de Pierre Bergeron au quotidien LeDroit est exceptionnelle. Ce sont tout près de 40 années que ce Saguenéen d'origine a consacrées au journalisme et au succès de notre quotidien.

Il a pratiquement occupé tous les postes dans l'entreprise. D'abord embauché en 1975 comme journaliste en soirée, il a ensuite été pupitreur, puis éditorialiste, puis éditeur de l'édition religieuse Novalis, suivi de deux ans comme président-éditeur du Quotidien de Chicoutimi (deux publications qui, à l'époque, étaient, tout comme LeDroit, propriétés de l'homme d'affaires Conrad Black), et enfin président-éditeur du Droit de 1993 à 2002. Et de 2002 jusqu'à tout récemment, il a contribué régulièrement dans nos pages à titre de chroniqueur et d'éditorialiste. Mais demandez-lui de vous nommer son métier depuis les 40 dernières années, et il vous répondra simplement: journaliste.

Pierre Bergeron, 68 ans, a signé lundi son dernier éditorial intitulé «L'avenir de ceux qui luttent», mettant ainsi un terme à quatre décennies de journalisme - et de lutte - dans la région d'Ottawa-Gatineau.

Une contribution exceptionnelle, disais-je. Et c'est plutôt ironique quand on sait qu'il a quitté le Saguenay en 1966 pour venir en Outaouais dans le but de devenir... prêtre.

«J'ai passé quatre ans au séminaire des Eudistes, à Gatineau, se souvient-il. Mais avant de recevoir mes ordres majeurs, ce qui m'engageait à être curé, je devais faire une probation d'un an, question de faire mes preuves. Je suis donc allé enseigner le français et la religion dans une école de Buffalo, dans l'état de New York, où j'ai haï ça pour mourir. J'ai tellement détesté ça que je me suis dit que je ne passerais pas ma vie à faire ça. Donc j'ai quitté. Et je suis revenu compléter ma maîtrise en théologie à l'Université d'Ottawa, pour ensuite obtenir une maîtrise en sciences de la gestion. Et cette décision de quitter la congrégation des Eudistes m'a permis de rencontrer, en 1971, celle qui allait devenir mon épouse, Élisabeth Delaporte. Nous nous sommes mariés en 1972 et nous célébrerons cette année notre 43e anniversaire de mariage.»

Montfort

Pierre Bergeron était le président-éditeur du Droit quand le gouvernement conservateur de Mike Harris a voulu, en 1997, fermer l'hôpital Montfort. LeDroit devait donc décider s'il demeurait impartial dans cette lutte historique de la communauté franco-ontarienne, se contentant de rapporter les faits. Ou s'il mettait exceptionnellement de côté son impartialité et son objectivité journalistiques pour monter au front avec les Franco-Ontariens. Pierre Bergeron a choisi cette deuxième option.

«Nous avons été replongés dans nos racines, dit-il. Et quand nous avons été replongés dans nos racines, nous avions une décision à prendre. Et cette décision-là, c'était de faire de l'information, mais également d'être au front.

«Tu te souviens? Je te disais toujours: 'Gratton, la nouvelle, je ne la veux pas demain, je la veux aujourd'hui'. Parce que j'estimais que ce combat allait se gagner avec LeDroit, à cause du Droit, et par LeDroit. Et je pense qu'on peut dire aujourd'hui que notre journal a été l'un des outils incontournables de cette lutte. Bien sûr, il y a eu l'implication du mouvement SOS Montfort, de Gisèle Lalonde, de Michel Gratton, de Michelle de Courville Nicol, de Ronald Caza et de tous les autres. Mais ces gens-là savaient qu'ils avaient un journal derrière eux.»

- Mais nous avons été accusés de partialité à l'époque et d'avoir enfreint certaines règles journalistiques.

«Et c'est vrai! Mais en même temps, j'ai toujours dit que je recommencerais demain. Et j'adopterais la même attitude, je serais aussi combattant. Parce que si on laissait Montfort partir, qui serait venu après? La Cité collégiale? Nos conseils scolaires? J'ai toujours dit que la santé d'une collectivité passe par ses institutions. Donc le jour où on laissait partir Montfort, on laissait partir d'autres institutions franco-ontariennes. Et on voulait montrer au gouvernement que ça allait lui faire tellement mal de tenter de fermer notre hôpital, que plus jamais il ne toucherait à quoi que ce soit de notre collectivité. Ce n'était peut-être pas élégant et j'aurais bien pu me casser la gueule, mais je pense qu'on a pris la bonne décision.»

En effet, puisque l'hôpital Montfort est aujourd'hui reconnu comme un hôpital universitaire et l'un des plus performants en province. Et en 1997, pour son implication dans la lutte pour la survie de l'hôpital Montfort, LeDroit a été mis en nomination pour le prestigieux prix Michener du Gouverneur général du Canada, un prix qui reconnaît l'excellence en journalisme canadien d'intérêt public.

Bonne décision, M. Bergeron.

L'avenir du Droit

Les jours de la version papier du Droit sont comptés. C'est inévitable. Pratiquement tous les journaux en Amérique du Nord se tournent graduellement vers le numérique, et LeDroit ne fait pas exception. Pierre Bergeron craint-il pour l'avenir de «son» journal, lui qui a LeDroit de tatoué sur le coeur?

«Au Droit, comme dans tout autre journal, on fait de l'information, répond-il. On est au service de l'information et l'information est l'un des poumons de la société. Plus nous sommes informés, et mieux nous sommes informés, meilleure sera notre société. Et dans tout ce qui se passe au Droit actuellement, la seule constante qui doit rester tout le temps, c'est la mission d'information. Et la mission d'information ne dépend pas d'un format. Elle dépend des gens qui font de l'information et qui sont dédiés à ça. L'histoire du Droit a été l'histoire d'une longue lutte. Et la trame de cette lutte a été l'information. Et selon moi, la mission d'information du Droit va toujours demeurer. J'en suis convaincu.»

La retraite

Pierre Bergeron est un maniaque de l'activité physique. Il a beau approcher les 70 ans et avoir surmonté deux graves problèmes de santé au cours des dernières années, vous le trouverez plus souvent sur son vélo l'été et sur ses skis de fond l'hiver qu'à la maison. Et ce n'est pas la retraite qui l'arrêtera.

«Et j'ai aussi 10 petits-enfants qui me garderont occupé, dit-il d'un sourire de fier grand-papa. Et Élisabeth et moi en aurons bientôt 12 puisque notre fille cadette, Sophie, est enceinte de jumeaux. Donc Sophie, qui est pédiatre à Gatineau, sera bientôt mère de trois enfants. Notre fils Pierre-Étienne, qui est chanteur classique et photographe professionnel n'a pas d'enfant. Et notre fille aînée, Véronique, est mère de neuf enfants.»

- Neuf enfants!?

«Ouais... Alors ça te donne une bonne idée de ce que je ferai à la retraite!», conclut-il en riant.

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