Le conte de fées de Rachid Badouri

Rachid Badouri réalisera un vieux rêve au printemps... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Rachid Badouri réalisera un vieux rêve au printemps prochain en donnant un spectacle en anglais à New York.

Patrick Woodbury, LeDroit

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L'humoriste montréalais Rachid Badouri, 38 ans, était de passage à la Maison de la culture de Gatineau cette semaine pour donner trois prestations de son spectacle Badouri rechargé.

«Je me considère tellement chanceux d'être encore capable de me permettre trois soirs consécutifs à Gatineau, dit-il. Rares sont ceux qui viennent faire trois soirs de file. Si j'avais un fils et qu'il m'apprenait un jour qu'il veut devenir humoriste, j'aurais peur pour lui. Parce que je réalise la chance et la grâce que j'ai eues et que j'ai toujours. Ç'a été un conte de fées pour moi.»

Tout un conte de fées, en effet.

Son premier one man show, Arrête ton cinéma!, s'est vendu à plus de 100000 places en moins d'un an, un record au Québec. En tout, ce spectacle aura été vu par plus de 400000 personnes au Québec et en France.

Et son deuxième spectacle Badouri rechargé a été présenté en première en octobre 2013 et, tout comme le lapin Energizer, il roule toujours et ne ralentit pas. Rachid Badouri est rechargé à bloc, quoi.

LeDroit l'a rencontré.

***

LeDROIT: Avant le monde du spectacle, vous avez travaillé pendant cinq ans comme agent de bord chez Air Transat. J'imagine que c'était sûrement amusant pour les passagers de se retrouver à bord du même avion que vous?

RACHID BADOURI: Dans tous les jobs que j'ai entrepris, il y avait toujours un côté humoristique et divertissant. Dans l'avion, je faisais exprès pour faire peur aux passagers qui étaient nerveux. Je faisais des noeuds dans mon gilet de sauvetage pendant la démonstration pour montrer que j'étais incompétent. Je mettais de l'eau dans mon visage comme si j'étais hyper nerveux et en sueur pendant ma démonstration. Je prenais le micro et je faisais des blagues. Beaucoup de trucs comme ça. Mais quand la direction m'a averti que j'allais parfois trop loin, j'ai arrêté.

LD: Et après vous êtes devenu vendeur au Future Shop de Laval, votre ville natale.

RB: Oui, j'ai travaillé pour Future Shop pendant quatre ans. J'étais un excellent vendeur pour vous dire la vérité. J'étais un vendeur de confiance, c'est-à-dire que je n'étais pas un «crosseur». Et dans ce temps-là, les vendeurs n'étaient payés qu'à la commission, donc on voulait vendre! Mais j'étais aussi le clown de service et l'animateur au party de Noël des employés. Et le soir, quand on fermait les portes, j'excellais à imiter un ou deux clients bizarres qu'on avait reçus durant la journée. Je dirais que cet emploi est l'endroit où j'ai fait le plus de rodage avant de devenir humoriste.

LD: Votre père a quitté le Maroc pour immigrer au Canada en quelle année, et pourquoi?

RB: Il est venu une première fois en 1969 ou 1970 pour assister au mariage de son ami d'enfance qui se mariait à une Québécoise. Mais il est arrivé dans une tempête de neige. Et après le mariage, il a dit à son ami: «Le jour que tu me reverras ici, les poules auront des dents.» Mais son ami l'a rappelé deux ans plus tard pour lui dire qu'il venait de s'ouvrir un garage et qu'il avait besoin de lui. Donc, mon père est revenu, mais c'était le printemps cette fois-ci. Et après quelques jours, il a juré qu'il allait mourir au Québec. Ma mère a dit la même chose quand elle est venue le rejoindre quelques années plus tard. Elle a dit: «C'est notre pays ici.» Mes parents sont carrément tombés en amour avec le Québec.

LD: Vous vous moquez souvent de votre père en spectacle. Ça ne le choque pas parfois?

RB: Au début, il trouvait ça bizarre. Mais si ça marche, il est content pour moi. Il aime ça quand je parle de lui.

LD: Et comment a-t-il réagi quand vous lui avez appris que vous vouliez devenir humoriste?

RB: En fait, quand je lui ai dit que je lâchais le Cégep à deux sessions de mon diplôme pour aller travailler chez Air Transat, il était très fâché. Il voulait que je suive les traces de mes deux soeurs aînées qui sont très «bollées». Par contre, quand je lui ai dit que je voulais devenir humoriste, il était très content. Il voyait que j'y croyais. Même si c'est parfois dur à croire.

LD: Et d'où proviennent votre sens de l'humour et ce besoin de faire rire?

RB: De lui, de mon père. Mais il n'est pas humoriste, mais bien ce que j'appelle un «ignoriste». C'est-à-dire que mon père ne sait pas qu'il est drôle. Mais les «ignoristes», il ne faut pas leur dire qu'ils le sont parce qu'ils vont tenter d'être drôle, et ça ne marchera plus. Il faut que ça vienne naturellement. Mon père a déjà commandé une salade césarienne dans un restaurant. Sans blague. Et quand il va aux États-Unis - nous allions souvent à Cape Cod quand j'étais jeune -, il est tellement borné. Mon père refuse de demander de l'aide pour savoir comment nommer certaines choses en anglais. Alors il se lance dans des phrases qu'il compose et que lui seul comprend. Mais les Marocains sont des conteurs et des charmeurs naturels, ils ont ça dans le sang.

LD: Vous allez réaliser un vieux rêve en avril prochain en donnant un spectacle en anglais dans le théâtre mobile de 1000 sièges de Gregory Charles, à New York. Êtes-vous nerveux?

RB: Je suis très nerveux. Je pense que je vais même intituler ce spectacle: «Badouri chie dans ses culottes». Mais je me suis donné ce défi et je compte le relever. Je me suis dit que si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Je suis tellement occupé avec d'autres projets en français que je dois toujours remettre à demain le projet en anglais que je veux faire depuis longtemps. Donc en me fixant une date et en l'affichant devant la presse québécoise, je ne peux plus reculer. Et je ne suis pas inquiet. Je m'en vais là pour m'amuser et non pour passer à l'émission de Jimmy Fallon.

LD: Ou à celle de David Letterman.

RB: Ah! Tu dis ça et j'en ai des frissons juste à y penser!

***

Rachid Badouri sera de retour à la Maison de la culture de Gatineau les 25 et 26 juin 2015.

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