Rencontre à Conradville

Le 27 octobre dernier, Conrad Lamadeleine a repris... (Denis Gratton, LeDroit)

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Le 27 octobre dernier, Conrad Lamadeleine a repris la mairie de Casselman, qu'il avait délaissé en 2010.

Denis Gratton, LeDroit

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Conrad Lamadeleine m'a accueilli dans «son» village, jeudi, d'un chaleureux: «Bienvenue à Casselman!»

Le maire tout récemment réélu - il a déjà occupé ce poste de 1985 à 1998 et de 2003 à 2010 - avait choisi le Restauparc pour notre entretien, une cafétéria située à deux pas de l'autoroute 417 et où les clients peuvent choisir entre quatre comptoirs de restauration rapide, dont un PFK. Il était 11 h.

«Prends-tu le lunch?, me demande-t-il en s'assoyant.

- Je viens de déjeuner, que je lui réponds.

- Ah, c'est dommage. J'allais te payer le lunch, comme du poulet ou quelque chose.»

La première flèche était lancée, la table était donc mise pour cette rencontre avec le maire d'un village... où les poules ont des dents.

Au cours des 20 dernières années, j'ai rédigé des chroniques humoristiques sur Casselman et le maire Lamadeleine que ce dernier n'a guère appréciées.

Durant la campagne électorale, l'automne dernier, il a réprimandé le préposé aux règlements municipaux parce que celui-ci avait demandé à un résident (le fils de M. Lamadeleine) de se départir de ses poules. Mais ce préposé n'avait fait que son travail puisqu'un règlement adopté en 1996 par le conseil municipal dirigé par le maire Lamadeleine stipule que l'élevage de volailles est interdit à Casselman.

M. Lamadeleine a tout de même écrit au préposé pour lui dire que les règlements municipaux sont des guidelines, et non des lois.

J'ai donc conclu une chronique sur cette affaire en disant qu'avec cette façon de penser, que Conrad Lamadeleine sera réélu... quand les poules auront des dents.

Ce dernier a remporté ses élections le mois dernier, obtenant presque le double des votes de son plus proche adversaire. C'est donc le retour de Conradville sur la carte.

«Ça me fait rire quand t'écris Conradville (plutôt que Casselman) dans tes articles, me dit-il. Tu peux bien l'écrire, le monde en rit. Mais dans l'affaire des poules, tu ne savais pas toute l'histoire. Les enfants n'ont pas de piscine (municipale) à Casselman. Donc, ces poules amusaient les enfants du voisinage durant les deux mois d'été. Ces animaux les gardaient occupés.

- Mais il y a un règlement contre l'élevage de volailles, M. Lamadeleine. C'est votre conseil qu'il l'a adopté.

- Oui, je sais. Mais la province favorise les poules (en milieu urbain). Et je n'aurais pas d'objection à ce que le monde ait des poules dans le village. Mais pas de coqs!

- Donc vous demanderez qu'on élimine ce règlement anti-volailles?

- Non. Mais il faut parfois faire preuve de jugement. Un ami qui est juge m'a dit un jour que s'il appliquait toutes les lois tout le temps, qu'il y aurait des gens en prison pour rien. C'est une question de bon sens. Et le bon sens sera toujours au-dessus de la loi.

- Quand je vous ai demandé cette semaine si je pouvais vous rencontrer, vous m'avez d'abord dit que vous aviez peur de m'accorder une entrevue. Pourquoi?

- C'est très simple. Ça fait 25 ans que je te connais et je n'ai jamais eu un article positif avec toi. Pendant la campagne électorale, mes amis me disaient en me taquinant: "Tu devrais demander à Denis Gratton de t'aider." Mais la plupart des gens ne me disaient pas ça. Eux, en parlant de toi, ils me demandaient: "Tabar...! C'est qui ce gars-là? Là, c'est les poules. L'autre fois, c'était ça, puis avant ça c'était ci." Mais j'ai trouvé le tour avec toi. Je prends ton négatif, et je le tourne au positif. Dans l'histoire des poules, je disais aux gens durant ma campagne: "Vous verrez, les poules de Casselman auront des dents!" J'ai fait une grosse joke avec ça et ç'a marché.»

- Donc dites-vous que je vous aide!?

- Non, tu ne m'aides pas du tout. Mais je tourne ton négatif au positif. Ma parenté me dit parfois: "Ce maudit Gratton-là a encore écrit quelque chose sur toi!" Mais je leur réponds: "Il faut qu'il écrive ses articles, laissez-le écrire." Je ne dis jamais: "Denis Gratton est un trou de cul." Je leur dis: "Laissez-le écrire et faites-moi confiance. Ça ne me dérange pas, je sais où je m'en vais."

- Mais je n'ai jamais rien inventé dans mes chroniques, M. Lamadeleine.

- Ce n'est pas que c'est faux! C'est que ça fait mal! Il y a juste toi qui écris des articles négatifs! Mais t'écriras bien ce que tu voudras. Moi, je vais droit devant et je ne change pas. Je vais toujours rester le même gars.»

(Ça me rassure...)

Conrad St-Amour

Conrad Lamadeleine, 73 ans, est né à Kapuskasing, dans le nord de l'Ontario, d'une mère âgée de 16 ans et d'un père de 17 ans.

«C'était un scandale en 1941, dit-il. Donc, j'ai été adopté à l'âge de deux ans et demi par un couple de Casselman, des Lamadeleine. J'ai hérité du nom de mes parents adoptifs. Mais je suis né Conrad St-Amour. Ma mère biologique se nommait Rita St-Amour. On a changé mon nom quand j'étais bébé.

«J'ai découvert mes vrais parents à l'âge de 37 ans. Ma mère vivait alors à Toronto et mon père à Val-d'Or. Je les ai rencontrés séparément et tout s'est bien passé, ce fut deux belles rencontres. J'ai aussi découvert que j'avais des soeurs, je l'ignorais. Ç'a été une très belle expérience de vie. Comme quoi il n'est jamais trop tard pour retrouver ses parents.

«Mais j'ai attendu que mes parents adoptifs soient décédés avant d'entreprendre ces démarches. Je ne voulais pas les blesser. Ils étaient des gens pauvres, mais riches de coeur qui ont pris soin de moi et des autres toute leur vie. Et aujourd'hui, je fais comme eux et j'aide les gens de mon village. Parce que j'ai été chanceux dans la vie, et je le suis toujours.

«Et c'est ça être maire. C'est d'aider les gens. Être maire, c'est servir. Jésus, quand il était sur la Terre, il lavait les pieds de ses apôtres. Moi, je lave les pieds de mes gens. Mais c'est une façon de parler, tu comprends? Vas pas écrire que Conrad Lamadeleine lave les pieds des gens de Casselman!»

(Comme si je ferais une telle chose...)

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