La retraite occupée de Louise

Louise PoirierPATRICK WOODBURY, LeDroit... (Patrick Woodbury)

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Louise PoirierPATRICK WOODBURY, LeDroit

Patrick Woodbury

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On peut dire sans se tromper que la Gatinoise Louise Poirier est une femme aux talents multiples.

Bien qu'elle ait obtenu une maîtrise en éducation physique - au grand dam de sa mère qui la voyait plutôt comme médecin - elle s'est fait plutôt connaître comme animatrice et commentatrice à la radio et à la télé de Radio-Canada au début des années 1990, et surtout comme l'animatrice plus que téméraire de l'émission Bouffée de santé » présentée pendant cinq ans sur les ondes de la télévision publique. Il s'agissait d'une émission de sports et loisirs dans laquelle l'animatrice ne reculait devant rien. Parachutisme, parapente, saut en bungee, nommez-les. Elle a tout fait « ces affaires de fou », comme elle les qualifie. « Les gens me parlent encore de cette émission », lance-t-elle en riant.

Après avoir quitté Radio-Canada, elle a fondé avec une amie la compagnie d'organisation d'événements sportifs Loisir Plus Outaouais. Pour ensuite faire sa marque en politique municipale à Hull et à Gatineau, de 1999 à 2008. Plusieurs observateurs la voyaient comme prochaine mairesse de Gatineau.

Puis Mme Poirier a brusquement quitté la politique municipale en 2008, un an avant les prochaines élections, pour accepter un poste de conseillère nationale au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Elle avoue cependant qu'elle a longuement songé à poser sa candidature à la mairie de Gatineau en 2009.

« J'y ai sérieusement pensé, dit-elle. C'était un aboutissement normal. Mais j'ai décidé que je pouvais exercer mon pouvoir et changer des choses autrement. Et j'ai compris qu'en politique, tout le monde est prêt à te porter au sommet. Mais une fois que t'es élue, t'es tout seule avec ton pouvoir. Beaucoup de gens te laissent tomber à partir du moment où tu prends une décision qui n'est pas celle qu'ils préconisaient. Et tu te retrouves seule. Mais j'avoue que j'y ai réfléchi longuement et que ça m'a fait un peu de peine de dire non. Mais sur un retour possible en politique un jour, ma réponse est non. Sincèrement, non. »

Le cancer

Quand on lui demande si elle est aujourd'hui à la retraite - son mandat à la CRTC n'ayant pas été renouvelé l'an dernier - Louise Poirier, 62 ans, doit y songer longuement pour enfin répondre d'un large sourire : « Oui ! Oui, je suis à la retraite ! »

« Je devais y penser parce que je fais toujours un tas de choses bénévolement, explique-t-elle. Et je ne ferme pas la porte à un retour sur le marché du travail. Mais je le ferai uniquement si c'est quelque chose qui me passionne. Et en ce moment, juste voyager et penser à moi me fait du bien.

« J'ai connu des moments difficiles, il y a deux ans. En 2012, j'ai eu un cancer du sein, raconte-t-elle candidement. Ce n'était pas un cancer répandu, mais agressif. Et les médecins m'ont dit qu'il fallait agir vite. J'ai donc subi une mastectomie au sein droit, et j'ai eu droit à la reconstruction.

« Je ne l'ai pas dit à l'époque, poursuit-elle. Ma mère était toujours vivante et je ne voulais pas qu'elle le sache. Elle est décédée il y a presqu'un an et elle n'a jamais su que j'ai eu le cancer. Je ne voulais pas lui imposer ce stress à son âge, elle avait 93 ans. Donc j'ai décidé de la protéger. J'en ai parlé à mes deux enfants, mais j'ai décidé de ne pas en parler publiquement. J'ai présidé la marche contre le cancer et les gens ne savaient même pas que j'avais le cancer. Ce n'est qu'après la mort de ma mère que j'en ai parlé à mon entourage. Et en le disant, je peux un peu montrer que ça peut frapper n'importe qui parce que j'ai de bonnes et de saines habitudes de vie.

« Ce fut des moments difficiles, admet-elle. Et je vis encore en me disant que le cancer pourrait revenir et se répandre. Mais j'ai 60 belles années de vécues. Mes années sont peut-être comptées, peut-être pas. Mais la politique et tout ça, vous comprendrez pourquoi c'est derrière moi. Maintenant, c'est la vie avant tout », ajoute-t-elle d'un large sourire et d'un regard pétillant et plein de vie qui la rajeunissent de 20 ans.

Sauver Radio-Canada

Louise Poirier et l'ancien conseiller municipal d'Ottawa, Clive Doucet, ont récemment accepté la coprésidence du groupe Radio-Canada, j'y tiens/CBC, I care ! Et samedi, ils invitent tous les citoyens de la région d'Ottawa-Gatineau à se rendre gratuitement à Montréal par autobus nolisé pour se joindre à la manifestation pour la survie de Radio-Canada.

Pourquoi a-t-elle accepté ce titre ?

« Parce que selon moi, un radiodiffuseur public, et j'ai bien dit public et non d'État, est essentiel dans un pays industrialisé pour assurer une indépendance et pour unir l'ensemble des Canadiens et Canadiennes, anglophones et francophones. Ce n'est pas un pipeline qui va nous unir », lance-t-elle.

« Ce qui va nous unir, c'est un outil de communication. Et si je rêvais à voix haute d'un radiodiffuseur public, je ferais comme la BBC en Angleterre et France 2. C'est-à-dire que je m'assurerais qu'il ait l'argent nécessaire. Et je le ferais se concentrer sur son mandat pour le distinguer du privé, en laissant certaines choses au privé. Le radiodiffuseur public se concentrerait sur des documentaires, les nouvelles, les émissions pour enfants et le sport. Je trouve ça indécent d'être obligé de payer pour voir du hockey, notre sport national. Le sport, tout comme la musique, unit les gens de partout au pays. Il y a moyen de trouver les sommes nécessaires pour donner un tel mandat à un radiodiffuseur public sans nécessairement piger dans les poches des contribuables. La France et l'Angleterre le prouvent avec France 2 et la BBC.

- Et après cette manifestation à Montréal, Mme Poirier, vous ferez quoi ?

« Je suis impliquée dans toutes sortes de choses. Mais je fais des choix aujourd'hui. Et mon premier choix sera toujours ma vie, mes deux enfants et ma petite-fille.

- Je sais que vous aimez beaucoup voyager. Prévoyez-vous voyager au cours des prochains mois ?

« Je quitte jeudi prochain pour aller faire du vélo au Vietnam. En avril, je vais jusqu'au camp de base du Mont Everest. Entre les deux, je vais en Pologne participer à une course de ski de fond. Puis après cette entrevue, je vais faire mon yoga », conclut-elle en souriant.

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