L'ami Jean Cloutier

Avant de se lancer en politique municipale pour... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Avant de se lancer en politique municipale pour succéder à Peter Hume, le tout nouveau conseiller du quartier Alta Vista, Jean Cloutier, 55 ans, était comptable agréé.

Etienne Ranger, LeDroit

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Lorsque je rencontre des personnalités dans le cadre de ces grandes entrevues du samedi, l'entrevue dure environ une heure. Parfois un peu plus, parfois un peu moins. Mais celle d'aujourd'hui a nécessité beaucoup plus de temps.

En fait, je pourrais dire sans me tromper que ma rencontre avec le nouveau conseiller francophone du quartier Alta Vista de la Ville d'Ottawa, Jean Cloutier, dure depuis 38 ans! Nous sommes des amis d'enfance, voyez-vous, et cette amitié existe depuis près de quatre décennies. Presque des frères, quoi.

Quand j'ai demandé à l'ami Jean s'il pouvait m'accorder un peu de temps pour ce papier, il a immédiatement accepté. Mais en me lançant: «Tu réalises, Denis, que ce sera un peu surréel comme moment...»

Je ne pouvais qu'acquiescer en riant.

Avant la politique

Avant de se lancer en politique municipale pour succéder au conseiller Peter Hume, qui a pris sa retraite de la politique après 23 ans de service, Jean Cloutier, 55 ans, était comptable agréé pour la compagnie funéraire Tubman Funeral Homes, à Ottawa. Il occupait auparavant les mêmes fonctions pour la compagnie Walter & Christie Communications.

Il a débuté sa carrière à l'âgé de 17 ans comme gérant du cinéma répertoire Towne, à Ottawa. En 1983, il a acheté ce cinéma de Germain Cadieux, le père de la comédienne Anne-Marie Cadieux. Puis, en 1988, il a fermé le cinéma Towne de la rue Beechwood pour déménager dans l'ancien cinéma Nelson de la rue Rideau, qu'il a rebaptisé Bytowne.

Père de quatre enfants et fils d'un père traducteur à la Chambre des communes et d'une mère enseignante qui a lutté pendant de nombreuses années pour l'obtention par les Franco-Ontariens de la gestion de leurs écoles secondaires, Jean a grandi dans le quartier Hintonburg, dans l'ouest d'Ottawa. Gradué de l'école secondaire Champlain, aujourd'hui le Centre Jules-Léger, il est marié depuis 27 ans à Sandra Johnston et était jusqu'à tout récemment président bénévole du centre communautaire Canterbury.

Le bilinguisme officiel

Lundi dernier, lorsque Jean Cloutier a été élu dans le quartier Alta Vista, qui compte 16 % de francophones et où il habite depuis 27 ans, le journaliste à la télé communautaire Rogers l'a présenté un peu sarcastiquement comme «le candidat francophone qui s'oppose au bilinguisme officiel à Ottawa». Est-ce le cas?

«Je suis pour le bilinguisme à Ottawa, répond-il, prenant soin de ne pas ajouter le mot "officiel". Personnellement, je n'ai jamais eu de difficulté à obtenir des services en français à la Ville d'Ottawa. Et je demande toujours d'être servi en français.

«Mais ma question est celle-ci: combien coûterait le bilinguisme officiel? Parce qu'il y aura des coûts. Je suis comptable, je sais compter. Et qu'est-ce que nous, contribuables francophones, obtiendrons de plus? À ma connaissance, il n'y a encore rien de concret sur la table. Il faut aussi songer aux déplacements de personnel que ceci engendrerait. Est-ce que, par exemple, tous les policiers d'Ottawa devront être bilingues? La question se pose. Et ce n'est qu'un exemple. On parlerait de déplacements majeurs: on compte 15 000 employés à la Ville d'Ottawa. C'est tout ça et beaucoup plus qu'il faudra analyser avant de prendre une décision. Et pour le moment, les francophones d'Ottawa peuvent compter sur un maire très francophile en Jim Watson.»

La mort d'un enfant

Les trois enfants de Jean Cloutier, Élizabeth, Daniel et Emilie, ont fait leurs études élémentaires et secondaires en français. L'aînée, Élizabeth, enseigne aujourd'hui le français dans un cours d'immersion à l'école St-Francis Xavier High School, à Ottawa.

Sa deuxième fille, Katerine, est décédée d'un cancer en 1996. Elle avait cinq ans.

«Je sais que plusieurs couples se séparent après la mort de leur enfant, dit-il. Les statistiques sont étonnantes. Mais dans le cas de Sandra et moi, la mort de Katherine a solidifié notre couple. On avait déjà Élizabeth, qui était alors âgée de sept ans, et on savait que nous voulions d'autres enfants. Et nous avons été chanceux de pouvoir compter sur nos familles, nos amis, nos voisins, nos employeurs. Mais pour les pauvres gens qui n'ont pas cet appui en ces temps difficiles, ce doit être terrible à vivre.

«Sandra était enseignante, mais elle n'est jamais retournée au travail après la mort de Katherine. Elle a choisi d'être à la maison pour nos enfants. Tu sais, notre perspective de la vie change énormément après une telle épreuve.»

Katherine a été admise au Centre hospitalier pour enfants de l'Est ontarien (CHEO) le matin du 24 juillet 1993. Ce même après-midi, les médecins l'opéraient pour retirer une tumeur cancéreuse au cerveau.

«L'opération s'est bien déroulée, se souvient Jean. Il y a eu ensuite la chimiothérapie et tout ça, et Katherine allait beaucoup mieux. Mais le cancer est revenu deux ans plus tard. C'était un cancer très agressif. Et en janvier 1996, les médecins nous ont dit que si nous avions l'intention de faire un voyage à Disneyworld avec Katherine, que c'était le temps. Il ne lui restait que deux mois à vivre. Nous sommes allés à Disneyworld. Katherine est décédée le 28 mars 1996.

- Désolé de te rappeler ces douloureux souvenirs mon ami, ai-je dit à Jean en terminant notre entretien.

- Bien au contraire, m'a-t-il répondu. J'aime bien parler de Katherine. C'est là qu'elle vit aujourd'hui. Dans nos mémoires, dans nos souvenirs, dans notre coeur. Peu importe le passage du temps, on ne devrait jamais hésiter à parler à nos proches qui nous ont quittés. Ceux qui nous ont aimé, qu'on a aimés, et qu'on aime toujours sont dans notre coeur pour la vie.»

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