Claude Bonhomme, le shérif du centre-ville

«Le ménage de la promenade du Portage et... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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«Le ménage de la promenade du Portage et la revitalisation du centre-ville sont les plus grandes fiertés de ma carrière en politique», affirme l'ancien conseiller hullois Claude Bonhomme.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Claude Bonhomme, 66 ans, a quitté la politique municipale en 2001, après avoir servi 19 ans comme conseiller municipal de l'ancienne Ville de Hull.

Mais même si 13 années se sont écoulées depuis qu'il est retourné à son entreprise immobilière, loin de la politique, son nom est toujours lié à la promenade du Portage. Parce que c'est lui, durant les années 1990, qui a «fait le ménage» sur cette artère du centre-ville qui se transformait la nuit venue en un véritable Far West où pratiquement tout était permis.

Dès que les bars d'Ottawa fermaient, à 1 h du matin, des centaines de jeunes fêtards ontariens traversaient le pont pour venir poursuivre la fête au centre-ville de Hull où les bars, à l'époque, ne fermaient qu'à 3 h. Et plus souvent qu'autrement, la marmite sautait et les batailles se multipliaient de bar en bar.

Claude Bonhomme allait devenir le shérif de ce Far West.

La politique Tolérance zéro, durant laquelle tout individu qui avait le moindre écart de conduite sur la promenade du Portage était emmené par la police de Hull, c'est lui.

L'achat d'un «bar problème» par la Ville de Hull, c'est lui.

La fermeture des bars de Hull à 2 h plutôt que 3 h, c'est lui.

Le moratoire sur l'ouverture de tout nouveau débit de boissons sur le territoire de la ville, c'est lui aussi.

«Le ménage de la promenade du Portage et la revitalisation du centre-ville sont les plus grandes fiertés de ma carrière en politique, dit-il. Depuis que la politique municipale existe, je doute qu'un autre conseiller ait mis tant d'heures dans un dossier. On parle de milliers d'heures de 1991 à 1998. Je n'avais que ce dossier en tête. Je voulais tellement le régler que c'était presque devenu une fixation.

«Quand j'ai pris ce dossier en main, poursuit-il, il y avait 22 bars dans le secteur de la promenade. Quand j'ai fini en 1998, il en restait sept. La capacité dans les bars, en 1991, était de 7 500 places permises, en tout et partout. Quand j'ai fini, sept ans plus tard, elle était passée à 1 700. Et le taux de criminalité à Hull, qui se chiffrait à 160 crimes par 1000 habitants en 1991, le taux le plus élevé au Québec, et de loin, avait chuté de 80 % en 1998.»

L'arrivée de Windmill

Claude Bonhomme est fier de ses réalisations.

Mais une nouvelle parue en début de semaine, avant la tragédie de mercredi, à Ottawa, a fait sursauter l'ancien élu.

On apprenait qu'à la demande de l'entreprise Windmill Development, la Ville de Gatineau allait modifier son règlement d'urbanisme afin de permettre de doubler l'offre des débits de boisson au centre-ville.

Claude Bonhomme craint-il le retour des années 1990 sur la promenade du Portage?

«D'abord, répond-il, je ne sais trop ce que Windmill veut faire en demandant que le nombre de bars soit doublé. Et personne ne semble le savoir non plus. Donc, je parle un peu à travers mon chapeau. Mais si on me dit à froid qu'on veut doubler le nombre de bars au centre-ville, c'est évident que je ne crierai pas alléluia! J'ai vu sur le web l'avant-projet de Windmill pour le centre-ville. Ça me semble intéressant. Mais en 20 ans, j'en ai tellement vu de ces avant-projets. C'est toujours beau, c'est le ciel, c'est le paradis. Mais ça ne s'est pas toujours avéré le cas.

- Mais si Windmill songe à y construire des petits bistrots pour sa clientèle, le danger d'un retour aux années 1990 serait beaucoup moindre, non?

- Peut-être répond-il. Si ces bistrots sont construits pour accommoder la clientèle de Windmill, d'accord. Je n'ai rien contre. Mais là on parle de doubler les bars. On passerait donc d'une capacité maximum de 1 700 à 3 400 places. Ça commence à faire du monde à la messe. Et une chose demeure certaine, et je me tue à le répéter, nous sommes dans la plus grande agglomération frontalière au Canada. La deuxième étant Windsor, en Ontario, et Détroit, aux États-Unis. Mais contrairement à ces deux villes, nous, c'est francophone d'un bord et anglophone de l'autre. Donc deux langues différentes, deux cultures différentes et deux mentalités différentes. Ce problème existe à Hull depuis le début des temps et ça va toujours rester.»

Plusieurs personnes en faveur de la venue de nouveaux bars au centre-ville ont soulevé l'argument que les habitudes de consommation des gens ont considérablement changé depuis les années 1990. Mais l'argument fait sourire l'ancien conseiller municipal.

«Ce sont les jeunes qui achètent de l'alcool dans les bars, dit-il. C'est avec les jeunes que les bars font de l'argent, pas avec les adultes qui travaillent le lendemain. Est-ce que les jeunes d'aujourd'hui consomment de façon responsable, contrairement aux jeunes de l'époque? Je ne sais pas. Mais j'en doute beaucoup. Les jeunes aiment prendre un coup depuis que le monde est monde. J'allais dans les bars à l'âge de 18 et 19 ans. Et je me suis paqueté, comme tout le monde. Donc les jeunes aiment prendre un coup mais, malheureusement, ceux qui n'ont pas d'expérience en prennent trop.

«Donc à sa face même, doubler le nombre de bars ne me semble pas une bonne idée. Mais je ne suis pas un empêcheur de tourner en rond. Tout dépend comment [Windmill et les élus] veulent le faire. Mais n'oublions jamais que le contexte frontalier est toujours là, et qu'il le sera toujours.»

L'immobilier

Après son départ de la politique, Claude Bonhomme est retourné à ses premières amours: l'immobilier.

En 1979, il a acheté un immeuble locatif de huit logis à Gatineau. Aujourd'hui, il gère 240 logements sur le territoire de la ville. «Et j'en détiens une bonne partie de ceux-là», précise-t-il sans dévoiler le nombre.

«Mais le locatif est très difficile en ce moment, affirme-t-il. L'immobilier en général est très lent. Tout est au ralenti. Et ça, c'est en grande partie dû aux mises à pied au gouvernement fédéral.

- Vous pourriez toujours revenir en politique municipale, que je lui lance, mi-figue mi-raisin.

- J'ai fait un trait sur la politique, réplique-t-il. J'essaie de ne pas jouer à la belle-mère, mais c'est parfois difficile. Il n'y a pas un ancien élu digne de ce nom qui ne réagit pas quand il lit certaines choses dans le journal. Et je sais que lorsqu'il est question de la promenade du Portage, les chefs de nouvelles disent à leurs journalistes: "Appelle Bonhomme." Mais après presque 20 ans en politique, j'ai décidé que c'était assez. Je suis passé à autre chose.»

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