L'éducation en français, la mission d'une vie

Après avoir occupé presque tous les rôles dans... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Après avoir occupé presque tous les rôles dans le milieu de l'éducation, Denis Vaillancourt aurait pu profiter de sa retraite. Mais, en 2010, il a choisi de poursuivre sa contribution à l'Ontario français en devenant le président de l'AFO.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Denis Vaillancourt a consacré 40 ans de sa vie à l'avancement de l'éducation en français en Ontario.

Après avoir occupé presque tous les rôles dans le milieu, d'enseignant à sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation de l'Ontario, en passant par directeur d'école, conseiller scolaire, surintendant de l'éducation et directeur de l'éducation, il aurait pu profiter d'une retraite bien méritée.

Mais ce Franco-Ontarien de 66 ans, originaire de North Lancaster, a plutôt choisi de poursuivre sa contribution à l'Ontario français en devenant, en octobre 2010, le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), autrefois connue comme l'ACFO provinciale.

Mais M. Vaillancourt, qui habite Rockland depuis 20 ans, ne se dit pas militant franco-ontarien. Il dit plutôt être un francophone qui a appris très jeune à prendre sa place au sein de la majorité anglophone.

«À North Lancaster, se souvient-il, la paroisse St. Margaret of Scotland était bilingue. Les anglophones étaient de descendance écossaise et on a appris à cohabiter dans ce milieu paroissial avec eux. Mes parents n'ont jamais eu peur de s'affirmer quand il fallait le faire. Ils n'ont jamais eu peur de prendre leur place malgré la majorité anglophone. Don, c j'ai appris très jeune que c'était correct de prendre sa place et je ne me suis jamais senti minoritaire dans mon village. Je me sentais égal aux autres. C'est ce que mes parents m'ont légué.»

L'université francophone

«Prendre sa place» est une lutte sans fin pour les Franco-Ontariens. Et depuis quelques années, c'est dans le monde universitaire qu'ils veulent le faire, en obtenant une toute première université franco-ontarienne.

Mais lundi dernier, la ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario, Madeleine Meilleur, a déclaré que ce projet mené par le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) n'est pas une priorité pour le gouvernement libéral de la province.

Qu'a pensé M. Vaillancourt de la déclaration de la ministre?

«On entend des gens dire qu'on n'est pas prêt pour une université franco-ontarienne, répond-il. On nous a dit la même chose à l'époque qu'on luttait pour l'obtention de nos collèges. Je ne pense pas que le RÉFO dit que c'est demain matin que ça doit arriver. Il y aura une évolution. Mais il y a une suite logique des choses et il manque ce morceau-là dans la continuité de l'éducation en français en Ontario. Il manque le chaînon qui est l'université de langue française.

«On a créé des écoles françaises, poursuit-il. On a ensuite eu nos écoles secondaires françaises dans les années 1970, et ces écoles ont fait leurs preuves. On a ensuite obtenu nos collèges, puis on a créé des mouvements de leadership comme le RÉFO.

«Aujourd'hui, on a des jeunes qui nous disent: "On part d'un milieu secondaire où on a appris à être chez nous, mais quand on arrive en milieu universitaire, on ne se retrouve plus. Parce qu'on ne se sent pas nécessairement chez nous." On a donc créé une jeunesse qui a des attentes, et cette jeunesse nous dit aujourd'hui qu'il y a quelque chose qui ne marche pas dans le portrait. Ils étudient toute leur vie en français pour se faire dire, une fois rendus à l'université, que leur cours n'est pas disponible en français. Je ne dis pas qu'une université franco-ontarienne réglera tout. Mais n'oublions pas que lorsqu'on a obtenu nos collèges et nos écoles secondaires, nos détracteurs nous disaient que ça ne marcherait pas. Et on leur a prouvé le contraire. Donc, est-ce que j'ai confiance que le RÉFO est sur la bonne voie et que nous obtiendrons une université franco-ontarienne? Oui, j'ai confiance.»

Convaincre les politiciens

Selon M. Vaillancourt, le travail de l'AFO dans ce dossier est de convaincre les politiciens qu'ils ont peut-être intérêt à agir. Et ceci s'applique également, croit-il, dans l'obtention du bilinguisme officielle pour la Ville d'Ottawa. Parce que selon lui, l'Ontario, tout comme Ottawa, auraient tout à gagner si elles affichaient davantage leur bilinguisme. Même, pour ne pas dire surtout, au niveau économique. Il explique.

«Une étude réalisée en 2013 par le Conference Board démontre qu'il y a au Québec et au Nouveau-Brunswick une valeur ajoutée de se déclarer bilingue et de pouvoir donner des services en français. Selon cette étude, s'afficher bilingue génère des retours de l'ordre de 1,4 milliard$ de plus dans les économies combinées de ces deux provinces. Simplement parce qu'elles peuvent se vendre au niveau international comme ayant une main-d'oeuvre bilingue. Donc, avec la conjoncture économique actuelle en Ontario, il serait peut-être temps que cette province commence à afficher la force économique de sa capacité bilingue. Et il va sans dire que la présence d'une université de langue française pourrait être fort intéressante pour l'Ontario si elle affichait sa main-d'oeuvre bilingue.»

Grand-père et golfeur

Lorsqu'on demande à Denis Vaillancourt quel est son passe-temps favori, il répond le golf - et ses sept petits-enfants, lui qui est père de quatre fils.

«Mais ironiquement, mes petits-enfants ne sont pas Ontariens, dit-il. Mon épouse dit souvent à la blague à ses amis que je défends les francophones de l'Ontario, mais que mes petits-enfants ne sont même pas Franco-Ontariens.

J'ai un fils qui habite Gatineau et un autre qui s'est établi à Montmagny, près de Québec. J'ai un troisième garçon qui a rencontré une Américaine et qui fait aujourd'hui sa vie au Minnesota, aux États-Unis. Mais mon quatrième n'est pas encore marié. J'ai donc encore espoir que j'aurai peut-être un jour un petit-fils ou une petite-fille franco-ontarien», lance-t-il en riant.

Puis, à son tour, il me demande en fin d'entrevue:

«T'es toujours un partisan des Sénateurs d'Ottawa?

- Oui, bien sûr.

- Moi aussi. Donc, tu devrais être membre de l'AFO. Parce que nos membres obtiennent un rabais qui varie de 15% à 30% sur l'achat de billets pour les matches des Sénateurs. Le pourcentage du rabais dépend de l'équipe qui visite. Donc si tu vas au hockey quatre fois en une saison, ta cotisation est payée.

- Je vais y penser.»

Et on dit que les Sénateurs d'Ottawa ne font pratiquement rien pour les francophones...

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